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ARTS PLASTIQUES Si semblables, si différentes.
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Journal La Gazette
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Par Journal La Gazette
Publié sur 05/4/2009
 
Une exposition en duo est toujours délicate en ce qu’elle exige harmonie et cohérence dans la scénographie. Kiné Aw et Véronique Sarane tiennent le pari à la galerie Boribana à Ngor. Elles font voir leurs œuvres jusqu’au 30 avril 2009.

ARTS PLASTIQUES Si semblables, si différentes.

La galerie Boribana a la forme d’un piano dont la queue surplombe un jardin pavé de sculptures anciennes et contemporaines. La récup et les arts premiers mis au devant de la scène donnent à cette cour une touche postmoderniste. L’intérieur de la galerie sur deux niveaux et ses larges baies vitrées rendent tout leur éclat aux œuvres accrochées ou suspendues aux cimaises. Kiné Aw et Véronique Sarane avaient besoin de place et d’espace pour « Entre deux » (titre de leur exposition), étaler leur ressemblance et leur différence.

Sans jeu de mots aucun, Véronique Sarane a les yeux verre-bleu. Elle voit en couleur et c’est peu dire. De temps à autre, elle y mêle le noir et le blanc. Kiné Aw porte ses dreads locks comme on porte un précieux bijou. On lui mettrait bien une guitare entre les mains ; sauf qu’elle est plus douée du pinceau que d’un instrument à corde même si, sa sensibilité musicale, quand elle entreprend de peindre, penche plus coté kora, coté guitare. Des sonorités qui apaisent. Partager le même espace d’expo, faire cohabiter deux écritures différentes en un ensemble cohérent exige une forte complicité. Ce que confirme Véronique Sarane qui définit cette relation comme une connivence entre : « deux peintres, deux amies, deux sensibilités, deux cultures.

Nous travaillons dans le même endroit, le Village des Arts, depuis des années. Nous nous côtoyons et au fil du temps, il s’est tissé des liens dont l’expo n’est que l’aboutissement. » Kiné Aw apporte une nuance et se réfère plus à la complémentarité qu’à la complicité. S’il est vrai qu’elles n’ont pas la même démarche picturale dans les tonalités, ni dans la gestuelle, elles se rejoignent sur le terrain de l’expressivité du corps humain dans ce qu’elle a de plus profond, de plus intime mais rendue de façon différente. Véronique Sarane est dans le glissement, dans la tourmente des couleurs avec des vibrations intérieures quasi viscérales. Kiné est dans les formes géométriques qui renvoient au cubisme de Picasso, de Braque avec une attirance pour le visage et l’œil comme lieu où les sentiments jettent l’ancre. « J’ai une sensibilité cubiste sur certain de mes travaux en particulier sur les personnages.

Pourquoi le nier , affiche Kiné Awa, car je travaille beaucoup l’expression du visage avec une composition des traits si familier à Picasso, Braque et autres.. C’est de là que vient ma particularité artistique. » Et comme dans un échange au tennis, Véronique Sarane d’un coup droit renvoie la balle : « Il y a toujours dans mon travail, la notion de l’Etre. Car l’Etre est le point de départ de tout acte, de tout fait, de toute action. C’est quelque chose de permanent dans ce que je fais même si la représentation de l’Etre humain a tendance à glisser vers l’abstrait. Pour moi, je pars de l’intérieur de l’Etre pour le faire exprimer et rendre une intériorité charnelle. »

Dans les compositions de Véronique Sarane, la couleur interpelle de plus en plus, mais l’artiste conserve ce travail du geste pour ne représenter le corps qu’à travers un entrecroisement de traces et de couleurs avec beaucoup d’énergie dans les lignes. Ce qu’elle appelle « intériorité charnelle » est impalpable. Elle se situe au delà des mots. C’est elle qui aiguillonne son pinceau dans cette peinture pulsionnelle. Chez Kiné Aw, l’Etre se réduit à l’œil parce que base de toute expression. Point n’est besoin de chercher ailleurs. « Tout est centré sur l’œil. Il est la force de l’expression humaine. L’œil ne trahit pas. », Kiné n’en démord pas. Œil globuleux, en boule de loto, œil de loup, de chat, œil de cochon, œil de lion, œil bordé d’anchois, paupières chassieuses , mauvais œil, l’œil aussi gros que la tête, c’est presque un catalogue de l’expressivité de l’œil tantôt grave, tantôt humoristique que dresse Kiné Aw sur la toile.

Les toiles de ces deux plasticiennes méritent qu’on s’y attarde, qu’on leur accorde toute l’attention pour qu’en retour, l’œil du visiteur découvre quelque chose de subtilement enfoui, ou être surpris par la rencontre sur la même toile de plusieurs univers qui font vagabonder l’esprit à l’exemple de ce visiteur que raconte Véronique Sarane « Il y a quelqu’un qui a contemplé un de mes tableaux pendant un long moment. Ensuite, il est venu vers moi me dire : « Vous savez, dans cette toile, j’ai reconnu toute mon enfance. » J’ai trouvé cela fantastique, fantastique. Parce qu’elle a développé quelque chose par rapport à cette toile et l’émotion est allée très profondément. »

Il y a dans la scénographie de cette exposition quelque chose d’assimilable à la forme conique avec à la base deux lignes parallèles que sont la singularité dans leur vision de l’art et qui dans une audace nouvelle se transforme pour se rejoindre au deuxième étage de la galerie. Il s’agit d‘une orientation qui s’ouvre sur de nouvelles propositions. Kiné Aw : « Actuellement, je suis dans une phase très problématique et je me pose pas mal de questions parce que je commençais à m’enliser dans mon écriture plastique, à rester sur ce qui est connu de moi. Je me suis dit qu’il fallait oser en exploitant autrement mes traits ». Sur ses collages et petits formats de papier, elle pense moins technique qu’investissement dans les sentiments du moment qu’elle projette sur la toile avec un délaissement momentané de la monochromie et ce travail sur la texture de la peau, pour des couleurs plus audacieuses donc moins tièdes. Ce qui donne une peinture plus libre, plus volontaire, plus instinctive. Le figuratif laissant place au semi figuratif avec des interventions plus marquées sur le support papier. Elle fait reculer les contraintes qu’impose tout support. Dans cette rencontre Véronique Sarane explore le tissu pour se rapprocher un peu plus encore de la texture de la peau humaine. Dans cette nouvelle composition, elle coud, colle, installe ses bandelettes en croisillons d’où apparaissent des formes inattendues, le tout sur fond noir. Il faut avoir l’audace de quitter le sentier mille fois arpenté.

Baba Diop.