De la nécessité d’un recadrage de l’image du Président Macky Sall

 Depuis la nuit des temps les hommes d’État ont fondé une partie du prestige de leur prestige dans l’entretient (à la fois esthétique, morale et politique) de leur image. Du latin « imago » le mot image renvoie aussi bien à la représentation figurative qu’au symbole. L’image est aussi un emblème de la raison (le Logos grec) bien-pensante consubstantiellement liée à la logique de la bien-prestance que proposent les médias en général et la télévision en particulier. Cette image est souvent plus têtue que toutes les caricatures. Le citoyen du 21éme siècle est devenu, selon Régis Debray, un « homo mass-mediaticus » : ses références et ses réflexions sont invinciblement liées à des paradigmes produits médiatiquement.

 Il est lui-même obligé de ressembler à un idéal d’homme imposé par les medias à cause d’un culte de la consommation sans répit et sans réflexion. Nous sommes dans des sociétés de consommation, or dans ce type de société on n’exige pas d’un citoyen la production ni la justification d’un raisonnement authentique : on attend de lui une imitation d’un modèle abstrait, mais efficace du citoyen moderne. C’est précisément cette logique qui consacre la disparition progressive du militantisme de masse et qui, concomitamment sacre l’avènement de l’homme politique acteur. Le militantisme de masse est donc caduc et lui succède alors le militantisme circonstanciel, conjoncturel, et surtout rationnel d’un rationalisme médiatique. Le héros visionnaire et mythique cède la place à l’acteur dont l’objectif est un pragmatisme politique et électoral qui ne répugne à rien.

          Les hommes politiques sont devenus aujourd’hui des acteurs dont le modus operandi ne diffère en rien de la vie des stars : pour une star,  la vie privée et la vie publique n’ont presque plus de frontière à cause de la logique de la publicité qu’impose la société de consommation. Au Sénégal, nous sommes à une époque où c’est l’image de l’homme politique qui nourrit les guignols de l’info comme «dialgati Khibar», de tonton Ada et Sylla Mougnal, »Kouthia Show » de l’humoriste Samba Sine alias Kouthia, « Nepad musical » de Saa Ndiogou et sa compagne Zeïna etc. : l’image du Président est constamment écorchée, tournée en dérision, ou simplement fondue en un ludisme de comédie journalistique. Dans un univers pareil, c’est faire preuve d’un angélisme politique que de figer l’image de l’homme politique en général et du Président en particulier dans la solennité des instants officiels. La «peopolisation» de l’homme politique exige aujourd’hui de ce dernier une approche fondamentalement révolutionnaire de la gestion de son image.

Ce n’est pas un aveu de déchéance de la part de l’homme politique que de reconnaître qu’il est obligé de se soumettre aujourd’hui à des impératifs télévisuels qu’il ne contrôle pas et qui contribuent à le réaliser. Il y a des images tellement stéréotypées qu’elles ne peuvent plus séduire, encore moins envoûter politiquement les citoyens téléspectateurs. De telles images inspirent non seulement le sentiment de monotonie, mais elles rabaissent le Président à un niveau de banalité tel qu’il ne peut faire impact. Il faut donc reconnaître que la poussée exponentielle des médias a paradoxalement produit une désacralisation du politique : les hommes politiques sont tellement maltraités dans les médias qu’ils sont obligés de s’adapter au monde créé par ces derniers.

On sait que la force ruineuse des médias aujourd’hui réside dans la simplification de tout ce qui est complexe, dans la banalisation même du sérieux. Si les Président américains sont obligés de mettre en avant leur vie de famille, ce n’est pas simplement pour des impératifs démocratiques, c’est bien plus pour des raisons médiatiques. Il faut par ailleurs se rappeler que les citoyens dans la société démocratique n’aiment plus les Chefs d’État très éloignés de la raison populaire : le Président est un homme qui a des émotions, une famille avec ses grandes lignes de personnalité, des préférences esthétiques et sportives qui font partie de son moi. On ne conseillera évidemment pas à un Président de tomber dans le piège d’une théâtralisation outrancière de sa vie privée, mais il s’agit de le maintenir dans les limites de l’humain avec de tout ce que cela veut dire.

Les téléspectateurs sont las de consommer le sérieux de l’image grave d’un Président totalement voué à sa fonction, comme une machine à sa finalité. Ils sont lassés et ennuyés par de telles images de leur Président parce qu’ils savent que c’est trop beau pour être vrai : il ne faut jamais oublier que trop d’artifice tue l’artifice. Quoi de plus charmant que de voire le Président sortant fraîchement de sa salle de sport, de sa salle de massage ou même de sa piscine pour être interviewé ?

         On ne montre, chez nous, le Président dans les cérémonies familiales que lorsqu’il s’agit de deuil ! Depuis quand est-il interdit à un Président de participer aux festivités de la finale de la coupe du Sénégal ? Il n’y a pas de doute que l’image d’un Président populaire sans être populiste se vend mieux que celle d’un Président austère, distant, sage d’une imperturbable et surhumainement sérénité. Il faut un peu de folie, de naturel, quelque soit la sagesse d’un Président, car trop de sagesse coupe de l’humanité. Et d’ailleurs, il faut, pour reprendre la célèbre formule de Érasme de Rotterdam dans Éloge de la folie, comprendre qu’à la « Sagesse parfaite, qu’on dit la citadelle de la félicité, il n’est d’accès que par la Folie ».

L’image que projette souvent le Président Macky Sall : manque d’humour, l’air grave et toujours sérieux au point d’être surnommé par une certaine presse « Niangal Sall». Cette image-là est  séduisante à bien des égards, mais nous invitons modestement Niangal Sall à méditer Érasme, ce maître dans la propédeutique de la simplicité séduisante par opposition à la sagesse qui isole : « Invitez un sage à dîner, il est votre trouble-fête par son morne silence ou des dissertations assommantes. Conviez-le à danser, vous diriez que c’est un chameau qui se trémousse. Entraînez-le au spectacle, son visage suffira à glacer le public qui s’amuse, et on l’obligera à sortir de la salle, comme on fit au sage Caton pour n’avoir pu quitter son air renfrogné... Il ne rendra service ni à lui-même, ni à sa patrie, ni à ses amis, parce qu’il ignore tout des choses ordinaires et que l’opinion et les usages courants lui sont absolument étrangers. ».

Ce qu’on appelle opinion publique aujourd’hui est plus sensible aux images, au sensationnel et à l’émotionnel qu’à la pure ratiocination. Le Président Léopold Sédar était connu par son sens de l'humour et sa répartie. Dans le cadre du cousinage à plaisanterie, le premier Président du Sénégal indépendant maniait jeux de mots et pirouettes en s’adressant à ses « esclaves toucouleurs ».  Les hommes politiques sénégalais comme Senghor, Lamine Gueye, Valdiodio Ndiaye, etc., étaient de redoutables communicateurs parce qu’ils savaient user et abuser des figures de style de la caricature et surtout de la métaphore qui impactent souvent sur l’opinion publique. Pourtant l’emploi des différents types de métaphores : annoncée, directe, filée, lexicalisée, usée, heurtée ou heuristique dans les procédés de persuasion, de séduction, d’identification, de promotion, de diffamation, de condamnation, de rejet, de fermeté, d’accusation ou de feinte sont fréquents dans l’espace politique sénégalais. Lors des élections présidentielles de 2012 et bien avant, le discours des adversaires politiques était explicitement métaphorique. Par exemple, parlant de l’âge d’Abdoulaye Wade dont il doute de l’exactitude, Idrissa Seck disait que « Wade à 85 ans hors TVA ». Implicitement, on comprend qu’il veut dire que Wade a « retaillé » son âge. A l’image de cet exemple, on en dénombre une multitude dans la scène politique sénégalaise.


Le Président Ronald Reagan se plaisait d’ailleurs à rappeler que l’humour est un trait ou signe d’ouverture. Le fait de parler sans indisposer ni ennuyer, le fait d’enseigner en divertissant, le fait d’être ferme même dans l’allure comique et drôle : de telles dispositions sont requises aujourd’hui pour faire l’opinion ou pour faire face à elle. C’est dire qu’en politique, c’est important de remarquer la force de décrispation que renferment l’image, la boutade et la caricature si elles sont contenues dans les limites de la décence républicaine et de l’éthique politique.

Les Présidents Ahmed Sékou Touré de la Guinée, Kwamé Nkrumah du Ghana, plus loin de chez nous, Hugo Chavez du Venezuela,  Fidel Castro de Cuba, sont des hommes politiques dont la force principale réside dans un génie quasi inné de communiquer de façon spontanée : leur parole est très souvent assimilée à un évènement. C’est ce qui explique que lorsque leurs peuples restent longtemps sans les entendre leur silence gêne et est l’objet de toutes les supputations. Dans l’opposition déjà, Hugo Chavez subjuguait à la fois les masses et les intellectuels par sa capacité à dialoguer aussi bien avec les élites qu’avec le bas peuple. Il a toujours désorienté ses adversaires politiques par l’adresse et la vigueur de son verbe. Il a, de façon innée compris, qu’il existe une «éloquence du vulgaire», pour parler comme Dante, et que celle-ci devrait être mise au service de la politique. La sagesse que renferme la langue vulgaire est souvent la matière première des grandes théories de la philosophie politique et de la communication. Cela veut donc dire qu’un homme qui est suffisamment nanti de cette source primitive de la chose politique qu’est la langue du vulgaire est a priori à l’abri des erreurs de communication.

Le Présidents Macky Sall doit se rappeler que tous les soirs il est l’invité des salons de milliers des ses concitoyens (par le canal du petit écran) et doit par conséquent éviter de toujours être dans la posture olympienne du sage dont le visage glacé exile le commun des mortels. La politique est, qu’on le veuille ou pas, de plus en plus orientée vers la logique du fait divers et cela veut dire qu’on ne peut plus la pratiquer avec des élans de clerc hors de toute faute et de tout pêché. Les hommes ne veulent pas et ne peuvent guère être gouvernés par des anges ou par des surhommes. C’est tellement vrai qu’Érasme se demande : « Connaît-on une seule République qui se soit gouvernée par les lois de Platon ou d’Aristote, ou les enseignements de Socrate ?».

C’est évident que les grandes idées ont bâti les grandes révolutions, mais il n’y a pas de doute qu’aujourd’hui ces grandes révolutions sont révolues. Les idées sont toujours les moteurs de l’histoire, mais l’image les véhicule désormais, elle leur donne corps, consistance et pertinence. 

Aussi, de «soigner son image» est-on passé de «faire son image», c’est-à-dire se forger une personnalité médiatique. Puisque les stars sont aujourd’hui plus prisées que les héros, il faut que l’homme politique sache jouer sur le même registre ou sur un registre semblable. Derrière la brume éphémère de l’antiquité politique qui veut que l’homme d’État soit dans une sorte de sprint politique toujours à la quête d’une perfection surhumaine, il y a la vérité effective du pragmatisme politico-médiatique. La scène politico médiatique est aujourd’hui une grande foire où sont exposées et superposées les images de l’homme politique. La preuve manifeste de cette sorte de transfiguration de l’homme politique par le canal des médias en général et de la télévision en particulier, est fournie par les jugements des téléspectateurs sur la prestation télévisuelle des hommes politiques, leur référence intellectuelle, leur goût vestimentaire.

Sur ce dernier point, le Président Macky Sall a souvent alimenté la chronique populaire ou médiatique. Il n’avait pas manqué d’attirer l’attention des spécialistes de l’habillement lors de son retour d’Afrique du Sud. Ce jour-là, les quatre rabats de son costume assez larges du reste n’ont pas contribué à lui donner d’avantage de prestance et d’allant. Lors de son premier voyage officiel en France, sous l’ère Sarkozy, l’image reflétée sur ses photos montre un homme engoncé dans un costume trop étroit et qui, lorsqu’il était dans une posture assise le mettait fort mal à l’aise. En témoignaient les plissures sur le haut du pantalon. De plus, il ne pouvait ni plier ni replier les jambes. Décidemment, les mesures des costumes de notre bien aimé Président Macky Sall, pour reprendre une formule chère à ma consœur Dié Maty Fall, tranchent avec sa corpulence.

Parmi tous les Présidents qui ont siégé au Bureau ovale de la Maison Blanche, peu ont laissé leur trace au sein de la mode masculine. En fait, depuis John F. Kennedy, les Américains n'avaient pas connu de dirigeant avec une minutie stylistique digne de mention. Voici un survol des particularités qui font de lui un modèle à suivre et qui vous permettront d'incorporer son savoir-faire présidentiel à vos agencements quotidiens. La coupe : lorsqu'on parle de complet, tout est une question de coupe. Obama l'a bien compris et c'est ce qui différencie ses costumes de ceux portés par certains de ses confrères. Hart Shaffner Marx, une marque originaire de Chicago, est responsable de la confection sur mesure de ceux-ci. De ses vestes munies d'épaules naturelles à ses pantalons ayant des revers qui cassent à peine sur ses chaussures richelieus, l'ajustement demeure la différence clé.

La simplicité : complet ajusté de couleur unie, chemise blanche sur mesure et cravate incorporant les couleurs de son pays; Barack Obama prône l'élégance et la simplicité. Pourquoi se compliquer la vie? La recette est bien simple: porter des vêtements adaptés à sa physionomie tout en restant vrai à son rôle et ses goûts en matière de style. Il applique cette philosophie à chaque fois qu'il ouvre sa garde-robe, et ce, qu'il soit en mode soirée de gala ou partie de basket-ball. Les détails : de la montre ultra minimaliste qui lui a été offerte par les membres du Service Secret à ses chaussures derbys créés par Johnston & Murphy, le Président américain choisi soigneusement ses accents vestimentaires. Le but ici est de complémenter harmonieusement ses agencements, tout en choisissant des morceaux qui surlignent son amour de la mode classique américaine. Le message : en politique, chaque choix vestimentaire a sa raison d'être. JFK était aimé par la jeunesse américaine pour ses convictions rafraîchissantes et son style impeccable. Obama a choisi de suivre le même parcours afin de reconnecter avec les générations désintéressées par les enjeux politiques du pays. C'est en partie grâce à cette attention particulière qu'il accorde aux détails qu'il est devenu l'icône de la culture populaire qu'il est aujourd'hui.

L’idéal pour le Président Macky Sall est de porter du sur mesure. Cela lui irait bien, parce qu’on peut sculpter un costume qui va bien avec sa corpulence. Un exemple : vers la fin de son mandat et avec l’âge, le Président Wade était devenu un vieil un peu voûté, les cols de ses costumes penchaient vers l’arrière lorsqu’il était en position assise. Il a fallu lui sculpté d’autres costumes en rapport avec sa nouvelle physionomie pour que ça aille mieux.

Cette remarque de nos confrères Denis Pingaud et Bernard Poulet, dans un article intitulé, « Du pouvoir des médias à l’éclatement de la scène politique »,  est largement éloquent à ce sujet : «Le pouvoir de la télévision est à ce point reconnu que l’on se prend volontiers à son jeu. Et que la principale question qui surgit à l’issue d’une émission politique est celle-ci : a-t-il été « bon » ? a-t-elle été « bonne » ? On est passé de la psychologie de la politique- est-il sincère, honnête, convaincant ? etc.- à sa « peopolisation ». Dès lors, il est tentant de considérer que les politiques ne sont plus que des marionnettes- ce qu’ils sont d’ailleurs rapidement devenus».

La surcharge pondérale du Président Macky Sall devrait certainement rester une préoccupation majeure pour les communicants chargés de vendre son image. Selon une relation faite par la presse, le Président Macky Sall conscient de sa surcharge pondérale aurait évoqué le sujet sur le ton de l’humour, lors de la visite du Président Turque au Sénégal. Pourtant, juste après sa victoire à la présidentielle, le communicant et proche de Macky Sall, Alioune Fall avait révélé que le Président de la République allait perdre du poids. Macky Sall peine apparemment à réconcilier l'esthétique avec le devoir de communiquer qui s'impose mal quand le récepteur s'interroge plus sur le physique de l'émetteur que sur la nature, la profondeur et le canal du message, commente à juste raison le journaliste billettiste et portraitiste Ibou Fall.

On ne peut pas continuer à faire la politique comme on le faisait il y a une ou deux décennies : on est obligé, en tant qu’homme politique, de se prêter au jeu médiatique. Ce jeu est forcément à l’image de la console de jeu que tient le petit citoyen (comme le grand du reste) et qui lui coûte parfois des heures. Il faut comprendre que nous somme dans la civilisation du virtuel et du jeu, or la première qualité d’un homme politique c’est de savoir comprendre l’univers dans lequel il se meut et pour lequel il prétend s’investir, voire se sacrifier. Le Président qui vous ressemble, qui vous comprend et que vous pouvez comprendre : telle doit être la maxime principale du chef d’État moderne. Ressembler aux siens, comprendre la culture des jeunes, des femmes et des vieux, afficher sans excès le respect et, s’il le faut l’admiration, qu’on voue aux sous cultures des différentes catégories de la société : tels sont les axes qui tiennent aujourd’hui le système de la communication de l’homme politique.

Ce système, comme toute structure, est un ensemble de faits, de gestes, de paroles, d’images et de productions, qui se tiennent dans un lien solidaire et qui se signifient mutuellement. Joindre l’acte à la parole est un impératif qui n’a jamais été aussi pertinent qu’à l’époque des médias de mass et, notamment, à l’heure de la télévision qui diffuse de l’information en continu. Les exigences de la société de consommation qui, se trouve également être une société technocratique, n’épargnent donc pas la chose politique. Et dans cette société il y a un marché de la peur, de la haine, de la joie, bref, un marché des émotions : il faut savoir vendre les joies de l’homme politique, sa tristesse, sa colère « humainement justifiée » ; bref son destin d’homme intéresse le public et il importe de savoir le lui faire désirer. Les peuples n’aiment pas les Chefs qui ont les mêmes défauts qu’eux, mais ils n’aiment pas non plus des dirigeants totalement coupés de leur univers et qui se comportent comme s’ils ne souffraient de ce dont ils souffrent naturellement ou ne jouissaient de ce dont ils jouissent. Pascal a dit que l’homme n’est ni ange ni bête, mais qui veut faire l’ange fait fatalement la bête.

Cette sagesse est profondément ancrée dans la conscience populaire, de sorte qu’on ne peut plus vendre l’image d’un Président hors du commun sans verser dans le ridicule de la propagande contre-productive. Il y a des instants pour faire de la politique et des moments pour être père ou mère de famille, frère, oncle, sœur, beau père, voisin de quelques citoyens auxquels on peut rendre visite en temps de joie, etc. La vie sociale dans sont intégralité est comme une scène où chacun joue différents personnages, mais dès qu’on s’éternise dans un rôle on enlève à la scène qu’est la société sa vitalité et son charme. Et de la même façon que les spectateurs ennuyés par les programmes d’une télé peu inspirée se vengent d’elle en la zappant systématiquement, les citoyens dégoûtés par la monotonie d’un tableau présidentiel trop « sérieux » et trop « travailleur », sans humour, se révoltent. Leur révolte est symétriquement proportionnelle à l’étendue de l’offense que représente une propagande qui tient le peuple pour un troupeau de moutons de panurge. Cette révolte est perceptible dans une sorte de déni de réalité et de vérité permanent contre toute activité, toute œuvre et tout discours du Président.

       Au regard des toutes ces considérations, on peut tirer la conclusion selon laquelle, l’image du Président est, pour la société de l’information, de la communication et de la consommation, une sorte d’abécédaire de son action politique. Il y a assurément des images qui parlent mieux et plus intensément que tous les discours fleuves ; il y a des images qui répliquent mieux que n’importe quelle argumentation savante ; il y a des images qui parlent mieux que la parole. Ce qui se dit peut être contesté ou travesti, mais ce qui se voit et se vit en direct est difficilement réfutable, surtout lorsqu’il reflète la réalité d’un homme concret avec ses forces et ses faiblesses. Le Président gagnerait donc, nous semble-t-il, à s’extirper de l’image idéale qu’on veut lui imputer et ensuite imposer aux citoyens sénégalais.


                                                                                             Pape Sadio THIAM
                                                                                             Journaliste
                                                                                             Doctorant en Science politique
                                                                                              thiampapesadio@yahoo.fr
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