Ce qui me pousse à questionner quel type d’humanité nous donnons à voir, lorsque nous sélectionnons nos produits agricoles, nous optons pour le transgénique et l’abandon du biologique, une sélection de produits non reproductibles dont les graines sont stériles.

Si nous sélectionnons des produits parfaits par le regard, rapidement disponibles et transférables dans nos assiettes, nous traduisons ainsi une société évoluant dans l’eugénisme, la perfection et la non reproductibilité. La présence de pesticides produits pour ce type d’agriculture, dans nos mers et océans, des hormones ingurgités par les poissons que nous mangeons à notre tour façonnent ce que nous devenons : des êtres asexués où le type male et femelle est difficilement reconnaissable dans la rue. la non reproductibilité témoignée par la baisse de la fertilité constatée chez les hommes occidentaux depuis plusieurs années et qui sont dues à l’ingestion des aliments issus de l’agriculture non biologique demeure là encore une autre conséquence de notre choix.

En fin de compte les produits alimentaires asexués et non reproductibles par leur graine que nous avons choisi de mettre dans nos assiettes renvoient à notre propre devenir d’hommes et de femmes. En ce qui nous concerne nous les africains, la première question serait comme toujours avons-nous choisi et sinon qui a choisi à notre place et allons nous nous réveiller pour stopper ce que nous importons, ceux à qui nous ouvrons nos portes : Monsanto, l’un des producteurs de semences génétiquement modifiées.

Cesserons nous d’aller à la pêche irraisonnée de concepts, choix industriels ou politiques occidentaux qui nous tuent encore plus que pendant la colonisation parce que non adapté à notre réalité et surtout addition d’erreurs que les occidentaux eux-mêmes reconnaissent sauf que pour la plupart une marche arrière n’est plus possible ?

Peut être bien qu’au Sénégal, l’activisme d’Ali Haidar nommé dernièrement ministre de l’environnement va enfin se concrétiser dans des choix politiques forts et légitimes et par la création d’un débat national sur les enjeux de notre agriculture, de notre nourriture et de la pollution qui nous tue à petit feu. J’espère que nous n’attendrons pas que dans dix ou vingt ans que des cancers de la gorge, des testicules, de l’estomac, du sein ou des  poumons deviennent explosifs au Sénégal occupant la place que le VIH Sida n’a pas pu prendre dans le pays, pour nous écrier d’horreur : « Nous ne savions pas ! »

 

Référence :Francesco Remotti, 1999,  le savoir anthropologique comme alimentation in Francis Affergan (dir) , Construire le savoir anthropologique, Paris, Presses Universitaires de France, pages 105-131,

 

Voir : http://www.mdrgf.org/27pesticides.html