Un fait divers d'une particulière violence a attiré notre attention sur le racisme. Particulièrement le racisme pratiquement banalisé dans le monde arabe et singulièrement celui vécus par les émigrés du sud au pays des cèdres.

                Beaucoup d’entre nous ont été choqués par les images de cette éthiopienne, traînée par terre, dans l’indifférence presque totale des passants au Liban. Les médias nous apprennent, par la suite, que cette dernière, Alem Dechasa,  se suicidera. Ce fait scandaleux se serait déroulé en Europe, nul doute, qu’on aurait eu droit à toutes sortes de réactions d’indignation compréhensibles. Cela aussi bien des européens et évidemment d’une masse plus importante d’africains, mais là, paradoxalement rien. Est-ce à dire que les occidentaux sont plus soucieux des droits humains que d’autres peuples du monde ? On serait tenté de le croire, tant la mort d’Alem Dechasa semble traitée avec une insupportable banalité.

            Il faut l’avouer, ce qui s’est passé avec cette employée de maison, ne constitue pas un cas isolé au Liban. C’est une réalité récurrente dans ce pays où le racisme paraît se confiner à un comportement culturel. Dieu sait combien de Alem Dechasa continuent à vivre dans le silence les pires horreurs qu’on puisse imaginer dans ces belles maisons cossues, dans un tête à tête mortifère avec leur bourreau. Pourtant, la communauté libanaise, hors de ses frontières est nombreuse, présente de manière séculaire dans certains pays africains. Où elle jouit de l’hospitalité et d’une intégration auprès de des africains, tout au moins sur le plan économique. Même si l’on peut trouver à redire sur le communautarisme de libanais semblant vivre dans une bulle libano libanaise, on peut globalement admettre qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce qu’ils vivent en Afrique et ce que les africains subissent au pays des cèdres. Evidemment, il ne s’agit pas de faire le procès de ceux qui ont choisi de vivre avec les africains et qui se considèrent, on l’espère, pour certains comme des africains. Cependant, il y a lieu de s’interroger sur la prégnance du racisme au Liban, tandis que cette même communauté affiche un comportement  plus conciliant et diamétralement opposé quand elle réside en occident. Ce complexe à l’égard de l’occident se mue trop facilement souvent en suffisance voire pire…quand elle se confronte au Sud.
            La tragédie vécue par Alem Dechasa traduit une situation inacceptable. En effet, la législation libanaise concernant les travailleurs émigrés, attache littéralement l’émigré à son employeur. Il en résulte un rapport malsain de maître à esclave avec toute l’inhumanité qui peut en résulter. Les domestiques au Liban, africaines ou souvent de l’Asie du sud, n’ont aucun droit. Elles de détiennent même pas leur papier par devers elles. Ainsi livrées pieds et poings liés à leur employeur et maître, elles font l’objet d’humiliations abjectes, souvent rapportées par des journaux, dans une indifférence quasi générale.
            De fait, jamais on a entendu, si elle existe, la société civile ou une organisation des droits de l’homme libanais s’insurger vigoureusement contre ces pratiques dégradantes. Jamais on n’a entendu, et c’est plus grave, un pays africain rappeler son ambassadeur, en signe de protestation, ou tout au moins convoquer l’ambassadeur libanais pour éclaircir le sort révoltant réservé à leurs concitoyens. Encore une fois, la promptitude et la virulence de nos réactions, quand les faits ont lieu en occident, seraient plus crédibles et moins connotées, si on en faisait de même partout ou le genre humain est maltraité, discriminé du seul de la couleur de sa peau, de ses origines, religions… A cet égard, l’amertume et la solidarité que nous avons parfois ressenties, lorsque le Liban était à feu et à sang étaient légitimes et prouvaient notre conscience d’appartenir à la même humanité. Parallélisme pour parallélisme, il serait rassurant, réconfortant qu’une société civile libanaise dénonçât fermement les agissements monstrueux de certains des leurs à l’endroit de ceux venus de l’Afrique ou de l’Asie pour travailler au Liban, comme les émigrés libanais le font dans le continent noir et à travers le monde. Malheureusement, l’impression qui se dégage laisse croire que cette attitude ignoble n’émeut que peu de personnes au Liban, confortant le préjugé qui voit le libanais comme un raciste de fait.
                              
                                                         Toumbou Amadou. sunuman2012@gmail.com