Dans la vie politique du Sénégal, jamais élection présidentielle n'aura tant fait déraisonner. Cette échéance électorale se présente comme révélateur de la prévarication qui peut menacer un peuple, surtout quand son intérêt diverge d'avec celui d'une clique devenue des privilégiés au destin intimement lié à celui de leur dieu, de leur créateur.
La tortuosité intellectuelle atteint des sommets inégalés, dans notre pays, à l'approche de l'élection de février 2012. En somme, de quoi s’agit-il fondamentalement? Un homme de plus de 85 ans, hors TVA comme disent certains, qui a près avoir consommé deux mandats présidentiels en redemande un troisième qu'on lui conteste. Abdoulaye Wade avait dit, et cela est incontestable, qu'il n'avait pas droit à un troisième mandat. «Sa» constitution ne le lui permettait pas. Un tel homme, dont le futur s'inscrit derrière lui, est aujourd'hui défendu par des jeunes et moins jeunes loups aux dents longues et d'une manière outrancière, sans tenir compte de leur avenir politique ou universitaire.
 
En effet, on peut difficilement comprendre que des hommes s'aliènent, à un tel degré, leur esprit critique, au point de faire croire que leur vieillard de près de 100 ans est plus endurant que les jeunes hommes qu'ils sont! Ou encore de vouloir convaincre sur le fait que les propos d'un chef d'état sont d'égale valeur que ceux d'un citoyen lambda! Qu’est ce qui justifie un tel défi à la raison? Qu’est ce qui peut permettre un tel outrage à l'honneur et d'une manière si humiliante? Rien ne saurait justifier qu'on cherchât à légitimer les ambitions illégitimes et irrationnelles d'Abdoulaye Wade. Il n'est ni indispensable et encore moins un messie. En fin de compte, cet entêtement à vouloir ramer contre le courant de l'histoire confirme une triste vérité: la vieillesse fait retomber l'homme en enfance dont la principale caractéristique est de croire que seul son désir est primordial dans son environnement. Abdoulaye Wade ne s'appartient plus, ni physiquement ni intellectuellement. Autrement, il se serait ancré dans une ambition beaucoup plus noble et honorable le concernant: Être l'Abdoulaye Wade référentiel, l'exemple du triomphe d'un combat démocratique et pacifique. En d'autres termes être l'alter ego de Mandela. Mais voilà, il a choisi de courir le risque de rester dans la mémoire des sénégalais et des africains comme le vieillard avide de pouvoir s'y accrochant encore de ses mains tremblantes et affaiblies.
Le personnage historique se remarque par la clairvoyance de son jugement, quand le moment est déterminant pour le destin de son peuple. Hélas! Abdoulaye Wade n'aura été et ne se sera révélé que l'homme d'une seule ambition: le pouvoir pour le pouvoir. A cette fin, il aura certes beaucoup sacrifié mais il en a été énormément récompensé: Abdoulaye Wade a pu gouverner comme un monarque suivant plus ses lubies que les aspirations du peuple sénégalais. C'est ainsi que l'isolement et l'entourage l'ont, sans doute, persuadé qu'il était un homme providentiel, enfermé dans cette illusion savamment orchestrée, le vieil homme en oublie que le peuple qui va voter en 2012 est essentiellement composé de jeunes ne l'ayant pas vraiment connu. Pour ces derniers, qui avaient entre 10 et 15 ans, il n'est qu'une contrainte qu'ils endurent, qu'ils subissent. Il est l'incarnation du patriarche ayant atteint l'âge canonique de la retraite. Que dire de son entourage? Juste qu'ils se confondent aux champignons qui prolifèrent dans le tronc et aux alentours de l'arbre mourant. C'est dans cette unique logique qu'on peut comprendre leur désir égoïste de pousser Wade vers la disgrâce.
En effet, comme les parasites, ils ont besoin de Wade pour survivre. Alors, ils taisent la vérité et se gargarisent de mensonges éhontés pour travestir la vérité absolue: le temps qui passe, le temps implacable et impitoyable dans les blessures qu'il inflige au vivant. L’automne du patriarche est proche et le peuple est seul maître du pouvoir qu'il prête et prête seulement. La grandeur, dès lors, consiste à savoir se retirer avec hauteur et dignité en restituant le gage avec élégance et dans l'honneur. ainsi seulement s'assure-t-on la postérité dans l'histoire. Dans cette mesure, février 2012 est l'ultime confrontation entre ceux suivant l'égoïsme, s'arrimant à la logique d'un prophète déchu prédisant: «après moi ce sera le chaos» et ceux qui, face à l'imposture parient sur la vertu et l'avenir libérés des mains des adeptes du parjure et du reniement de la parole donnée.
                                                                            Toumbou Amadou sunuman2012@gmail.com