Des taux de croissance qui réduisent la pauvreté sensiblement sont ceux qui sont soutenus. Et étant donné la gravité de la pauvreté africaine, il faut accélérer la croissance. On parle maintenant presque conventionnellement d’«accélération» lorsque, pour une année donnée, le taux de croissance par habitant sur cinq ans dépasse d’au moins 2 points celui des cinq années précédentes et s’il est égal ou supérieur à 2 %, et que, en outre, le revenu per capita est plus élevé après l’accélération que le meilleur niveau enregistré auparavant. Pour le cas africain, les économistes s’accordent à dire que ce continent reste loin de son potentiel. Ce qui, d’une certaine manière, est une bonne nouvelle.

En effet, à titre illustratif, Simon Johnson, Jonathan D. Ostry et Arvind Subramanian rapportaient déjà en 2007 que la qualité moyenne des institutions économiques, mesurée par le risque d’investissement, pour le groupe des pays à résultats prometteurs africains (PRPA) – Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Mali, Mozambique, Ouganda, Sénégal et Tanzanie – s’élèvait à 7,9, soit déjà supérieure à celle des pays qui ont connu une croissance soutenable (PCS) au milieu des années 80 dont la moyenne était de 6,4. L’Afrique sub-saharienne et même ses pays prometteurs font mieux en termes de contraintes à l’exécutif que les PCS, en dépit du fait que leur note soit inférieure à celle du monde en développement. L’Afrique a d’autres atouts.

Comme on le sait maintenant, il n’y a pas de soutenabilité de la croissance sans une amélioration des institutions. Catherine Pattillo, Sanjeev Gupta et Kevin Carey écrivent : « En fait, l’indice de l’évaluation de la politique et des institutions nationales, de la Banque mondiale, qui apprécie de manière générale l’orientation de la politique économique, est resté stable ou s’est amélioré durant les périodes d’accélération ». Donc, autrement dit, l’Afrique ne peut guère échapper à cette loi d’airain. C’est ainsi par exemple que l’Afrique sub-saharienne devra porter une attention particulière au coût de création d’une entreprise, qui est deux fois supérieur à celui du monde en développement et sept fois supérieur à celui des PCS. La situation des PRPA est encore pire : dix fois supérieur aux PCS.

Il faut donc un tissu institutionnel permettant de dynamiser l’entrepreneuriat. L’Afrique doit impérativement améliorer le climat des affaires, mettre en place un environnement plus propice afin que les entreprises puissent s’établir et prospérer. Ce qui permettra d’encourager l’investissement privé, sans lequel la viabilité de la croissance reste discutable.

Au-delà de l’amélioration des institutions, des études récentes ont mis à jour d’autres éléments qui font de pair avec la soutenabilité de la croissance. Parmi ces éléments, on compte une gestion macroéconomique prudente ou saine. S’il est vrai que l’Afrique a relativement réussi à réduire l’inflation, la question de sa volatilité n’est guère résolue complètement. Le solde budgétaire devrait aussi préoccuper les autorités. Là où le bât blesse encore davantage, c’est au niveau du taux de change. Simon Johnson, Jonathan D. Ostry et Arvind Subramanian estiment que la monnaie serait réellement surévaluée de 17,4%, alors que les pays en développement hors Afrique vivraient avec une sous-évaluation (-6,1%).

Ces études mettent aussi en évidence le rôle majeur du commerce comme moteur important de ces accélérations. Cela se concrétise par une hausse des exportations et d’une libéralisation des échanges. Or, le ratio exportations/PIB demeure faible en Afrique, surtout si l’on considère les exportations de produits manufacturés, relativement aux autres nations en développement. C’est à ce niveau que l’Afrique devra gagner le pari de la diversification, afin de stimuler les exportations de produits manufacturés. Car celles-ci nécessitent une forte intensité de main-d’œuvre (réduction du chômage garanti, etc.), bénéficient à un grand nombre, placent l’économie dans un cercle « vertueux » et favorisent même l’amélioration des institutions. Le rôle de la croissance de l’agriculture, surtout de sa productivité, est indéniable, étant donnés les effets d’entraînement de longue durée qu’elle exerce sur l’économie.

L’autre levier sur lequel s’appuyer est l’éducation. Le taux de scolarisation reste encore très faible, comparativement à ce qui se passe dans le monde en développement. La situation est rendue encore plus complexe quand on aborde la qualité de cette éducation, qui est fortement affectée par la corruption discrète.

En somme, il existe une gamme de politiques qui devront être mises en place par les gouvernements africains pour permettre à l’Afrique de faire complètement usage de son potentiel, et donc d’accélérer sa croissance, en dépit de son côté partiellement imprévisible, et améliorer les conditions de vie des africains.

Quelques references:

Hausmann, Ricardo, Lant Pritchett, and Dani Rodrik, 2004, “Growth Accelerations,” NBER Working Paper No. 10566 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

Pattillo, Catherine A., Sanjeev Gupta, and Kevin Carey, 2005, “Sustaining Growth Accelerations and Pro-Poor Growth in Africa,” IMF Working Paper 05/195.

Simon Johnson, Jonathan D. Ostry, and Arvind Subramanian, 2007, The Prospects for Sustained Growth in Africa: Benchmarking the Constraints, IMF Working Paper /07/52.

Abdoul’ Ganiou Mijiyawa, 2008, Sustained Economic Growth: Do Institutions Matter, and Which One Prevails?, Cato Journal, Vol. 28, No. 3, pp. 385-420.

Jones, Benjamin F. and Benjamin A., Olken, 2005, “The Anatomy of Start-Stop Growth,” Working Paper 1152.