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La colobanisation du palais de la république
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Amadou Toumbou
" qui n' a pas été accusateur opiniatre pendant la prospérité doit se taire devant l'écroulement. le dénonciateur du succès est le seul légitime justicier de la chute." Victor Hugo - Extrait de Les Misérables  
Par Amadou Toumbou
Publié sur 08/22/2011
 
Les images, qui nous proviennent de la présidence, sont proprement hallucinantes. Ce haut lieu qui aurait dû être celui où se préservent et se vivent les vertus les plus achevées de notre société, se transforme en une foire de marchandages propres à Colobane...

la colobanisation du palais de la république

Les images qui nous proviennent, depuis un certain temps, de la présidence du Sénégal sont proprement hallucinantes. Ce haut lieu qui aurait dû être celui où se préservent et se vivent la décence, la rectitude et autres valeurs, parmi les plus achevées de notre société, se transforme sous nos yeux médusés, en une foire où le marchandage fait office d’objet d’audience et de discussion. Le palais est devenu tout simplement celui de la rue publique. On assiste impuissant à une « colobanisation » de la présidence où un monarque atteint par l’âge des lésions se revigore, tel un vampire, des foules invitées faire acte de soumission, tout en chantant des louanges au maître des lieux.

            Ainsi, le palais a accueilli les ramasseurs d’ordures, les chefs de village et d’autres corporations ou tout simplement groupements d’individus à la présence en ces lieux peu compréhensible, sauf à la relier à des manœuvres bassement électoralistes. Dans ce souci constant de rallier tous les supposés porteurs de voix à sa cause, le locataire du palais a convié les lutteurs, à ce qu’il convient de nommer « marché kermel bis ». Comme d’habitude, le président pour clore ces audiences distribue de l’argent, des voitures et des promesses. De la sorte, le Sénégal est désormais gouverné dans la place publique. Il est choquant de voir avec quelle légèreté et selon ses fantaisies, le président distribue des sommes d’argent aussi importantes. Cela devient affligeant et insupportable quand on se rend compte qu’au même moment, des villages n’ont pas accès à l’eau potable faute de forage, des dispensaires manquent de médicaments, des quartiers entiers sont dans l’eau par l’absence de motopompes…pendant ce temps, on fait des largesses illégitimes.

            On est tenté de croire que la résolution de tout problème individuel ou collectif passe par le détour humiliant au palais. Une audience au palais est devenue une quête obsessionnelle pour nombre de sénégalais, y être invité rime avec enrichissement immédiat dans la conscience collective. A la vue de la générosité dont fait montre le président, il apparaît difficile de le nier. Convenons donc que la mendicité s’est introduite au palais et les sénégalais confondus à des mendiants qui assiègent quotidiennement les portes de cette institution. En se comportant de la sorte, le chef de l’état ne met il pas à nu une caractéristique de notre société ? Ne joue t il pas avec cette faiblesse morale des sénégalais ? Il nous semble que les « largesses » du président mettent en relief notre rapport malsain à l’argent, notre cupidité. On doit à la vérité de reconnaître qu’il y a une grande facilité, chez certains d’entre nous, à tendre la main trop facilement et sans vergogne, comme si on nous éduquait dans ce sens. C’est ainsi que pour beaucoup, peu importe la manière, pourvu qu’on soit riche. Dans cette logique, force est de constater que le régime libéral se distingue par une apparition brutale et fulgurante de nouveaux riches, tous liés au pouvoir, et qui n’ont absolument aucun moyen de justifier objectivement l’état de leur fortune actuelle.

            Dès lors, comment en vouloir à ceux qui se pressent à la cour des miracles, espérant en sortir avec un nouveau statut social positivement métamorphosé. Car malheureusement tel est le fonctionnement d’une république bananière, au lieu de favoriser la création d’entreprises génératrices d’emplois, le pouvoir dans de pareilles républiques déstructure l’économie formelle et cherche à acheter les vecteurs de conscience afin de s’assurer une paix sociale. Selon toute vraisemblance, le pouvoir actuel s’assimile à ce mode de gouvernance sans lendemain. Le palais, dans notre pays, s’est banalisé en devenant le lieu de querelles de charretiers, d’empoignades entre ministres… rien d’étonnant de ce fait, qu’il soit aussi le « bazar » institutionnel où se négocie la dépense quotidienne. Cette dégradation de  la présidence reflète une décomposition plus générale qui gangrène l’ensemble de nos institutions voire une grande partie de la société sénégalaise.


Amadou Toumbou   
sunuman2012@gmail.com