Tous les honnêtes gens qui ont lu l’entretien de Amadou Toumani Touré dans Le quotidien du 04/08/2011, ont dû penser, j’en suis convaincu, à Abdoulaye Wade. C’est aussi évident, que ces derniers souhaiteraient sans doute, qu’il le lise, sinon, ils le lui recommandent fortement pour y tirer les leçons.

Véritablement, c’est un cours magistral que ATT donne à ses pairs certes, mais le cours s’adresse particulièrement à Me Wade, en tant que doyen des chefs d’Etat mais aussi, comme celui, dont la pratique divorce totalement d’avec cet enseignement, dans tous les domaines.
Autant je suis fier en tant qu’africain de A T T pour les réponses nettes claires et précises, empreintes toutes, d’humilité, d’éthique, de franchise et fondées en plus sur la réalité des faits. C’est autant, que j’ai eu encore honte pour Me Wade et été peiné, de me rappeler à l’opposé, de ses fameux propos : « Ma waxoon waxeet » et « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » qui bourdonnent avec persistance dans mes oreilles. En réalité, ces propos-là, devraient être et le sont d’ailleurs, un motif suffisant pour certains grands marabouts, de ne pas le recevoir dans leur cour, pour raison de parjure. Mais Hélas !
Il est aisé pour tout Sénégalais objectif, de noter la différence fondamentale qui sépare Amadou Toumani Touré d’Abdoulaye Wade. En effet, le premier cultive les valeurs fondamentales de son peuple et s’en réfère pour la conduite à tenir dans la vie sociale. Tandis que le second, détruit celles de son peuple et s’en écarte totalement, en se créant ses « propres valeurs » ou plutôt ses contrevaleurs tout à fait étrangères au peuple sénégalais.
La pertinence et l’objectivité des réponses de ATT sur les questions d’actualité qui préoccupent notre continent, et qui sont souvent des sources de crises et tensions regrettables, constituent une lueur d’espoir pour tous les démocrates et toutes les forces de progrès. En effet, face à la question sur la limitation des mandats, ATT tonne : « en tant que soldat, si je donne ma parole, je dois la tenir. (…) Il y a une éthique au Mali dans laquelle nous sommes nés et avons grandi. » Il ajoute : « Si je ne partais pas, comment je vais regarder mes compatriotes demain. » Il ne s’en arrête pas là, il donne cette belle formule de haute portée morale et d’éthique : « En plus, ce n’est pas un boulot cette histoire de Président, c’est épuisant »
Sans glorification aucune ni vanité, il a donné modestement un aperçu de son bilan, par ses réalisations, mais sans omettre d’évoquer naturellement, les difficultés, les regrets et autres insatisfactions rencontrées au cours de ses deux mandats.  A propos de la vie après pouvoir, ce que Me Wade ne semble ni envisager, ni intégrer dans l’ordre normal des choses à l’observation de toutes ses manœuvres, qu’il opère pour s’éterniser lui au pouvoir. Là où, ATT par contre dit ceci : « Je voudrais demain passer avec mon petit-fils et voir le pont de Bamako, qui est l’un des plus grands d’Afrique, et lui dire j’étais là lorsqu’on construisait ce pont ; et que c’est moi qui étais parti le négocier chez nos amis Chinois. » En lieu et place d’ATT, Me Wade aurait tiré sans aucun doute, comme à son habitude, toute la couverture sur lui, en s’attribuant à lui tout seul, toute la réalisation de l’ouvrage de A à Z. Au plan des infrastructures routières et de l’énergie, le Mali a mieux fait que le Sénégal c’est sûr, mais par modestie il garde tout de même la tête sur ses épaules, fanfaronnade. Au plan social, en dehors de l’augmentation des salaires des fonctionnaires, on note la mensualisation des pensions des anciens et essentiellement des retraités, depuis 5 à 6 ans déjà. Dans le même temps au Sénégal, Me Wade discrimine en privilégiant certains salariés sur d’autres, sans aucune base juridique ou un mérite quelconque, et pour les pensions des  retraités, nous en sommes encore au bimensuel.
La gestion du pouvoir fondée sur  la sagesse, la concertation et le consensus, tout cela en symbiose avec les valeurs propres du peuple malien et celles universelles de la démocratie, ont servi de moyens à ATT, pour diriger son pays pendant dix ans, sans disposer d’un parti politique propre, dans un pays qui en compte 144, sans noter aussi de crise majeure. Ceci a été possible à cet homme de parole et d’honneur, pour avoir su tôt, qu’il ne pouvait pas, à lui seul, gouverner son pays. Ce qui lui a permis d’organiser dans les règles de l’art, des élections libres, transparentes, démocratiques et incontestées jusqu’ici. De cette méthode, se dégage le concept, appelé par les Maliens, la gestion consensuelle du pouvoir. Ainsi, ATT souhaite et compte terminer son mandat, avec ceux-là mêmes, qui l’avaient accompagné au début de ses mandats. Ce qui est bien loin de Me Wade, qui compte encore peu de compagnons de l’alternance, auprès de lui aujourd’hui.
La gestion autonome des collectivités locales dans le cas du Mali par les élus du peuple, est aussi une note positive qui différencie, la gestion des pouvoirs locaux des deux hommes, au regard du respect des institutions et des lois de la république. En effet, quand ATT sauvegarde les prérogatives des élus du peuple, Wade par contre les destitue, pour les remplacer par des hommes à lui, parmi lesquels, des candidats perdants aux élections locales, sous le fallacieux prétexte de découpage administratif, et il remplace illégalement le Conseil rural par une délégation spéciale, sous ses ordres. Quand ATT renforce la décentralisation, en donnant plus de responsabilités et des moyens de les assumer aux élus locaux et aux collectivités locales, Me Wade lui, à l’opposé, retire aux nôtres qui ne sont pas de son bord, certains domaines de compétences parmi les 9 prévus, ainsi que les moyens leur permettant d’assumer leurs charges.
Dans le domaine de la sécurité aussi, Le Mali avec ATT à sa tête, s’efforce d’asseoir une administration permanente et suffisante partout, mais surtout encore, à ses frontières où sévit le terrorisme ou la rébellion. Il a régénéré son armée et ses forces de sécurité en vue de leur permettre de remplir leur mission correctement. Le Mali entretient de très bons rapports avec ses voisins immédiats et ainsi, tous gèrent ensemble dans une bonne entente et en confiance mutuelle, les problèmes de sécurité qui se manifestent à leurs  frontières communes et, qu’aucun d’entre eux, à lui seul, ne pourrait faire face, moins encore régler. Là aussi, je suis désolé mais, Wade devrait se mettre à l’école d’ATT, pour apprendre, comment entretient-on, le bon voisinage ? A mon humble avis, il y a un préalable à cela, c’est d’inspirer d’abord confiance à ses interlocuteurs, ce qui suppose, avoir une parole d’honneur bétonnée, qui ne change pas à chaque fois au gré du vent.
ATT, a fait aussi un cours magistral, relatif à l’amitié en général, mais avec une consonance fortement africaine, à ses pairs. Mais l’allusion est si directe, qu’on aurait cru, qu’il s’adressait directement à Wade, dans le cas d’espèce. Effectivement, ATT réaffirme plus que jamais son amitié avec Kadhafi, malgré la situation dans laquelle se trouve en ce moment ce dernier. Ainsi, il déclare avec la franchise qui le caractérise, sans tourner autour du pot : « Je ne renierais jamais une chose, même si on doit mourir de faim, il y a des repas qu’il ne faut jamais manger. Je ne dirais jamais que je n’ai pas été un ami de Kadhafi. » Ces propos divergent totalement de ceux  prononcés par Me Wade à  Benghazi, lors de sa visite au CNT, quand il semblait tirer sur un cadavre. Cependant, ATT a bien exprimé à son ami la vérité crue, les yeux dans les yeux et non derrière des caméras, en lui disant ceci : « Que le monde a changé et il sait, et que la Libye doit aller vers le processus de la démocratisation » (…) Entre autres « … qu’il faut qu’il y ait une Charte fondamentale pour pouvoir gérer cette période de transition, qu’il va falloir une période transition qui doit aboutir à la mise en œuvre  et à l’élaboration d’une Constitution. » C’est de cette façon-là, à mon avis que l’on doit parler à un ami, quand on l’aime bien. Bravo Amadou !
Alors il ne suffit pas seulement à Me Wade de lire ATT, mais il devrait bien emprunter aussi le même chemin que lui, s’il dispose encore des forces nécessaires pour agir en toute lucidité. Son clan qui a pris peur et qui, naturellement est très inquiet, en ce moment, ne fera rien pour le persuader à quitter le pouvoir pendant qu’il est temps encore, avant que celui-ci ne le quitte.
En tout cas, ATT a bien joué sa partition en tant qu’acteur, en imprimant des pages significations dans l’histoire de son pays voire de notre continent. Alors il revient aux autres d’en faire autant.
A bon entendeur salut !

    Mandiaye  Gaye
    Gaye-mandiaye@hotmail.com .