L’augmentation croissant du nombre de bacheliers sera soutenue par l’élargissement de la carte université et l’augmentation de la capacité d’accueil des universités. L’annonce est du ministre de l’Enseignement supérieur, des Universités, des Centres universitaires régionaux (Cur) et de la Recherche scientifique, le Pr. Amadou Tidiane Bâ dans un entretien qu’il nous accordé.

Il y a environ 30.000 nouveaux bacheliers. Quelles sont les dispositions prises pour leur orientation ?

Je rappelle d’abord qu’il n’existe aucun texte qui exige l’orientation de tous les bacheliers. Par contre, l’année dernière, j’ai reçu une lettre du président de la République me demandant de tous les orienter. Je pense qu’il est toujours dans cette disposition. L’option est d’orienter tout le monde. C’est pourquoi il m’a demandé, en cours de l’année, de créer une deuxième université dans la banlieue de Dakar. Il est vrai que l’année dernière, tous les bacheliers n’ont pas été orientés. Des bacheliers ont été laissés en rade. Il s’agit surtout de ceux des régions du sud. Ils sont restés très longtemps à Ziguinchor, pensant qu’ils y seront orientés. Lorsqu’ils sont venus à Dakar, c’était trop tard, puisqu’on était au mois d’avril. S’ils étaient venus un peu tôt, on aurait pu les caser.

Cette année, on a eu à peu près le même nombre de bacheliers qu’en 2010, 29.936 bacheliers. Il  y a un millier de différence par rapport à l’année dernière. Nous allons essayer de les prendre tous. Des constructions avaient démarré en 2007. Nous avons eu des problèmes en 2008.  L’argent qui était destiné à la finition des constructions a été retiré. En 2010, le déficit pour finir les constructions entamées en 2007, était de 10 milliards de F Cfa.

On a nous a donné 4 milliards de F Cfa, 2010. Il fallait 14 milliards pour les finir. L’année dernière, on a reçu 8 milliards de F Cfa. Certaines constructions seront réceptionnées. C’est le cas pour le bloc scientifique de Ziguinchor qui l’a d’ailleurs été provisoirement. C’est le cas pour les deux grands amphithéâtres de la Faculté des Lettres.  Une salle de 2000 places y est terminée, les chaises sont montées. Il reste pratiquement à équiper une vingtaine de salles de TP. Donc, la Faculté des Lettres pourra accueillir plus de bacheliers. Ce qui ne sera pas le cas, pour la Faculté de droit. Mais cette Faculté a un projet d’enseignement à distance qui prendra en charge 5.000 bacheliers. Cette année, en plus des ressources financières, nous mettrons à la disposition de cette Faculté, des ordinateurs. Nous donnerons 120 millions de F Cfa à la Faculté des Lettres pour dérouler également son projet d’enseignement à distance.

Qu’est-ce qui sera fait dans les autres universités ?

La capacité de l’université de Ziguinchor sera augmentée. C’est pour cette raison qu’il est inscrit dans le Budget consolidé d’investissement (Bci) 2011, un crédit de 250 millions de F Cfa, pour construire 10 salles de cours et 9 salles des professeurs. J’avais écrit à la Direction centrale des marchés publics (Dcmp), pour que nous puissions faire un marché de gré à gré. Ce marché nous a été refusé.  Mais le crédit existe. Nous allons passer par la voie normale pour que cela puisse finir au plus vite. Les bâtiments destinés à l’hébergement seront finis à Thiès. Il ne reste que les branchements sociaux (eau et électricité). D’autres bâtiments y sont également en cours de finition. Il s’agit des bâtiments de l’Ufr des sciences économiques, de l’Institut des sciences de la terre qui contribueront à augmenter la capacité  de l’Université  de Thiès. A Bambey, il y a un bâtiment pédagogique qui est en construction. Nous avons allons terminer l’extension de la bibliothèque de l’université de Saint-Louis. Il y a aussi  des hébergements et des amphithéâtres à finir.

Le crédit de 48 milliards de F Cfa de la Banque mondiale sera-t-il utilisé pour accélérer la fin des travaux ?

Effectivement, une partie du crédit servira à la réalisation d’un projet d’enseignement à distance pour les universités.  Il  sera aménagé,   dans  chaque université, un bâtiment pou recevoir les enseignements à distance. J’ai déjà échangé avec le directeur de l’enseignement supérieur. Dans cette perspective, on pourrait utiliser une partie des locaux du Cices.

Il a été question de la construction de la 2e Université de Dakar. Où en êtes-vous ?

Nous avons commencé à travailler sur la question. Le président de la République a déjà donné des instructions pour que le terrain puisse être mis à notre disposition. Parce le financement de la Banque mondiale est déjà disponible. Il est de 17 milliards de F Cfa. Les formalités seront remplies. Cela devrait aller rapidement.

Cette année, il y a une forte poussée des scientifiques au Baccalauréat. Comment expliquez-vous cela ?

Il faudra peut-être poser la question à mon collègue de l’éducation. Je pense que c’est la preuve, qu’on peut inverser la tendance en faveur des filières scientifiques. Lorsque qu’on regarde la série S 2, il y a 8.500 candidats et 8.462 définitivement admis. Ces bacheliers  sont de très peu devancés par les littéraires. En effet, la série L’1 a dénombré 33,5 % de bacheliers. La série L2 vient en 2e position. Suit la S2. Au regard de tout cela, nous pouvons dire qu’il y a un problème d’orientation. Je suis persuadé que dans la masse des L2, un bon nombre d’élèves peut se retrouver dans les séries scientifiques. Surtout que dans le programme de la L2, les mathématiques occupent une place relativement importante.

On a beaucoup parlé de l’université de Kaolack. Sa construction est-elle toujours d’actualité ?

Oui ! Dans le déroulement de la carte universitaire, une université sera construite à Kaolack. La Banque mondiale veut un établissement de formation professionnelle. Son coût d’équipement était élevé. Et le Sénégal ne peut le supporter dans l’immédiat. Nous travaillons sur ce projet. J’avais mis un milliard pour démarrer ce projet. Mais le ministère des Finances, dans l’arbitrage, a retiré ce montant. L’université de Kaolack doit avoir un profil commercial alors que la 2e université de Dakar doit avoir une orientation  littéraire, juriste et économiste. Nous pensons que les L2, peuvent effectivement suivre les cours en économie. Le projet Banque mondiale dure 5 ans. Dans ce projet, il est prévu des constructions. Nous avons reçu notre budget indicatif de 2012. Le montant prévu, nous permet, de finir les constructions, à partir de 2013, dans les 5 autres universités. L’Etat s’occupera de la construction de l’université de Kaolack.

Peut-on basculer dans le système Lmd avec la massification des universités et l’insuffisance des ressources financières ?

C’est vrai la réforme Lmd augmente le volume horaire. La solution contre la massification, c’est la construction de nouvelles infrastructures. Il faut passer de 5 à 7 universités.  En plus du crédit de la Banque mondiale, l’Etat fera des efforts pour relever le financement des universités. En revanche, les universités doivent cultiver une gestion efficiente des ressources qui leur sont allouées. Le budget de certaines universités a augmenté sans que leur nombre d’étudiants n’évolue de façon significative. La Banque mondiale insiste sur l’instauration d’une gestion efficiente des ressources. La solution, ce n’est pas seulement l’augmentation du budget des universités, mais aussi une gestion efficiente et efficace des fonds alloués.

Est-ce pourquoi la Cour des comptes a épinglé certaines structures à l’Ucad ?

Aucune structure n’a été épinglée en ce qui concerne la gestion de l’argent de l’Etat. C’est la gestion des fonctions de service qui posait problème. Les enseignants dispensent des cours qui rapportent de l’argent. Ces fonds peuvent être intégrés dans le budget pour améliorer le fonctionnement des universités. J’ai demandé aux recteurs de donner le budget minimum nécessaire qui reflète le fonctionnement de leur université. Cela nous permettra de voir le gap et de le combler. Le ministère des Finances est dans les dispositions de combler les gaps.

Est-ce que les universités peuvent fonctionner sans cet argent ?

La fonction de service est l’une des possibilités d’augmentation du budget de l’université. Il y a les droits d’inscriptions. Mais il faut mettre tout cela sur la table et discuter. Il faut voir comment ces fonctions peuvent contribuer à améliorer le fonctionnement des universités. On doit jouer sur tous les tableaux.

Le financement de la recherche est un autre problème…

Il y a un financement pour la recherche. Je suis d’accord que c’est insuffisant. Mais il faut qu’on revienne à une certaine réalité. Le gouvernement a des problèmes à résoudre. On ne peut pas faire la recherche pour la recherche. Il faut des recherches dont les résultats sont applicables et qui intéressent les sujets actuels et qui préoccupent les gouvernements ou les institutions.

Il y a un fonds d’impulsion, de la recherche, des groupements thématiques programmés (GTP). Certes, ce n’est pas beaucoup d’argent. L’Etat n’impose pas. Il y a des partenaires qui assistent le Sénégal. Si je prends l’exemple du budget de l’Institut des sciences de l’environnement (Ise), lorsque j’y étais, tournait autour de 2 millions de F Cfa. Mais il fonctionnait avec 121 millions de F Cfa grâce aux projets. Nous n’avons jamais tourné avec un projet de moins de 100 millions de F Cfa. Nous formulons des projets que nous soumettons à des bailleurs qui l’acceptent. Il faut que les chercheurs se mettent en équipe.

La recherche occupera-t-elle une place centrale dans le financement de la Banque mondiale ?

Il y a de la place à la recherche. On a 20 milliards de F Cfa qui sont attribués aux contrats de performance. La banque mondiale a approuvé ce projet dès sa présentation. Elle avait d’abord mis 50 millions de dollars sur la table, pour finir autour de 100 millions de F Cfa, soit les 48 milliards de F Cfa. Dans le même temps, la Bad est disposée à soutenir la recherche. Mais les bailleurs travaillent en collaboration. La  Bad, à travers, l’Uemoa, apporte un appui de 24 millions de dollars américains aux 8 pays membres. Dans cet appui, il y a des fonds compétitifs pour la recherche.

La capacité d’accueil du Coud est aussi dépassée. Qu’est-ce votre département compte faire ?

Le budget du Coud est largement dépassé. Il n’a pas changé entre 2009 et 2011, alors que le nombre d’étudiants a considérablement augmenté. Par conséquent, les conditions de vie des étudiants se dégradent. J’ai attiré l’attention du chef de l’Etat sur cette question. Il a donné des instructions  pour combler le déficit budgétaire. Mais, nous avons aussi des problèmes de gestion au Coud. Le social occupe une grande part dans nos universités. Lorsque je suis arrivé à l’enseignement supérieur, en faisant une addition, il y a environ 45 milliards de F Cfa  pour le social et seulement 35 milliards pour l’académie. Il y a un déséquilibre en faveur du social. Quand on prend les bourses, le budget, de 2009, était de 20 milliards de F Cfa. En 2010, ce budget est porté à 30 milliards de F Cfa. De 2009 à 2010, le budget a donc augmenté de 10 milliards de F Cfa. Mais les étudiants continuent de se plaindre. Il y a quelque part des problèmes. Pour 2011, le budget voté est de 19 milliards de F Cfa. Mais le budget réel sur lequel nous travaillons est de 28 milliards de F Cfa. Il y a 2 milliards de moins en 2010.

Nous voulons faire évoluer le niveau de confort auquel un étudiant peut avoir droit, et partant là, faire une estimation du coût pour l’ensemble des étudiants.

Quels enseignements tirez-vous de la bancarisation ?

Je suis très satisfait. Les revendications actuelles proviennent des boursiers du privé et ceux qui ont des aides. Ils ne sont pas bancarisés. Nous avons 40.000 étudiants bancarisés. La grande majorité des bancarisés ne proteste plus. J’ai demandé de virer le mercredi et le jeudi, de ce fait, ils seront les seuls aux guichets les samedis et dimanches. La bancarisation nous a permis de gérer les bourses avec transparence.

Quel est le nombre réel de boursiers sénégalais ?

Nous comptons environ 60.000 boursiers. Ce sont 95 % des étudiants sénégalais qui sont boursiers. Cela n’existe qu’au Sénégal. C’est un investissement. Le président croit qu’il y aura un retour d’investissement. En 1987, l’enveloppe des bourses était à moins d’un milliard de F Cfa. Aujourd’hui, nous sommes à plus 28 milliards de F Cfa. Mais il faut mettre de l’ordre surtout dans le 3e cycle où certains perçoivent des bourses alors qu’ils ne sont pas en train d’écrire la thèse. Mieux, un professeur ne peut pas encadrer une vingtaine d’étudiants en thèse. Nous voulons désormais une sélection rigoureuse dans les écoles doctorales. Elles feront des sélections en tenant compte du nombre de bourses. En procédant ainsi, nous pouvons réduire le nombre de boursiers du 3e cycle au moins moitié.

N’est-ce pas une forme d’exclure certains ?

Non. Je suis sûr que plus de la moitié d’entre eux n’écrivent pas leur thèse. D’ailleurs, ce sont les écoles doctorales, en toute liberté, qui feront la sélection. Nous donnerons autant de bourses que d’étudiants pris. Je fais remarquer qu’avec la bancarisation, nous nous sommes rendu compte que certains étaient fonctionnaires et percevaient des bourses. On devrait leur envoyer les ordres de recette.

Propos recueillis par D. MANE et I. SANE.