Visite de l’Ambassadeur Nicolas Normand à Idrissa Seck : Les secrets d’une rencontre.
La rencontre entre Idrissa Seck et l’ambassadeur de France au
domicile de l’ancien Premier ministre à Dakar, avait suscité une forte
curiosité, non seulement de la part de l’opinion, mais jusqu’au sommet
de l’Etat. Le Quotidien a pu apprendre que Nicolas Normand avait été
dépêché auprès de son hôte par les autorités françaises, auxquelles
Idrissa Seck a délivré un message sans équivoque sur son opinion sur le
Président Wade.
L’ancien Premier ministre Idrissa Seck, avait fait un rapide
aller-retour Paris-Dakar pour prendre part au rassemblement organisé par
le mouvement M23 à la Place de l’Obélisque. Arrivé à Dakar le soir du
vendredi 22 juillet 2011, le président du parti Rewmi qui a déclaré sa
candidature à la prochaine élection présidentielle prévue en février
2012, avait repris l’avion pour regagner ses pénates dans la capitale
française le dimanche 24 juillet. Mais entretemps, il a reçu à son
domicile du Point E l’ambassadeur de France à Dakar, Monsieur Nicolas
Normand. L’entrevue entre Idrissa Seck et le diplomate français qui,
depuis sa nomination au poste d’ambassadeur de France en remplacement de
Jean Christophe Rufin, passe pour être proche de la famille Wade, a
intrigué. En effet, d’aucuns se sont demandé si l’ambassadeur de France
ne travaillait pas à renouer le dialogue entre le Président Abdoulaye
Wade et Idrissa Seck. Des autorités françaises avec lesquelles Le
Quotidien s’est entretenu, à Paris, indiquent que telle n’était point la
mission de Nicolas Normand. Bien au contraire, l’ambassadeur s’était
rendu au domicile de l’ancien Premier ministre à la demande des
autorités françaises qui voulaient s’enquérir de l’analyse que Idrissa
Seck faisait de la situation politique au Sénégal.
Nicolas
Normand qui a eu un entretien durant une bonne heure avec Idrissa Seck a
rapporté à sa hiérarchie que ce dernier reste ferme sur sa volonté de
voir le Président Wade quitter le pouvoir au terme de son mandat en
cours et qui s’achèvera en février 2012. L’ancien Premier ministre ne
voudrait envisager une candidature du Président Wade à la prochaine
élection présidentielle, estimant qu’une telle candidature est
irrecevable comme l’ont indiqué tous les éminents juristes
constitutionnalistes sénégalais et étrangers qu’il a pris le soin de
consulter. Ainsi, a-t-il demandé aux autorités françaises de persuader
le Président Wade de ne pas déposer une candidature qui serait
assimilable à une manœuvre visant à une violation flagrante de la
Constitution.
Idrissa Seck a voulu se montrer ferme sur la
question, comme du reste il a tenu à signifier à son interlocuteur que
toute velléité du Président Wade de procéder à une dévolution dynastique
du pouvoir au profit de son fils biologique Karim Wade était vouée à
l’échec. Le maire de Thiès demeure convaincu que le Président Wade n’a
pas abandonné un tel projet. Il a rappelé à l’envi qu’il a été le
premier à avoir perçu ce projet qu’il a dénoncé, ce qui lui aurait valu
tous les déboires politiques et judiciaires qu’il a connus.
Il
faut aussi relever que l’ambassadeur de France à Dakar a exprimé à ses
mandataires toute l‘appréciation positive qu’il a tirée de l’entretien
avec Idrissa Seck. Ce dernier s’est voulu un rassembleur et a clairement
indiqué au diplomate français qu’il le recevait certes en qualité de
dirigeant de son propre parti politique, mais qu’il s’autorisait à
parler au nom de toute l’opposition qui, sur ces questions, est animée
par une «action commune et une réflexion commune». Idrissa Seck a confié
que tous les responsables de l’opposition, au pouvoir du Président Wade
partagent son opinion sur la question.
Le Président Abdoulaye
Wade a été particulièrement curieux de savoir la teneur des discussions
entre Nicolas Normand et Idrissa Seck. On apprend ainsi qu’il n’a pas pu
se retenir de téléphoner dans la soirée du samedi 23 juillet 2011 à
Nicolas Normand pour essayer de lui tirer les vers du nez. Il se dit
aussi que le Président Wade est très courroucé par le fait que Idrissa
Seck a pu faire une jonction avec l’opposition en prenant part à la
mobilisation du 23 juillet dernier.
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