Une atmosphère lourde de dangers semble tout doucement s’installer au Sénégal. De toutes les élections qui se sont déroulées dans notre pays, celle de 2012 présente les signes les plus préoccupants, jamais ressentis, contre la cohésion de la nation. Elle sera incontestablement inédite du fait d’un certain nombre d’actes sans précédent. En effet, que la candidature d’Abdoulaye Wade soit validée ou non, par la cour constitutionnelle, elle constituera une première qui aura divisé l’opinion nationale et affaiblit la parole de l’institution suprême qu’incarne le président de la république. Cette élection aura vu l’expression d’une avidité irrationnelle pour le pouvoir de la part d’un vieil homme de 86 ans. Dans cette perspective, plus on se rapproche de la date fatidique plus l’inquiétude supplante la sérénité.


Ainsi, suite aux événements du 23 et 27 juin, le langage s’est durci et le camp libéral veut sa date et prépare sa riposte pour le 23 juillet. Organiser un tel rassemblement à une telle date relève de la provocation et s’interprète comme une sommation faite aux sénégalais de choisir être pour Wade ou contre lui. Dès lors, bien plus que cet objectif, cette manifestation est la preuve, d’ors et déjà, d’une incompréhension troublante de l’histoire en marche. S’il est admis que c’est le peuple qui a exprimé sa volonté en juin, l’histoire retiendra que le p.d.s n’a pas su décrypter le message du peuple. Bien au contraire, le palais est transformé en un souk où l’on marchande le vote des électeurs. Le fait d’avoir réuni des chefs de village, et plus angoissant, prendre la décision grave et  irréfléchie de les armer, constitue un acte, non seulement unique au monde, mais d’un anachronisme moyenâgeux voire à la limite criminel.

En arriver à ces extrêmes devrait faire prendre conscience au président que sa popularité a fondu. Qu’on se rappelle du chef de l’Etat élu en 2000 qui n’hésitait pas à fausser compagnie à ses gardes du corps, car certain de jouir d’une légitimité bienveillante et protectrice. Où est passé ce soutien inconditionnel du peuple ?  La réponse à cette question n’aurait pas dû être ces achats de conscience à la présidence ou encore ce funeste rassemblent du 23 juillet qui verra « deux Sénégal» se faire face. Irrémédiablement l’extrémisme et la fébrilité, qui paraissent justifier cet appel à la mobilisation des troupes libérales, ne peuvent aboutir qu’à cette confrontation.

D’un côté nous aurons le Sénégal des privilèges indus, de l’enrichissement rapide, en un mot celui des enrichis spontanés issus de l’alternance. Le 23 juillet sortiront de leur tanière ceux qui pensent qu’un président peut ne pas avoir de parole. Il peut publiquement se dédire, faire des promesses officielles et s’y soustraire toute honte bue. Le 23 juillet se débusqueront ceux qui cautionnent le népotisme comme mode de gouvernance, avec la confiscation de 20% du budget de l’Etat par un seul ministre Karim Wade, dont la gestion calamiteuse des travaux de l’ANOCI demeure non élucidée. Le 23 juillet la préservation des intérêt partisans s’habillera de bleu parmi ceux qui trouvent normal, qu’après avoir englouti près de 800milliards dans l’énergie, le Sénégal en soit encore réduit à attendre des promesses, d’un homme affirmant publiquement qu’elles n’engagent que ceux qui y croient, pour rompre avec les coupures d’électricité.

Mais heureusement qu’il ya  le peuple. Celui qui se reconnait  avec dignité dans  le cri du « lion rouge » qui rugit afin que le soleil dissipe les ténèbres. Ce soleil-là, nul ne peut l’éteindre car il est notre espoir qui réside dans la capacité à toujours dire non à l’injustice sous routes ses formes. Le même peuple qui a contesté le ticket présidentiel de Saint-Louis à Ziguinchor et Dakar à Kédougou est encore là et veillera. Le 23 juillet est l’occasion d’opposer la fraternité populaire au sectarisme libéral rassemblé autour de la concussion. Le 23 juillet doit être l’heure de la vérité entre ceux qui ont le Sénégal comme seul  souci et les partisans d’un homme qui n’hésite pas à se renier, à instrumentaliser les institutions de l’Etat, à offrir des mallettes d’argent à  fonctionnaire international sur le départ, à armer des chefs de village…autour de cet homme seront ceux qui ont les postes et les deniers du pays en partage. En face de ceux-là la masse populaire qui endure les inondations, les coupures intempestives d’électricité, les découpages ou saucissonnages inopportuns et iniques de départements et autres, la violence des arrogants parvenus, les privations de toute nature.

En définitive, au soir de ce 23 juillet, pour que le Sénégal sorte vainqueur, que la banlieue et toutes les villes du pays soient rouges, non pas de colère, mais de la passion festive pour ce pays.

Amadou Toumbou
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