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ENTRETIEN AVEC… Léopold Faye, Consul général du Sénégal en France : «Ce qui s’est vraiment passé au consulat le 22 juin».
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Journal Le Quotidien
Quotidien d'informations du Senegal. 
Par Journal Le Quotidien
Publié sur 07/20/2011
 
L’homme n’aime pas s’épancher dans la presse. Mais, très marqué par le saccage du consulat le 22 juin dernier, et la campagne de dénigrement...

ENTRETIEN AVEC… Léopold Faye, Consul général du Sénégal en France : «Ce qui s’est vraiment passé au consulat le 22 juin».
L’homme n’aime pas s’épancher dans la presse. Mais, très marqué par le saccage du consulat le 22 juin dernier, et la campagne de dénigrement orchestrée par l’opposition à son encontre, le consul général du Sénégal en France a, pour une fois,  jugé nécessaire de sortir de sa réserve diplomatique, et livrer sa version des faits. Mais aussi, dire pourquoi il n’a pas porté plainte contre les tagueurs. Processus électoral en France, Sénégalais en prison, Sans papiers, bilan de son magistère à mi-parcours… Léopold Faye s’est livré à bâtons rompus, au cours de cet entretien, sur tous les autres sujets qui relèvent de sa mission.

Il  y a plus de trois semaines, une manifestation de l’opposition contre le projet de ticket présidentiel s’est soldée par l’occupation et le saccage du consulat. Comment avez-vous vécu cet évènement de l’intérieur ?

J’ai vécu cet évènement avec beaucoup de regrets, et j’en ai été meurtri, parce que le consulat est l’émanation de l’Etat du Sénégal. C’est un démembrement de l’ambassade du Sénégal, qui est destiné à offrir les services administratifs et juridiques dont les Sénégalais ont besoin dans leur vie quotidienne ici en France. Et de ce point de vue,  le consulat est un bien public qui appartient à toutes les Sénégalaises et à tous les Sénégalais vivant en France. Aucun groupe ne peut en revendiquer la propriété exclusive pour vouloir en faire ce qu’il veut. C’est cela que je déplore. Néanmoins, c’est un acte que nous avons pris en compte. Nous avons été informés la veille qu’une manifestation allait se dérouler et nous avions pris nos dispositions en demandant simplement à nos agents de sécurité d’être vigilants. Mais nous n’avions pas estimé nécessaire de faire appel à la Police, parce que trois semaines avant, une tentative de séquestration avait été opérée sur ma personne, dans mon bureau. Et les discussions que j’avais eues à l’époque avec les responsables de ce mouvement m’autorisaient à croire qu’un tel acte à l’intérieur du consulat ne se produirait plus. C’est ce qui explique que je n’ai pas fait appel à la Police par anticipation. Et aussi, je m’attendais plutôt à ce que la manifestation se déroule au dehors et que moi je reçoive une délégation comme d’habitude. Or, le consulat a été envahi et occupé, les gens ont brisé des portes et des vitres, ils ont entassé des chaises dans le couloir, ils ont fermé les portes et occupé le consulat.

Au regard de cette situation, ma responsabilité était de rétablir le fonctionnement du service. Nous avons alors requis la Police française. Et il est bien mentionné dans cette réquisition que c’est pour rétablir les services consulaires. Cela a permis aux policiers français d’empiéter sur le territoire sénégalais à l’intérieur du consulat, et d’évacuer tous ceux qui l’occupaient. Bien évidemment, il n’a jamais été question pour nous, auprès des autorités françaises, de demander leur embarquement. Donc, ce qui a suivi n’a rien à voir avec la procédure que nous-mêmes avions enclenchée. Il est évident que les Français qui ont en charge la sécurité du consulat ont peut-être leur procédure. Ce que je dis peut être vérifié : ni le consul, ni aucune autre autorité consulaire n’a déposé plainte au commissariat de Police ni auprès du procureur. Toute enquête peut le vérifier et pourra le certifier.

Nous continuons à assumer notre mission, c’est-à-dire à travailler avec la communauté sénégalaise et à être en harmonie avec elle. Le consul du Sénégal, à aucun moment, ne s’est senti acculé, ni menacé par qui que ce soit. Il a continué avec ses collaborateurs à faire fonctionner correctement le service.

Pourtant les manifestants di­sent que s’ils ont saccagé vos locaux c’est parce que vous aviez refusé de les recevoir.
En ma qualité de responsable de la structure, je n’ai reçu aucune demande de rencontre de leur part. Aucun d’eux n’a envoyé de messages ou un personnel du consulat pour me demander une rencontre. Pourtant, la plupart d’entre eux ont mon numéro de téléphone et m’ont souvent appelé. S’ils voulaient me contacter, ils pouvaient le faire au téléphone, parce qu’il est toujours ouvert.

Vous voulez dire qu’ils ont prémédité leur acte ?
Je ne sais pas, mais je constate qu’il y a des portes brisées, des tags. Je ne sais pas ce qu’ils avaient décidé au départ, je constate tout simplement la finalité de l’acte.

Vous dédouanez vos services dans l’embarquement et la garde à vue des interpellés, mais pourtant un fonctionnaire du consulat s’est bien déplacé au commissariat pour les identifier…
Cela fait partie de la procédure normale : tout acteur doit être identifié. Mais l’identification n’a rien à voir avec la procédure judiciaire. A ce niveau, le gendarme qui était là-bas n’a fait que son travail. A Dakar c’aurait été pareil. Quand il y a des actes qui sont commis, lui en tant que responsable de la sécurité, doit pouvoir dire qui a fait quoi. Là, il est dans son rôle, et on n’a rien à lui reprocher.

Qu’est ce qui vous a choqué le plus ce jour-là ?
Tout m’a vraiment marqué. Il y a les actes de vandalisme, parce que c’est un bien public. Mais je pense que c’est la portée symbolique de l’acte même qui m’a choqué le plus. Que des Sénégalais entrent dans le consulat, qui est le bien le plus précieux qu’ils puissent posséder en France, qu’ils le mettent dans cet état, je pense que cela mérite des interrogations. Et cela mérite également que tous les responsables qui ont voix au chapitre se prononcent sur cette question pour que tout cela ne puisse jamais arriver de nouveau. Parce que ce qu’on a tous en commun, c’est l’Etat. Si l’Etat n’existe plus, la citoyenneté n’existera plus, donc rien n’existera. Nous deviendrons alors de simples individus qui circuleront sans identité, sans patriotisme, sans civisme.

Pourquoi n’avez-vous pas  por­­té plainte alors que vous estimez grave ce qu’ils ont fait ?

Je n’ai pas porté plainte compte tenu du fait que ce sont des Sé­négalais qui sont en territoire  étranger. J’aurai compris que moi je porte plainte contre des Sénégalais auprès de la juridiction sénégalaise, c’est une possibilité que j’aurai pu utiliser. Mais ce qui m’a le plus retenu de porter plainte contre eux auprès de la juridiction française, c’est que je savais pertinemment que dans ce groupe, il pouvait y avoir des gens en situation irrégulière et qui auraient donc maille à partir avec les procédures françaises de retour en territoire sénégalais. Et je ne souhaitais pas m’engager jusque-là.

C’est la raison principale qui vous a fait abstenir de la plainte ?
C’est l’une des raisons. J’ai pensé que parmi eux il y avait peut-être des gens qui étaient des soutiens de famille au Sénégal, mais du fait qu’ils soient sans papiers ils risquaient purement et simplement d’être refoulés au Sénégal. C’est la famille qui perdrait certes, mais aussi le Sénégal en partie.

Sur le plan sécuritaire, avez-vous envisagé des mesures particulières pour parer à toute éventualité ?
Bien sûr ! Nous allons remplacer le système des portes. Nous prendrons nos dispositions pour que le consulat ne puisse plus être envahi de cette manière. Nous allons mettre en place un dispositif de sécurité électrique, avec contrôle de sas, qui peut détecter même les armes à munition et les armes blanches.

Vous allez vous barricader alors ?
Non ce n’est pas une barricade, nous allons simplement faire comme tous les consulats qui se respectent, comme font les ambassades des grands pays. Nous allons faire un système qui permettra aux gens de passer, mais qui permettra aussi de tout visualiser, parce qu’il y aura des caméras. Il y aura également un système de barrières qui permettra de faire circuler les gens de manière ordonnée et sécurisée.

Cet évènement du 22 juin a-t-il eu une incidence sur les opérations d’inscriptions sur les listes électorales qui ont lieu dans vos locaux ?

Absolument pas ! Je peux dire que les inscriptions se sont poursuivies malgré la manifestation, de même que tous les services ont continué à fonctionner jusqu’à l’heure de fermeture, c’est-à-dire 17h 30mn.

Justement, parlez-nous un peu du déroulement du processus électoral en France.
Pour l’ensemble de la France, avec les autres consulats, c’est-à-dire Lyon, Bordeaux et Marseille, nous sommes à 9 600 inscrits (L’entretien a eu lieu le mercredi 13 juillet dernier. Ndlr). Le consulat de Paris,  lui seul, fait 77% des inscriptions en France. Par rapport aux missions diplomatiques à l’extérieur, la juridiction de Paris fait plus de 50% des inscriptions. C’est vous dire que notre performance est remarquable. D’au­tant plus que depuis que nous avons commencé, nous avons visité douze localités et il nous en reste quatre, sur la base d’un calendrier que nous avons élaboré avec les partis politiques qui disposaient de mandataires désignés officiellement par leur direction nationale, mais également avec la délégation de la Cena ici en France. C’est ensemble que nous avons choisi les villes qui doivent accueillir la commission itinérante. Ce calendrier, nous le respectons scrupuleusement. Par jour, nous faisons en moyenne plus de 80 inscriptions, avec des pointes les lundis, qui peuvent dépasser les 150 inscriptions. En tout cas, dans le déroulement des inscriptions, je n’ai pas reçu d’observations quant à un dysfonctionnement ou un problème particulier. A aucun moment, l’Admi­nistration n’a pris seule une décision sans l’aval des partis politiques.  

Que répondez-vous alors à la société civile qui dit que vous êtes de connivence avec le Pds, le Ps et l’Apr, dans l’exécution du calendrier des tournées de la commission technique ?

Je ne comprends pas, parce que ceux qui me font ce procès étaient à la réunion et ont entériné la décision. Dans la réponse que je leur ai faite, j’ai rappelé les dispositions de l’article R18 du Code électoral, qui stipule que c’est l’Administration qui choisit les lieux et sites où la commission d’inscription travaille, il ne fait qu’en informer les partis politiques. Cela veut dire que moi j’avais bien le droit de choisir tout seul les lieux sans les consulter, mais j’ai préféré les réunir et leur dire : «Voilà les villes que je vous propose, et qu’est-ce que vous en pensez.» Ils ont corrigé et même ajouté une ville. Je pourrais donc comprendre que les membres de la société civile, qui ne peuvent pas être membres de la commission administrative, puissent proposer leurs villes parce qu’ils n’étaient pas à cette réunion, mais ce n’est pas un droit.  Donc c’est un mauvais procès.

Leur souci, c’est d’inscrire tous les Sénégalais qui le veulent et partout où ils sont. Est-ce que vous pouvez garantir cela, avec le matériel à votre disposition ?

Moi, ce que je peux faire, c’est mettre à disposition une commission qui reçoit et qui fait le travail selon la demande. Je peux également, dans les villes qui ont été retenues, faire en sorte que quand la commission arrive, les gens s’inscrivent. Mais il faut aussi que les gens nous aident. Parce que dans certaines localités où nous nous déplaçons les week-ends, les gens attendent 18 heures pour venir. Pour des personnes qui arrivent à 9 h 30mn, et qui doivent rentrer le soir, qu’on attende 18 heures pour les obliger à rester jusqu’à 20h ou 21h, cela pose problème. Alors que les gens ont toute la journée pour venir s’inscrire. Il faut que les Sénégalais dépassent ces habitudes. Pour information, J’ai reçu le décret qui proroge les inscriptions à l’étranger jusqu’au 31 août. Et pour  justifier le calendrier, nous avons choisi les villes où il y a les consulats honoraires : Lille, Strasbourg, Nancy, Rouen, Le Havre, Nantes. Le deuxième élément de choix porte sur les lieux où il y a les associations que nous connaissons bien et avec lesquelles nous avons l’habitude de travailler. Donc les choix que nous avons opérés ne sont pas dus au hasard. Aujourd’hui, bien évidemment, chacun voudrait qu’on aille dans telle ou telle autre ville, mais ce n’est pas possible. On ne peut pas aller dans toutes les villes de France.

Ils réclament également une équipe supplémentaire pour accélérer le rythme. Vous pensez que ce n’est pas nécessaire ?
Toute commission est utile, mais il faut comprendre que les moyens du Sénégal ne sont pas illimités. Et que nous avons deux commissions qui travaillent depuis mars sur le territoire français : une commission qui est avec nous à Paris depuis le début,  et une autre qui fait le tour des autres consulats. On essaie de couvrir l’ensemble du territoire français. Bien évidemment, il y a des villes où l’on ne pourra pas aller, parce que soit le temps ne nous le permettra pas soit les contacts qui nous permettent d’y aller ne nous sont pas signalés.

(A suivre)
tdiallo@lequotidien.sn - (Correspondant permanent en France)