Déception est le mot qui convient pour apprécier le discours, tant attendu, du président de la république suite aux événements du 23 et 27 juin. Le peuple sénégalais était en droit d’entendre des propos à la hauteur du temps mis pour répondre à ses préoccupations majeures, si violemment exprimées. Au lieu de cela, il a entendu un chef de parti qui s’est invité à une comédie théâtrale en deux actes.

Le décor fut pratiquement annoncé, dans l’après midi, avec la diffusion de l’exil d’Alboury  de Cheikh Ndao. Le premier acte, de la tragi-comédie du 14 juillet, fut un long et ennuyeux passage de valets et larbins. Tous, à deux exceptions, ont rivalisé dans l’art de la flatterie, de l’obséquiosité la plus rampante. Cette attitude servile confirme le souci fondamental des partisans du régime à s’accrocher à leurs privilèges aux antipodes de l’intérêt du peuple. Durant ces interventions, d’une banalité pathétique, nous avons pu voir le ridicule parader en la personne de Doudou Wade déversant bile et niaiseries ou encore Iba Der Thiam qui, tel un perroquet, donna un récital panégyrique et sans aucune analyse intellectuelle, des dates et des faits présentés sous l’angle de la fausseté et d’un déni affligeant de la réalité. Ainsi parla, on a peine à le croire, cet agrégé d’histoire. Et enfin un triste premier ministre, par ailleurs directeur de campagne, comme d’habitude au verbe soporifique sans grande conviction.

Tout compte fait, ils se sont plu à se rassurer et rassurer leur « candidat » et sous entendre une nouvelle fois leur conception séparatiste de la nation sénégalaise. Les élus locaux, les députés, ministres et autres obligés du pouvoir ont renouvelé leur fidélité à leur chef, leur souverain. Ce qui s’est passé ce 14 juillet est indigne d’un Sénégal qui se veut moderne. Ce rassemblement rétrograde, dans son organisation et dans son déroulement, renvoie aux heures sombres de la féodalité. Pendant près de deux heures, les courtisans du roi se sont succédé pour s’illustrer dans des comportements reptiliens oubliant que la reptation rime avec soumission et avilissement. Il est honteux de faire croire à un vieil homme, manifestement en peine d’articuler, qu’il représente le futur d’une population foncièrement jeune. Le Sénégal n’attendait pas cette sortie d’affidés comme prélude au message à la nation du président. C’était inutile et ubuesque car ceux qui se sont exprimés ne peuvent en aucun cas se prévaloir de la légitimité du peuple qui s’est soulevé les 23 et 27 juin. Du reste leurs propos étaient en totale contradiction avec ce qui s’est passé. Car comment comprendre que le précipice fut presque atteint alors que ces opportunistes disent que tout va bien dans le pays ? La vérité est ailleurs, ils ont joué leur rôle à la perfection devant leur maître. Ils ont cherché à rasséréner le secrétaire général national du parti démocratique sénégalais. Leur introduction n’avait pour but que cela et préparer le second acte de leur pièce.

Sous « le chapiteau », bariolé aux couleurs du parti, le secrétaire général s’est adressé à ses militants. Dans un discours parfois tâtonnant, le chef de parti s’est livré à un cirque, parlant par moment difficilement. Il a déroulé un programme de campagne qui souligne l’échec de sa politique dans les domaines de l’énergie et de l’emploi, tout au moins. En effet, en être réduit  à la création d’une énième structure chargée de l’emploi des jeunes, avec promesse de cent mille emplois à la clef, est consternant. Proférer des menaces et se dédire sont deux faits probants sur la déroute intellectuelle qui ronge ce pouvoir. En oublier les règles juridiques élémentaires qui encadrent sa charge, au point d’affirmer pouvoir organiser une élection anticipée, si l’opposition le veut, participe de la sénilité avancée d’un homme âgé de plus de 86 ans. Et pour terminer, ne retenir des journées du 23 et du 27 que vandalisme et surprise confine à la cécité. Dès lors, il fallait s’attendre à ce que nulle mention ne soit faite sur les ministres qui posent problème : justice et intérieur. Leur présence indécente, leur applaudissement et leur débordement de plaisir infantile à chaque provocation du président ne confortent personne sur leur capacité à faire montre de neutralité. Ce 14 juillet en plus d’être un rendez vous manqué avec le peuple sénégalais,  a eu le mérite de lever le voile sur le régime libéral. A savoir, un système mis en place par des opportunistes et pour des opportunistes  n’ayant que mépris et indifférence devant les urgences sociales et la souffrance de la population.

Amadou Toumbou
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