Plus d’une semaine après l’historique journée du 23juin, le régime peine à sortir d’un silence assourdissant et incompréhensible pour nombre de sénégalais. Certainement que le pouvoir est groggy et incapable d’articuler une ligne de communication cohérente en direction de la population. A la place d’un discours présidentiel apaisant, on a droit à des sorties médiatiques toutes plus maladroites et contreproductives les unes que les autres.

    D’abord le casting. Choisir d’envoyer au charbon des seconds couteaux impopulaires dans des postures de victimes ne fait que renforcer l’aversion du peuple et renforcer sa détermination à ne plus rien céder au pouvoir en place. Les sénégalais veulent entendre le président sur une question cruciale : le maintien ou non de sa candidature pour l’élection de 2012. Toute autre attitude sera perçue comme de la diversion et rien de plus. C’est du reste dans ce sens qu’une majorité de personnes range les images montrant le saccage de maisons appartenant aux dignitaires du régime. Cela est considéré comme une mise en scène qui, loin d’attirer une once de compassion, semble réjouir les masses populaires qui y voient, à tort ou à raison, une sorte de réparation du préjudice qu’elles subissent du fait de l’incurie de ces gens. Dès lors, le risque est grand de transformer les « vandales supposés » en des Robin des Bois citadins.   
    Il y a ensuite qu’on assiste de plus en plus en une sorte de minimisation du mouvement du 23 juin. Des ministres sont passés à la télévision pour avancer des chiffres ridicules afin de démontrer que les « trois mille » manifestants ne représentaient  quasiment  rien par rapport à la masse silencieuse. Si le pouvoir a reculé face à trois mille personnes, comme ils disent, que ferait-il devant cent mille personnes déterminées ? Comme en réponse à ces dénégations de la réalité, le Sénégal a presque failli sombrer dans l’insurrection populaire. Cette stratégie communicationnelle calamiteuse conforte le citoyen lambda sur la légitimité de sa lutte et amplifie le discrédit du système sopi en place. Ceux qui sont chargés de répandre la réponse du pouvoir sont déconsidérés et vus comme des privilégiés plus soucieux de défendre leur confort personnel que l’intérêt  général. Ils ne peuvent convaincre personne et cristallisent  la colère de tous ceux qui souffrent dans ce pays. D’autant plus, que les sénégalais savent que ces personnages secondaires n’ont aucun pouvoir de décision par rapport  à leur attente.
    Enfin, miser sur le temps, en croyant  qu’une telle tension sociale ne saurait perdurer, serait une grossière erreur. Le peuple est sorti de sa torpeur et ce ne sont pas les mercenaires réels ou fictifs qui le feront reculer. Encore moins, ces visites, de plus en plus insistantes, chez des guides religieux. Si certains de ces derniers sont respectables par eux-mêmes, d’autres bénéficient  juste d’un respect par procuration, d’un report de considération dont ils ne sont pas acteurs. En d’autres termes, les marabouts devraient se garder de s’impliquer dans ces démarches d’instrumentalisation, pour conserver leur crédibilité, car les sénégalais savent faire la part des choses.  De fait, Il faut espérer que le pouvoir mette à profit tout ce temps perdu à peaufiner un discours réconciliateur, et rompre avec ces tergiversations qui saturent sa communication. Le peuple veut entendre le chef de l’Etat et point des sous fifres. En conséquence monsieur le président sortez de votre mutisme et exprimez vous ! Parlez au Sénégal ! Sauf si le régime pense que l’organisation d’un meeting de démonstration de force est la seule alternative pour répondre aux soulèvements populaires, autrement dit, se détourner de l’attente peuple, en jouant à se rassurer.
                                     
                                                                                                 Amadou Toumbou    sunuman2012@gmail.com