Au lendemain du printemps arabe et des diverses manifestations portées par cette frange de la population un peu partout en Afrique, l’Union africaine ne pouvait faire table rase de cette revendication qui a failli mettre en péril la réputation de tout un continent. Cette nouvelle vision prospective participe d’une nouvelle prise de conscience de nos dirigeants obligés de faire de la jeunesse le nouvel accélérateur du développement économique et social de tout un continent.

L’Union africaine a pris un “sacré coup de jeune”. Dix-septième session ordinaire oblige. Les dirigeants des 53 Etats  ont choisi d’être à l’écoute de la jeunesse africaine. Cette jeunesse qui porte aujourd’hui le combat pour la liberté, la démocratie et le bien-être social. Le printemps arabe se conjugue désormais au temps de l’Union africaine, avec comme soubassement une problématique aux allures existentielles : “accélérer l’autonomisation des jeunes pour le développement durable”. C’est une nouvelle séquence historique qui s’ouvre pour tout un continent qui a fait le pari de miser sur sa jeunesse. Une prise de position qui rappelle la belle formule du président de la République, Me Abdoulaye Wade qui, lors de la cérémonie d’investiture du 03 avril 2000, dans l’antre du stade Léopold Sédar Senghor, avait interpellé le monde en ces termes : “ Dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel pays tu  seras”. Une décennie plus tard, voila  que l’Union africaine en arrive à la conclusion qu’il faut accélérer la dynamique d’intégration et de participation des jeunes pour une meilleure redéfinition des politiques publiques.

Rôle fondamental de la jeunesse

Hier, dans le majestueux Palais des Congrès niché sur un merveilleux coin appelé ici “Sipopo”, l’ancien président brésilien Lula a demandé à la plupart des chefs d’Etat de se rappeler l’époque où ils avaient 25 ans. Des combats qu’ils avaient engagés dans leurs pays respectifs pour la libération du continent. Ou encore de la jeunesse de Nelson Mandela qui osa affronter l’apartheid afin de dire non à la soumission de son peuple ; de tout un peuple. Juste pour en arriver à cette conclusion : « le rôle de la jeunesse est fondamental dans le processus de développement ». Sur un autre registre, le président Lula a offert le modèle brésilien : “la jeunesse brésilienne est la deuxième jeunesse la plus optimiste au monde. Simplement parce que chez nous, nous considérons la jeunesse,  non pas comme un problème, mais comme un paquet de solutions”. A l’image du modèle éducatif sénégalais (de la case des tout-petits à l’université), Lula avait établi un programme qui partait de la crèche aux études doctorales. Et cette vision prospective a permis à 28 millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté ; à 36 millions de Brésiliens de monter à la classe moyenne et la création de 15 millions d’emplois avec la possibilité qui a été offerte à une jeunesse pauvre d’accéder à l’université pour acquérir des compétences scolaires qui ont été déterminantes dans sa promotion sociale.

Alors, prenant à témoin les chefs d’Etat africains, le président brésilien a tenu à préciser que les besoins de la jeunesse africaine doivent être au cœur des politiques publiques. A cet effet, il a souligné que “la jeunesse n’est pas un risque, c’est une partie de la solution.

Accès aux connaissances:

Car, chez nous, les jeunes ont été à l’avant-garde de la lutte contre la dictature et la conquête des libertés perdues. Sa capacité de mobilisation et son potentiel de solidarité ont été déterminants dans tous les combats “. De l’avis du président de la Commission de l’Union, la jeunesse doit être au cœur de la gouvernance africaine. Simplement parce que l’Afrique ne peut pas forger son destin en faisant abstraction de sa jeunesse. Car, avec plus de 40% de ses habitants âgés de moins de 15 ans, l’Afrique est de loin le continent qui dispose d’une jeunesse la plus nombreuse. Car, 60% de sa population a au moins 25 ans. Selon lui, l’inaptitude des gouvernements africains à capter les aspirations des jeunes doit être revue et corrigée. Une manière pour le  reste du continent d’éviter le syndrome tunisien et égyptien”.

Dans ce même ordre d’idées, le président en exercice de l’Union africaine, Theodoro Obiang Nguema Mbasogo, a tenu à rappeler qu’« il ne fait aucun doute que les jeunes, héritiers légitimes de l’avenir du continent, doivent accéder de manière rapide à toutes les connaissances, à la technologie et aux expériences qui permettent le changement de génération qu’ils portent sur eux par inertie”. A son avis, “afin d’utiliser de façon appropriée les capacités des jeunes, il est nécessaire que les gouvernements instaurent des systèmes facilitant l’accès à la formation, aux nouvelles technologies, à l’emploi leur permettant de participer à la vie publique ainsi que leur intégration sociale sans discrimination d’aucune base”. Ce plaidoyer pour cette nouvelle forme de participation des jeunes l’incite à dire que “le printemps arabe ne peut être considéré comme une attitude négative des jeunes dès lors que de telles revendications apparaissent justes et nécessaires”.

D.S. Niang.