Election du Dg de la Fao : Victoire du candidat brésilien, déroute de la diplomatie sénégalaise.
Le candidat brésilien est passé au second tour d’un scrutin serré, à la
grande déception du gouvernement sénégalais, qui avait soutenu son
adversaire espagnol. Jose Graziano Da Silva aura à continuer les
réformes que Jacques Diouf avait entamées, pour moderniser l’agence pour
l’alimentation.
La Fao a élu hier dimanche un nouveau Directeur général en la personne
du Brésilien Jose Graziano Da Silva (61 ans) qui succède au Sénégalais
Jacques Diouf qui termine le 31 décembre prochain son troisième mandat à
la tête de l’organisation. L’élection du candidat du Brésil au second
tour de scrutin devant l’ancien ministre espagnol des Affaires
étrangères Miguel Angel Moratinos a été très serrée. Le Brésilien a
obtenu au vote final 92 voix contre 88 pour son challenger. Les quatre
autres candidats au premier tour, un Iranien (2 voix), un Indonésien (12
voix), un Irakien (6 voix) et un Autrichien (10 voix) se sont retirés
pour laisser la place au duel qui était annoncé entre Moratinos et
Graziano.
Le scrutin a laissé place à une bataille entre les
pays du nord et ceux du sud. En effet, au premier tour, le Brésilien
avait rallié 77 voix contre 72 pour l’Espagnol, ce qui rendait
nécessaire la tenue d’un deuxième tour. La délégation du Brésil de
demander alors une suspension de séance pour organiser une concertation
entre les groupes régionaux et surtout, le Brésil voulait réunir le
groupe des 77 car avant le scrutin, l’information avait circulé selon
laquelle les ambassadeurs des pays membres du Groupe des 77 pays
avaient convenu de reporter leur vote sur le candidat appartenant à ce
groupe et qui serait qualifié pour le second tour. Et le ministre
sénégalais de l’Agriculture, M. Khadim Guèye, avait confirmé cette
position. Mais les pays Européens ont voulu s’opposer à une telle
concertation.
C’est ainsi que le délégué de la Hongrie a soulevé
une motion pour demander à la Conférence de la Fao de refuser cette
demande de suspension formulée par la délégation brésilienne. Il aura
fallu l’arbitrage du conseiller juridique de la Fao qui confirmait le
droit de tout pays d’organiser des concertations entre les tours de
scrutin. Ce revers subit par le camp européen poussera une déléguée
chypriote à demander elle aussi une réunion d’urgence au nom des 27 pays
membres de l’Union européenne à la salle Allemagne du siège de la Fao à
Rome. Ces deux initiatives des pays européens n’ont pas manqué de
heurter. En installant de façon aussi ostentatoire un clivage entre pays
riches et pays pauvres, l’Europe a semblé compromettre les chances du
candidat espagnol. De longues tractations ont eu lieu dans les coulisses
et la délégation espagnole était revenue dans la salle le sourire aux
lèvres, surtout que la délégation irakienne avait refusé de se joindre
au conclave du Groupe des 77. Aussi, le diplomate rwandais Jacques
Kabalé qui a participé aux discussions au sein du Groupe des 77 nous
soufflera : «Le soutien de notre Groupe est acquis au candidat du Brésil
; mais dans ce genre d’élection on ne sait jamais. Les Irakiens n’ont
pas voulu venir et les pays francophones roulent en majorité pour
l’Espagnol. Ce sera serré même si mathématiquement les voix des pays du
sud devraient pouvoir faire élire le Brésilien. Le vote est à bulletin
secret. Il peut y avoir des surprises.»
La délivrance était
exubérante pour la délégation du Brésil à la proclamation des résultats
qui donnaient José Graziano Da Silva élu comme nouveau Directeur général
de la Fao. Ce dernier se jettera dans les bras de son prédécesseur
Jacques Diouf dans une longue étreinte.
Monsieur Graziano a été
sous-directeur général de la Fao pour l’Amérique latine, avant
d’occuper des fonctions ministérielles dans le gouvernement du Président
Lula Ignacio Da Silva. Jose Graziano, très ému, a remercié vivement les
autorités de son pays qui ont porté sa candidature. Il aura un mot pour
les pays lusophones et ceux du Groupe des 77 ; mais il aura un mot
particulier pour les pays africains, «qui ont très rapidement vu dans la
ligne de coopération sud-sud une voie de progrès». Est-ce du fait de
l’émotion ? En tout cas, il ne dira pas un mot à l’endroit de Jacques
Diouf qui a été à la tête de la Fao pendant 18 ans.
mdiagne@lequotidien.sn