Le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, a affirmé hier à Malabo, avant le sommet de l'Ua jeudi, que l'organisation panafricaine était "particulièrement préoccupée" par la situation en Libye.

"Le conflit libyen (...) entre dans son cinquième mois, avec son lot de souffrances et son bilan, chaque jour plus lourd, en vies humaines. Nous sommes particulièrement préoccupés par la tournure des événements", a-t-il indiqué.

"Notre inquiétude est d’autant plus grande que la crise libyenne a des dimensions régionales évidentes", a affirmé M. Ping, selon le texte de son discours devant la réunion ministérielle de l'Ua, transmis à l'Afp à Libreville.

"Des dizaines de milliers de travailleurs migrants africains ont dû retourner dans leurs pays d’origine, sans perspective assurée de réinsertion socio-économique (...) Des centaines d’entre eux ont péri en mer, cherchant désespérément à fuir les combats et autres opérations militaires", a insisté M. Ping.

"Il est évident que le fardeau ainsi imposé à nombre de nos Etats membres induira sans doute des tensions sociales susceptibles de dégénérer", a-t-il averti.

"Les informations faisant état de la prolifération d’armes provenant de dépôts libyens ne peuvent que renforcer ces craintes, d’autant que certains des pays de la région sont confrontés à des rébellions latentes, ou émergent de conflit, sans parler du fléau du terrorisme", a déclaré M. Ping."Nous restons convaincus qu’en dernière instance, seule une solution politique permettra de répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen et de promouvoir durablement la paix dans ce pays", a-t-il conclu.

Le dossier libyen devrait être une des principaux sujets abordés lors du sommet de l'Ua qui commence jeudi.

Réuni hier à Pretoria, le comité des médiateurs de l'Ua, composé de cinq chefs d'Etat - Afrique du Sud, Congo, Mali, Ouganda, Mauritanie - a passé en revue les efforts de médiation devant aider à un règlement de la crise libyenne avant le sommet.

Assassinat politique:

Le président sud-africain Jacob Zuma a haussé le ton face à l'Otan, soulignant qu'elle n'avait pas été mandatée par l'Onu pour conduire "l'assassinat politique" de Mouammar Kadhafi.

M. Ping est aussi revenu sur les "événements politiques sans précédent survenus (...) notamment en Afrique du Nord et dans certaines parties du Moyen-Orient," estimant qu'ils avaient "montré que l’ère de la technologie et de l’information a changé les dynamiques liées à la responsabilité et à l’obligation de rendre compte".

"Elle a surtout accru la pression sur les dirigeants afin qu’ils promeuvent une meilleure gouvernance politique, économique et sociale. Sur le continent, les soulèvements en Tunisie et en Egypte ont été accueillis comme annonciateurs de la nécessité de consolider la démocratie en Afrique", a-t-il analysé

M. Ping a aussi souligné que la situation au Somalie ou au Soudan "continuent à solliciter l’attention de l’Ua", alors que "le conflit du Sahara occidental, de l’impasse entre l’Ethiopie et l’Erythrée, ou des relations entre Djibouti et l’Erythrée (...) continuent d’être source de préoccupation pour l’Ua". "Au Soudan (...) nous avons applaudi la signature, le 20 juin dernier, à Addis-AbEba, d’un accord sur les arrangements temporaires pour le territoire d’Abyei entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan (Mpla).  Il importe maintenant que les parties, avec la facilitation du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Ua, parachèvent les négociations", a-t-il déclaré. Il a aussi souligné qu'il était "crucial (...) d’accélérer la recherche de la paix, de la justice et de la réconciliation au Darfour".

                                                                                                                     Écrit par AFP.