Il l’implora de l’écouter ; ce qu’elle fit. Il la rassembla dans toutes les villes de son pays et lui posa une seule question : qui parmi vous n’a pas d’emploi ? Une forêt de mains se dressa. Le vieil homme jura qu’il avait la solution à ce mal et aux autres maux dont la nation souffrait. Elle se trouvait dans son livre saint. Ainsi se répandit la nouvelle foi. La messe spectacle se reproduisit partout dans le pays comme une prière païenne dédiée au pape de la salvatrice religion SOPI.

La procession du vieil homme, bleu tel le ciel, continua son chemin de croix à travers villes, banlieues et villages. Le peuple se massa pour boire l’oraison du vieil homme et de plus en plus de jeunes se convertirent au SOPISME. Dans ce pays, que l’espoir avait déserté, naissait une communion magique, miraculeuse : un transfert d’énergie de la jeunesse à la vieillesse. Jeunesse savait et vieillesse pouvait, l’adage était démenti. Un souffle divin semblait purifier l’atmosphère ; tout le monde sentait qu’un pacte se scellait, qu’une révolution se préparait. Le mot tant rêvé, le mot sésame fut chanté : ALTERNANCE !!! La prophétie de pachéko était donc vraie : l’an 2000 ATOUME NATANGUE LA !!! L’an 2000 année d’abondance.  

Enfin, vint le jour du sacre, le vieil homme fut intronisé  et le peuple et la jeunesse le prièrent de veiller sur …ALTERNANCE, de la protéger, de la sacraliser car en elle résidait leur rêve. Le vieil homme administra son homélie urbi et orbi dans le recueillement de tous et la liesse générale. Dans le temple, plein comme un œuf, le vieil homme chauve promit encore et encore, il jura encore et encore. Amen ! Acquiesça le peuple conquis. Chacun rentra chez soi confiant en l’avenir, en la parole du vieil homme. Il avait déclaré que le temps des règnes solitaires était révolu, que l’ère du Sénégal qui gagne était venu, que la rébellion casamançaise sera résolue en cent jours, que…, que… 

Et puis le temps passa, beaucoup d’eau…croupie avait coulé et coule encore sous les ponts de …l’anoci et dans les banlieues. Le vieil homme devint fol amoureux du pouvoir et du pouvoir seulement. Il s’entoura d’une cour de félons perfides, il baigna désormais dans le luxe et le lucre et s’enferma dans sa tour d’ivoire. On se rappela « cassandre » prédisant : « une tête incapable de supporter les cheveux ne pouvait porter un pays ». Le peuple ne le comprenant plus se résigna et vida la boîte de pandore. Alors, n’en revenant pas, la jeunesse revint au vieil homme et hurla : ALTERNANCE ! Le vieil homme du haut de son palais, dans un ricanement lugubre, rota : ALTERNOCE !  On lui cria : tes promesses au peuple ! Le vieil homme abjura, transfiguré, MA FAMILLE ! Les veuves, orphelins et sinistrés lancèrent : délestages ! Inondation ! Crise  casamançaise ! Le vieil homme se drapa sinistre, fier derrière la statue de la renaissance africaine et conclut machiavélique « j’ai écrit deux livres. » désenchantés les pères démissionnèrent. Les mères vendirent leurs bijoux, parfois leur maison, ou s’endettèrent pour offrir l’océan en cercueil à leur progéniture car ici, le vieil homme et ses hommes liges ont vendu jusqu’aux…cimetières. 

La révolution, ou plus justement l’alternance, commence par dévorer ses propres enfants, dit-on. Maintenant, le vieil homme proclame qu’il a de très grands projets, il parle de grande abondance, de train à grande vitesse de…de…mais la jeunesse est devenue sourde et hérétique et n’a foi qu’en BARZAK ou BARCELONE. Le vieil homme disait : « dis moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel pays tu seras ». Vieil homme ta jeunesse est désespérée. Ta jeunesse est une armée « d’amants de la mort » qui affronte les houles meurtrières de l’atlantique, coule et se noie dans le détroit sanguinaire de Gibraltar, périt dans le désert aride du Sahara, assiège  les citadelles retranchées de Melilla et Ceuta, et enfin déambule pétrifiée dans les rues froides de Paris, Madrid, Rome…où ne l’attendent que mépris et humiliations. Vieil homme ! Sais tu maintenant quelle jeunesse est tienne et quel pays il est advenu du Sénégal ? Vieil homme oseras tu nous demander qui parmi nous travaille ? Dans la procession, du vieil homme qui voulait le pouvoir, les intellectuels sont remplacés par d’obscurs marabouts, la jeunesse par des nervis, les hommes d’affaires par des prédateurs des finances publiques.

Ici prend fin le conte pour se perdre dans la mer, le premier à le humer ira au paradis.

Vieil homme ! Oseras-tu… ?

Amadou. Toumbou.   sunuman2012@gmail.com