S’il est un ministre ultra-célèbre, au point d’en éclipser et de reléguer au second plan le premier ministre, dans l’actuel gouvernement du Sénégal, c’est bien Karim Wade. Voilà un homme qui, selon les dires de son père, est le plus compétent de tous les sénégalais. A voir la concentration de ministères sous sa charge, cela paraît indéniable. Si le père est convaincu du génie de son fils, qu’en est-il du peuple sénégalais ? Que savons nous de ce fils prodige et surdoué avec des qualités professionnelles hors normes.

    En réalité, la réponse pourrait se résumer à rien, sinon très peu de choses. Karim Wade s’est révélé au Sénégal par la seule volonté de son père dans l’attelage de l’alternance en 2000. On nous le présenta comme un brillant financier qui avait travaillé en Suisse et à la city à Londres. Telle donc la biographie sommaire de sire Karim Wade avant l’accession de son père à la magistrature suprême. Par la suite, il fut conseiller très influent de ce dernier et maintenant le super ministre que le monde nous envie, après avoir chapeauté les travaux de l’anoci avec le gouffre financier que l’on sait et qui nous vaut d’avoir le kilomètre de route bitumée le plus cher au monde. S’il l’expert financier a montré les limites de ses compétences surévaluées dans ce dossier, il n’en a pas moins gagné en notoriété…

    Cette soudaine omniprésence dans les médias en font, à tort ou à raison, le successeur désigné de son père pour nombres de sénégalais. C’est ainsi qu’on le retrouve au récent sommet de Deauville, aux côtés du président Wade ; ce qui fut interprété comme une volonté de chercher l’adoubement de Karim par les présidents Obama et Sarkozy. Ces derniers ont sans doute mieux à faire avec leurs propres réélections en 2012 que de jouer aux mentors, participant de fait à une pratique antidémocratique et qui très certainement entacherait leur image, du moins pour Obama. Enfin le même Abdoulaye Wade, flanqué de son fils, s’est rendu à Benghazi, dans un voyage hasardeux et contesté dans la forme comme dans le fond. Soit dit en passant, ce déplacement en Libye est il la contrepartie des photos de Wade fils à Deauville ?

    En tout état de cause, le futur « président » du Sénégal serait cet homme dont le seul mérite reste fondamentalement le fait d’être le fils du chef d’état. L’auteur actuel d’un rationnement  électrique de près de deux heures par jour, en dépit des pouvoirs énormes dont il dispose par la volonté de son père. Sans doute qu’à trois mois de l’élection présidentielle le magique Karim nous sortira des ténèbres, mais alors personne ne sera dupe du stratagème. Certes, on nous rétorquera : la flamboyante compagnie aérienne qu’il a permis de mettre en place. Mais n’est ce pas lui qui nous avait « bidouillé » Air Sénégal International ? bien que nous souhaitions un meilleur sort à Sénégal Airlines, nous ne pouvons qu’être circonspect quant à la fiabilité de cette entreprise. Sur l’homme qu’on tente de vendre aux dirigeants du monde, on peut difficilement dire plus au risque de revenir au seul fait filial.

    En clair, ce prestidigitateur de génie n’a qu’un parcours curieux et drôle celui de l’accomplissement de prouesses saluées principalement par le père. « Je dirai à ta mère que tu as bien travaillé » nous administrait le père, fier de son fils, en visitant les travaux de la fameuse corniche anoci. Cette fierté de la famille Wade nous fait dire que le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre. Et en à juger par l’ampleur des dysfonctionnements dans lesquels le Sénégal est englué, il serait cohérent de dire, une seconde fois, puisque les élections locales de 2009 n’ont pas servi d’avertissement, au nom du père non au fils.

                                                                                                          Amadou T. sunuman2012@gmail.com.