Le débat sur d’éventuels quotas ethniques dans l'équipe de France a mis le football français en ébulition. Mais pas seulement : la polémique née des révélations du site Mediapart touche aussi l’Afrique. Et en particulier le Sénégal. Pourtant désigner les footballeurs sénégalais formés en France qui font le choix des Lions plutôt que des Bleus est un faux problème.
Le site d'investigation Mediapart a lâché une véritable bombe en révélant un projet d'instauration de quotas ethniques dans l'équipe de France de Football. Si la Fédération Française de Football a démenti, elle reconnait néanmoins depuis longtemps que les joueurs binationaux lui posent un véritable problème, aux premiers desquels les jeunes joueurs africains.
Ce qui a mis le feu au poudre, c'est le choix fait par l'attaquant du club de Lille Moussa Sow, né en France avec la double nationalité sénégalaise,  et qui a remporté l'Euro 2005 avec l'équipe de France des moins de 19 ans, de se laisser convaincre de rejoindre la sélection sénégalaise en 2009. Le règlement de la Fédération Internationale de Football (FIFA) permet en fait de changer d'équipe nationale tant que le joueur n'a pas joué dans une sélection officielle dans une compétition internationale.
François Blaquart, le Directeur Technique de la FFF avouait ainsi avant d'être suspendu "Aujourd'hui, plus de 45% des joueurs en sélections de jeunes sont concernés (par la binationalité). On peut considérer que c'est un problème. Sur les cinq dernières promotions de néo-pros, une trentaine de joueurs ayant porté le maillot de l'équipe de France en jeunes ont fait le choix d'une autre sélection. Est-ce le rôle de la FFF de former des joueurs pour d'autres pays ?". Le sélectionneur des Bleus ajoutait lui pour sa part en février "C'est un grave problème, on ne peut pas continuer comme ça. Il y a des joueurs qui font l'équipe de France des moins de 16, 17, 18, 19, 20 ou 21 ans, qui font même parfois l'équipe de France A, puisque quand on fait un match non officiel ça ne compte pas, et qui au dernier moment choisissent leur pays d'origine."
Pourtant, accuser les équipes nationales africaines de profiter de cette fuite des sportifs formés est un mauvais procès. Si certains comme Moussa Sow expliquent leur décision comme un choix du coeur,  "mon choix des couleurs nationales du Sénégal, c'est un choix du cœur (...) J'en ai longtemps rêvé et je suis fier de ce choix", pour d'autres, c'est souvent par sécurité. En effet, nombreux sont les cas de joueurs qui après avoir choisi le maillot Bleu s'en sont mordus les doigts. Bernard Mendy par exemple n'a eu l'occasion de jouer seulement trois fois des matchs internationaux avant de ne plus jamais être rappelé par la sélection française. Ces cas des joueurs perdus pour le Sénégal par la faute d’une épisodique sélection en Bleu font hurler Amara Traoré, le sélectionneur sénégalais. "Aujourd’hui, j’ai mal pour Bafétimbi Gomis qui n’est plus sélectionné chez les Bleus et qui ne peut plus jouer pour le Sénégal", et celui-ci de citer les exemples d’Ibrahim Ba et de Samba Ndiaye. Ousmane Dabo, retenu en 2003 par la France pour trois sélections ne dit pas autre chose "je regrette qu'on ne m'ait pas contacté à temps pour venir jouer pour le Sénégal".
Enfin pour d'autres, le choix du Sénégal est un choix de la raison. Les recruteurs font souvent miroiter une possible sélection en équipe nationale qui peut mettre longtemps à venir. Dès lors, il ne vaut mieux ne pas refuser la proposition faite par l'équipe du Sénégal sous peine de ne jamais jouer au niveau international. Jacques Faty l'explique clairement : "j'ai fait le choix du Sénégal car l'équipe de France n'allait pas m'appeler dans les années proches", lui qui a pourtant joué en équipe espoir et qui évolue en Ligue 1 française, tout comme Issiar Dia qui a fait le même choix.
A l'inverse, d'après certains spécialistes du foot français, le problème n'en serait pas vraiment un, les joueurs décidant de rejoindre l'équipe du Sénégal étant, selon eux, ceux qui n'auraient pas pu atteindre le niveau de l'équipe de France. Reste que le Sénégal a déjà fourni de nombreux joueurs de haut niveau au football héxagonal. Ils sont 41 à jouer en première division française cette saison et des joueurs comme Patrick Vieira ou Bakary Sagna brillent souvent en équipe de France officielle, comme en espoir, avec le gardien champion d'Europe avec les couleurs bleues Abdoulaye Diallo.
Malheureusement, "des techniciens de certains clubs français étaient spécialisés dans le fait de sélectionner de jeunes footballeurs pour la France afin de casser une possible carrière internationale en dehors des Bleus’ conclue le plus capé des Sénégalais du foot français Pape Diouf. Une manière bienvenue de rappeler que, dans cet épineux dossier des footballeurs binationaux, les préjudices sont davantage partagés qu'on ne le pense en Europe, entre les pays africains et les anciennes puissances coloniales…