Comme une fatalité chromosomique en Afrique, les dirigeants politiques arrivent le plus souvent au pouvoir dans la violence ou par la violence. Ils exercent le plus souvent ce pouvoir comme des « envoyés de Dieu » des « forcenés », les seuls et uniques « fils » du peuple et de la nation. Ils quittent le pouvoir, poursuivis, chassés, traqués, comme de véritables « bêtes », quand ils ne sont tout simplement pas mis aux arrêts, réduits à leurs sorts funestes, emprisonnés à vie, assassinés à coup de pilons.

Triste sort que celui des dirigeants africains en bout de mandat. Triste sort que celui des gens de pouvoir dans notre continent.

Ils sont si nombreux : Blaise COMPAORE au Burkina Faso, arrivé au pouvoir à la suite de l’assassinat de son camarade et « frère » d’arme, Thomas SANKARA. Il s’est fixé le destin de procéder à la « rectification » de la « révolution » au Burkina Faso ; Abdoulaye WADE au Sénégal, vieil opposant de tous les régimes avant lui au Sénégal, le « Roi du Sopi », le changement qui a emporté le régime du parti socialiste sénégalais, en place depuis les débuts de l’indépendance de ce pays, seul maître à bord ; Ibrahim Baré MAINASSARA au Niger, le militaire qui n’aura pas tenu sa parole, celle de rendre le pouvoir après un coup d’état militaire salvateur, Moussa Dadis CAMARA en Guinée Conakry, arrivé au pouvoir pour remettre sur le chemin et à l’endroit un pays mal en point, a subi les frasques de l’arrogance et de la démesure, ce qui a fini par l’écarter physiquement du pouvoir par une méthode « douce » ; Mamadou TANDJA au Niger, cet autre militaire devenu momentanément démocrate et qui s’est cru plus indispensable que tous les autres fils de son pays, Yaya JAMMEH de Gambie, considéré comme un névrosé du pouvoir se prend pour un messie, un envoyé de Dieu au peuple de Gambie, Robert GUEI,  puis Laurent GBAGBO en Côte d’Ivoire : le premier a dit vouloir balayer la maison qu’il a fini par occuper avant de la salir et le second, voulant jouer les premiers rôles avec son épouse Simone, oubliant le triste sort réservé à Nicolae et Elena CEAUSESCU, ce couple infernal et mégalomane de Roumanie ; Hosni MOUBARAK en Egypte, gagné par l’entêtement, Zine El-Abidine Ben Ali de Tunisie, qui a oublié qu’un peuple endormi finit par se réveiller toujours, Mouamar KADHAFI de Libye, seul guide suprême sur terre, mégalomane gagné par la folie du pouvoir, Aly BONGO du Gabon, Joseph KABILA de RD Congo et Faure GNASSINGBE du Togo, tous trois ont découvert le pouvoir « de père en fils », les premiers « bébés » des dynasties démocratiques africaines. Et tous ces autres dirigeants africains que l’on ne pourra citer ni qualifier dans le cadre de cet article tellement ils sont nombreux à se prendre pour des éléphants là où ils ne méritent pas d’être des lièvres.

1- Retenons que tous auront vécu ou vivent depuis plusieurs années déjà pour les plus anciens en « monarque », en « tyran » en « dictateur » en « potentat » dans leurs pays. Tous ont été un jour de leur vie installés au pouvoir, mis en embuscade du pouvoir, placés aux confins du pouvoir, à sa périphérie. Quelques-uns parmi eux ont souvent été opposants politiques, opposants de très longue date. D’autres, officiers militaires, hauts gradés, sortis des rangs, des casernes et des troupes pour venir rétablir, qui l’ordre républicain menacé, qui la légalité constitutionnelle mise à mal, qui pour sauver la patrie momentanément en danger. Tous autant qu’ils sont, sont arrivés au pouvoir tantôt par des voies légales, tantôt par les armes, mais le malheur de tous aura été de se prendre un jour ou un autre pour le peuple entier, ni plus ni moins.

2- En arrivant au pouvoir, tous ces dirigeants, qu’ils soient civils ou militaires, apparaissaient comme les meilleurs « légalistes », les plus grands « démocrates » de cette terre et de ce continent. Au contact du peuple - qui a le malheur de les croire sur parole -, ces gens de pouvoir se sont montrés capables de comprendre les mêmes révoltes que ce peuple. Ces gens de pouvoir n’avaient de cesse de dénoncer à la suite du peuple, les maux dont celui-ci souffrait : la faim, la soif, la maladie, l’analphabétisme et les ignorances. Pour arriver à leurs fins, les gens de pouvoir  se sont montrés prêts à toutes les combinaisons, à toutes les alliances pour justifier leurs démarches de quête de pouvoir.

Ils ont été là pour propager leurs visions idylliques de la démocratie, pour partager et distiller leurs conceptions hideuses de la justice, de la liberté et du droit. Le « consentement des hommes réunis en société » est bien le fondement même du pouvoir. Ils ont dit et ont pris des engagements vis à vis du peuple sans être capables de les tenir. Ils ont menti au peuple. Ils se sont imposés au peuple à coup de mensonges et de propagandes malsaines.

Or, celui qui s’établit au pouvoir à coup de mensonges ou par la force ne peut s’y maintenir que par la force et la ruse. La force et la ruse ne sont jamais éternelles pour assurer un maintien au pouvoir parce qu’elles finissent par plier.

3- Dans de nombreux pays du continent, nombreux sont ces gens de pouvoir qui n’ont de croyance en leurs idées et propos que le temps pour eux d’accéder aux palais, à leurs trônes d’espérance, de vie et de repos éternels. Une fois arrivés au sommet de l’Etat, ces gens de pouvoir finissent par être marqués par les frasques du pouvoir qu’ils subissent. Commence alors le temps pour eux des « comptes et mécomptes ». Ils sont gagnés par le démon de la solitude, par la démesure de leurs ambitions et de leurs actions. Ils finissent par nier tout y compris l’évidence de leurs origines, modestes, leur état d’être humain, donc mortel, leurs âges, très avancés hélas au point de ne leur donner d’autre possibilité que celle de quitter et d’abandonner le pouvoir. Quitter le pouvoir au point de ne jamais même chercher à le contrôler ni de près ni de loin, encore moins à chercher à gérer la chose publique, y compris par personnes interposées. Malheureusement, ces gens de pouvoir n’entendent pas un tel message sauf si celui-ci était enrobé dans un argument tiré de la constitution. La sénilité en elle-même ne constitue pas un argument massue pour les arrêter net et tuer en eux tout instinct ou envie folle de pouvoir. Gare alors à tous ces dirigeants qui ne percevront pas ce message comme une évidence. Les récalcitrants rencontreront en face d’eux et sur leur chemin toutes les révoltes populaires contre eux et contre leur pouvoir. Que ces révoltes soient organisées ou non, elles se dresseront contre tout pouvoir qui sera simplement mu par la rage, par la folie et par les excès.

4- Les fous du pouvoir ne sont pas les seuls dangers en Afrique. A côté d’eux, il y a tous ces autres qui dirigent l’Etat en exerçant le pouvoir le plus longuement, prolongeant sans cesse leur règne qui s’étend. Ceux-là sont vite gangrenés sans qu’ils ne se rendent compte qu’ils le sont, gagnés par l’usure du pouvoir. Le temps est avant tout un facteur le plus souvent négatif pour le pouvoir. Or, ce temps facteur d’usure du pouvoir, n’est jamais perçu comme tel par les dirigeants politiques en Afrique. Le temps n’a en apparence aucune incidence négative sur eux. Ils passent plus d’un, deux, trois et voire quatre mandats à la tête de l’Etat. Ils passent de mandat en mandat, le renouvelant sans cesse au gré des réformes subies par les constitutions en perpétuelle « évolution». Toutes ces réformes constitutionnelles visent à faire de l’Etat « une république » à la fois « monarchique » et « constitutionnelle». Ne comptent plus aux yeux des dirigeants africains les premières années d’exercice de pouvoir. Ces années sont unilatéralement décrétées par le pouvoir suprême nulles et non avenues ; cette nullité est confortée par les arrêts postérieurs des cours constitutionnelles, seulement composées de sages de la nation, qui parlent une fois pour toutes, en premier et en dernier ressort. Seules les secondes années d’exercice de pouvoir comptent alors, celles d’après scrutin. Des scrutins dont les résultats ne sont pris en compte qu’après validation par la commission nationale, en toute indépendance. Mais il faut que le nombre de voix remportées soit au-delà et bien au-delà de la moitié des électeurs ayant voté. Très souvent, les dirigeants politiques sont demandeurs de plus de suffrages que totalement exprimés par des électeurs, ignorants et incapables d’apprécier la qualité d’une offre politique qui leur est faite, des électeurs méconnus de tous les fichiers officiels mais inscrits, sans doute jamais immatriculés.

5- L’Afrique est-elle devenue ce continent malade de ces hommes politiques ? Malade de ces dirigeants politiques ? Malade de ces opposants politiques ? L’Afrique est-elle devenue ce continent qui développe à tous les coups un rapport si difficile avec « ses lois et ses institutions » ?


La justice, le droit et la loi sont-ils encore des concepts qui représentent si peu aux yeux de l’homme de pouvoir africain ? Ces concepts-là ont-ils du sens encore pour lui ? Celui-ci ne se donne-t-il pas lui même le droit d’interpréter la loi et le règlement à sa guise, à tout va et souvent contre tout bon sens ? N’est-ce pas le dirigeant politique africain qui se donne le droit de violer la loi et le règlement quand il ne les suspend pas au gré de son humeur et au regard de la situation qui lui sied le plus ? Dans le continent, le droit est vu sous des angles différents, sous des coutures et des regards tellement distants de la réalité. Il est vu selon que l’on soit ou pas, selon que l’on est ou pas, selon que l’on a ou l’on n’a pas le pouvoir.

Tout semble permis à l’homme de pouvoir en Afrique. Il a droit de vie et de mort sur ses administrés et exerce la plénitude de ses pouvoirs sur une administration docile. Il est le seul à incarner et à exprimer le désir et les attentes de la nation citoyenne. Il est le chef suprême et l’incarnation absolue des autorités et de toutes les forces.

6- C’est cette vision fantasque du pouvoir qui permet à un guide suprême de donner ordre en Libye de faire voler des avions de guerre, tous chargés de bombes, pour les jeter sur les têtes des pauvres citoyens libyens. Ces derniers ont le malheur de s’être « insurgés » contre ce guide qu’ils disent ne plus reconnaître comme étant le leur. Ils se révoltent contre les institutions que ce guide a mises en place, contre les lois qu’il a forgées, contre son pouvoir de despote, d’autocrate et de tyran. Contre ces exactions « légitimes » du guide,  nul n’a le droit de se rebeller, nul n’a le droit de dénoncer, pas même une Union africaine il est vrai, devenue subitement sans voix s’agissant particulièrement du guide seul et unique « pourvoyeur » de fonds. C’est vrai que lorsqu’il s’agit de parler du « roi des rois » d’Afrique, tous les « sujets » se taisent. Il ne faut surtout pas que d’autres viennent par leur réaction ou leur prise de position en tant que  communauté internationale, troubler cette quiétude africaine.



La communauté internationale est « maudite » en Afrique et dans tout le continent. Elle est détestée par son instinct d’ingérence dans les affaires intérieures d’un continent, replié en la circonstance sur lui-même chaque fois qu’il ne s’agit plus de tendre la main, pour recevoir des autres toute autre chose que « l’aide » et « l’aumône ».

7- Ce reproche à la communauté internationale paraît quelque part fort juste. Elle est juste lorsque cette communauté internationale, par ses prises de position par-ci par-là, au gré et sur la base de ses  « amitiés » manque de justesse et de justice. Par exemple, ses nombreuses actions militaires, déclenchées de la manière la plus hasardeuse en Iraq, en Afghanistan n’ont pas souvent obtenu les succès annoncés et les résultats escomptés. Dans tout ça, la Palestine, elle, est en train de se mourir sous le poids des implantations de spoliation des colons juifs. Ceux-là sont comme assurés d’une impunité totale. Faut-il combien de résolutions votées aux Nations Unies par le Conseil de Sécurité pour arriver à bout de l’injustice dans cette partie du monde ?

Ce monde, il est vrai, est dominé injustement par ceux-là qui étaient grands il y a peu. Ceux-là qui sont dits grands peinent à se comporter comme il se doit et comme les moins grands en Afrique ont soif de les voir désormais se comporter dans ce monde. Oui, vu de cette manière là, la « police du monde » est mal assurée. La police du monde est mal mise en marche, elle ne l’est qu’au gré des humeurs et des intérêts de Barack OBAMA, Président des Etats-Unis d’Amérique. Or,  les intérêts de ce pays sont tellement si différents de ceux de la Russie. La Russie, même prise dans l’état dans lequel elle se trouve reste tout de même une nation certes démunie et diminuée, mais encore dotée de l’arme nucléaire. Cette arme est fatale encore pour asseoir une force militaire et une puissance sans commune mesure avec une présence ou un rayonnement quelconques sur la planète.


D’autres Etats, pas des moindres, également présents au Conseil de sécurité des Nations Unies, titulaires du droit de véto assurent une certaine police dans un certain espace de la planète. On n’est pas à l’époque de Yalta. Mais chacun des grands trouve son mot à dire lorsqu’il s’agit des petits qui se trouvent dans leur giron. La France, la Grande Bretagne la Chine ne sont pas en reste. Tous sont, au regard des règles du droit international et de la régulation du monde, considérés comme des grands, « respectueux et respectables ». C’est une question de rapport de force. Le monde est ainsi fait.

Heureusement qu’il y a encore le « droit » pour rétablir un certain équilibre entre les hommes, les peuples et les nations, qu’ils soient grands ou petits. Peu importe en définitive, leurs tailles, leurs puissances, leurs places et leurs rôles dans le monde et sur la scène internationale. Ce sont  toutes ces règles qui fondent la communauté internationale, le droit international et toutes ces règles autour desquelles se retrouvent quelque part la communauté des peuples épris de paix, des peuples « civilisés ».

8- Bien évidemment que l’on peut contester l’attitude de cette communauté internationale. Bien sûr que l’on peut la dénoncer. Il y en a même qui défient cette communauté internationale. Pourvu que ceux-là soient simplement conscients des risques qu’ils prennent et de leurs conséquences. Laurent et Simone GBABGO se dressent contre, implorent Dieu pour qu’il change la face du monde. Leur tandem rappelle un autre, Nicolae  et Elena CEAUSESCU en Roumanie. La différence entre ces couples : les seconds,  « Génies des Carpates » et les premiers, des « Génies » venus des régions du « Fromager » et du « Sud Comoé », en Côte d’ivoire, loin et très loin des Carpates. Toujours est-il que nous sommes ces temps-ci nombreux en Afrique à mélanger ce droit « légitime » de révolte contre les « travers » de la communauté internationale dans ses errements de la « régulation » du monde. Les actions de cette communauté internationale sont malheureusement peu dénoncées par nous ou pas suffisamment. Tous ceux qui l’ont fait ces temps-ci l’ont bien fait et ont eu raison de le faire. Chacun sur son ton, chacun à sa manière, chacun sous son angle. L’essentiel était de dénoncer.

9- Une fois que l’on a fini de faire cela, il faut aussi que tous ceux qui ont dénoncé s’interrogent aussi. Tous ceux-là devraient s’interroger et se demander que serait devenue la Côte d’ivoire au lendemain des élections ayant vu la perte du pouvoir par Laurent GBAGBO qui a décidé, malgré tout et contre tout bon sens, de s’y agripper, de s’y maintenir et de s’y installer quand même ? Que faut-il faire contre cette attitude de GBAGBO et de tous ces autres qui s’y sont essayés ou voudront s’y essayer, se maintenir au pouvoir contre le droit ? Violer la loi sans que rien ne se passe ? Piétiner le droit et exercer la force contre les faibles ? Contre toutes ces violations de la loi, contre le mépris du droit, contre l’usage de la force contre les faibles, il n’y a de place que pour la force mais la force légitime. Du coup, les interventions de la communauté internationale en Libye et en Côte d’Ivoire sont salutaires. Apprendre en mettant la dernière main sur ce papier que Laurent GBAGBO est aux arrêts est une source légitime de fierté. Peu importe vraiment qui aura arrêté et qui était là au moment de l’arrestation de Laurent GBAGBO. Celui-ci était considéré non pas comme un Président de la République, ce qu’il avait cessé de devenir mais comme un individu dangereux et prêt à tout pour arriver à ses fins. Or, on sait qu’il agissait illégalement et hors tout cadre légal. Toute personne à même d’agir pour son arrestation et de l’anéantir était la bienvenue. Que ce soit les forces militaires de la France, de l’ONUCI voire de toutes autres forces qui soient à l’origine de cette arrestation, Bravo !!!
N’ayons pas de fausse gêne lorsque des esprits, à tort, venaient à invoquer un certain “néo-coloniasme” pour saper et enlever la gloire de  cette arrestation qui devenait utile et nécessaire pour la paix en Côte d’Ivoire. Pour la suite, les dirigeants africains et ceux, légitimes de la République de Côte d’Ivoire doivent à présent être capables de rebondir, de reprendre les choses en main et de donner l’envie et les moyens à ce beau pays et à tous ces citoyens du nord comme du sud, de l’est jusqu’à l’ouest, de se regarder désormais, de se parler entre eux et de se dire pardon les uns et les autres y compris sur le dos de Laurent GBAGBO qui fait désormais partie du passé noir et maléfique ivoiriens. Toute l’Afrique et tous les africains devraient plus que jamais se mobiliser pour ce faire. La suite est devant et le pire est derrière nous.  

10- Dans l’état actuel de la marche du continent, si la force légitime devrait provenir de l’intérieur de nos Etats, de nos gouvernements, voire de ceux de nos voisins, il reste clair que toutes les populations africaines courent le danger systématique de la révolte permanente et récurrente, de la guerre civile. Une telle réalité est-elle connue de tous ceux qui dénoncent et s’arrêtent à la dénonciation? Les situations qu’ils dénoncent sont-elles suffisamment évaluées avant toutes les doctrines et ripostes si violentes contre l’ingérence de la communauté internationale dans les affaires intérieures du continent africain dans des « attitudes coloniales » alors même que le continent et ses populations sont en situation de périls et de danger permanents ?

11- En ce moment précis, KADHAFI et GBAGBO (anéanti depuis) sont ou ont été les drames de notre continent. Qu’a fait l’Afrique « unie » pour anéantir ces dirigeants dans leurs desseins affirmés d’exercer un pouvoir tyrannique, absolu et de toute évidence contre le gré de leur peuple ? L’organisation  panafricaine n’a, de toute évidence, plus les moyens nécessaires de se réunir ne serait-ce que sur la base d’un ordre du jour convenu, en rapport avec l’actualité immédiate du continent. Que peut-on désormais attendre de cette organisation lorsque l’on sait que les trois quarts des membres qui la composent sont « illégitimes » en raison de l’origine de leur pouvoir ou des conditions dans lesquelles ils l’exercent ? Tous des illégaux, tous des illégitimes sommes-nous tentés de dire au sujet des dirigeants africains ? KADHAFI n’a pas fini de faire une offre de service au sujet de la Côte d’ivoire de GBAGBO de prendre tout seul en charge les frais découlant du renversement y compris de la manière la plus violente de ce dernier que lui-même est vite rappelé à l’ordre dans son pays.

Le médiateur en chef de la crise ivoirienne n’est-il pas lui aussi en prise directe avec une révolte estudiantine et une mutinerie internes sans que l’on ne puisse en prédire l’issue ?

12- Le trouble en Afrique est réel aujourd’hui et le sera encore demain. Ce trouble est à la fois politique et social. Mais il est aussi identitaire. L’Afrique est plus que jamais à la croisée des chemins. L’Afrique se cherche, l’Afrique est à la recherche d’elle-même, elle cherche son chemin, elle cherche sa voie, la voie de sa « démocratie ». En Afrique, la communauté des gens prend le dessus sur les collectivités. L’individu arrive à se hisser au-dessus et au détriment du peuple. Les attributs de l’Etat et de Nation ne concordent plus avec sa grandeur. L’autorité de l’Etat n’est jamais l’expression de sa force. La faiblesse de cette autorité se manifeste dans les défaillances de la justice qui parle peu mais parle pour ne rien dire. Les « valeurs universelles » représentent peu à côté de celles traditionnelles, désormais dénuées de tout sens. Le suffrage dit « universel » est aussi fortement en cause dans nos pays et dans notre continent. Le vote et son expression n’expriment plus rien d’autre que le subjectivisme des peuples et des citoyens.

13- La démocratie en Afrique ne peut se faire sans élection. De bonnes élections, pas des semblants d’élection ! Le suffrage  constitue le défi majeur dans le continent. Il est organisé péniblement dans les Etats d’Afrique. Les élections commencent aussi difficilement qu’elles se déroulent. Elles se terminent assez souvent sur l’autel de la contestation et de la confrontation violente. La peur, le sang et la mort en sont les principaux signaux.

Les crises majeures et les plus significatives dans notre continent ont pour origine et pour cause le vote, le scrutin. Ce scrutin mis en œuvre à plusieurs endroits a été à maintes reprises contesté. Ce fut le cas au Kenya, cela a été le cas au Sénégal, au Togo, au Burkina, en Côte d’Ivoire plus récemment et au Bénin encore. En Côte d’ivoire, on en est à constater les dégâts sur les tissus économique et social profondément endommagés.

14- Les années 1990 ont vu les peuples d’Afrique plus au sud du Sahara se révolter. Ils ont souvent payé le prix du sang pour installer des systèmes politiques plus ouverts, plus démocratiques. La démocratie se mesure généralement par le vote. Le scrutin est ce « machin » qui est le plus contesté et sans doute le plus contestable dans le continent.



15- La vague des « démocraties » post 1990 est vite passée. Au bilan, très peu d’Etats auront passé le galop d’essai. A l’exception du Ghana, du Botswana, dans une certaine mesure le Sénégal, le Mali et le Bénin de cette époque et plus récemment le Niger, tous les autres sont logés à la même enseigne. Dans tous ces pays-là, les élections ont été malmenées bien qu’elles aient été financées à coup de milliards. Le niveau de contestation systématique des acteurs politiques est le même dans tous ces pays là. Ce sont ces contestations qui sont le plus souvent à l’origine des vagues de violence.

Les systèmes politiques qui ont fait l’option de la « démocratie » dans le continent ont généré des acteurs qui sont à la traîne. Ces acteurs politiques sont en net recul par rapport à leur capacité de faire une offre politique réelle, adaptée et adéquate. Celle-ci, quand elle n’est  pas inexistante pour l’électeur apparaît comme totalement inadaptée. Ensuite, ces acteurs politiques sont aussi en recul par rapport à la morale politique, par rapport à l’éthique, toutes choses qui sont pourtant nécessaires à la gestion des affaires publiques ainsi que celles de la cité. Enfin et enfin, les acteurs politiques ne se fixent que très peu de règles contraignantes pour eux. Quand c’est le cas, ils se donnent toujours la latitude de violer ces règles chaque fois que nécessaires, sans que rien ne se passe. A propos de règles et de leur porosité, n’a-t-on pas relevé plus de deux millions d’électeurs inscrits dans un pays comme le Gabon qui ne compte officiellement qu’un million et demi d’âmes ?

16- L’organisation des élections au Gabon comme dans la plupart des pays d’Afrique a été encore plus contestée lorsqu’elle était confiée à une structure indépendante et autonome de l’Etat que lorsque c’était l’Etat lui-même qui les organisait. Le comble, c’est que tous les protagonistes de l’élection sont en principe représentés dans les commissions électorales nationales indépendantes. Mais ces derniers, y compris les représentants des candidats aux élections majeures, sont incapables d’assurer plus complètement leurs présences au niveau de tous les centres de vote.



Du coup, la contestation des résultats reste le principal et unique moyen pour les opposants, mauvais perdants assez souvent, et pour les acteurs politiques en général de se faire valoir. Ils donnent de la voix notamment sur les radios libres nationales mais aussi sur les ondes des radios internationales, anglaises, françaises sans doute en mal de sensation.

17- Tout cet imbroglio est rendu encore plus difficile par la mauvaise réponse qu’apporte le juge, lorsque les acteurs politiques décident de le saisir pour lui soumettre l’examen du contentieux les opposant et qui porte sur la contestation des résultats proclamés lors des élections. Tout se complique aussi bien en apparence que dans la réalité :

-    En apparence, les acteurs politiques quels qu’ils soient, en saisissant le juge, se donnent l’impression mais aussi au juge de vouloir se confier à la justice tout en prenant le soin de se soumettre à sa décision. Il n’en est rien.

-    Dans la réalité, les acteurs se confient à la justice tout en continuant à sonder d’autres hommes, d’autres pouvoirs, y compris des pouvoirs maléfiques insoupçonnables. Il faut de tout pour gagner une élection.

Mais ce n’est pas tout. Le juge lui-même ne se contente pas seulement de dire le droit pour trancher le contentieux qui lui est soumis. Il va au-delà. Il parle et se donne la latitude de parler plusieurs fois. Sans compter qu’il n’est pas le seul juge à parler dans ce domaine et dans cette matière. Ils sont au moins trois à parler sans vraiment se parler.


Le juge judiciaire, c’est à dire celui-là même qui est compétent pour prononcer le divorce est aussi celui qui connaît le contentieux électoral. A ses côtés, le juge chargé de connaître des affaires administratives, tout comme le juge en charge des affaires constitutionnelles sont tous les deux aussi compétents en matière de contentieux électoral. Imaginez ce que peut être la cacophonie si ces trois juges parlent sans se parler entre eux.

18- Sans compter qu’en Afrique,  les juges ne sont pas que seulement juges. Ils sont à la fois citoyens mais aussi des hommes et des femmes, quelques fois des militants, des partisans qui ont des liens et d’autres avec les protagonistes de l’élection. Le juge en Afrique ne se départit que très peu des conflits d’intérêts, des suspicions, d’une certaine proximité avec le dossier et des situations handicapantes simplement. Dans tous les cas de figure, dans cette matière comme dans toute autre, pourvu qu’elle soit contentieuse, le juge fait peu la preuve de son « indépendance » pourtant nécessaire pour juger et bien juger sans jamais se substituer à l’électeur qui est roi. La justice  pour dire le droit en matière de contentieux électoral est à la fois dépendante, partiale et partisane elle-même.

Plus que jamais il apparaît nécessaire de se poser la question du contentieux électoral en Afrique et de ses implications et conséquences plutôt négatives. Plus que jamais il y a lieu de se prémunir contre les dangers de la contestation électorale en termes de fléau aussi important que les maladies qui ravagent notre continent. Plus que jamais se pose la nécessité de « dompter » le suffrage universel pour « l’africaniser » et l’adapter au point d’assurer une parfaite adéquation entre le vote et ne sens du vote en Afrique. Les réponses à toutes ces questions permettent d’assurer un certain  avenir à la démocratie et à l’élection même en Afrique.
 
Mamadou Ismaila KONATE

Avocat à la Cour
Bamako/Mali