C’est connu de tous actuellement dans notre pays. Le problème de l’assainissement au Sénégal et particulièrement dans la capitale Dakar, est très épineux, voire catastrophique, pour avoir constitué une véritable bombe écologique à retardement, en instance d’explosion d’un jour ou l’autre. Voici un domaine vital, qui joue un rôle capital dans notre vie et le maintien d’une bonne santé publique des populations sénégalaises, qui relève exclusivement de la responsabilité de l’Etat et non des collectivités locales. Il est tout à fait traité en parent pauvre depuis des années par les pouvoirs publics, comme c’est le cas d’ailleurs, pour beaucoup d’autres problèmes vitaux et cruciaux du pays.
C’est dans une telle situation préoccupante généralisée, que des citoyens animés de bonne volonté et pour le bien-être des populations de leur commune, ont pris l’initiative sur eux, de mettre sur pied une association, dénommée : Association des résidents des cités de la commune d’arrondissement de Ouakam (ARCCAO). Elle est créée, dans le but de prendre en charge principalement, le problème de l’assainissement des eaux usées, mais plus globalement, pour l’amélioration du cadre de vie des populations de leur commune. Dans un esprit de solidarité exemplaire et  d’un engagement citoyen ferme, pour un environnement  de mieux être, les initiateurs ont invité tous les résidents à conjuguer leurs efforts pour prendre à bras le corps cet épineux problème, des eaux usées qui empoisonnent notre existence au plan de la santé, avec des risques énormes d’attraper toutes sortes de maladies. A cet effet, non seulement, ils veulent lui trouver une solution, mais ils en veulent  une, absolument durable. A savoir un système d’évacuation le plus efficacement possible des eaux usées provenant des maisons, qui ne pouvait être que, le système du Tout à l’égout.
Une intense campagne de sensibilisation des populations  fut menée auprès des résidents, dans l’ensemble des  cités de la commune et du village traditionnel de Ouakam, pour la compréhension, l’appropriation et l’adoption du projet d’assainissement.  Un accueil enthousiaste lui a été réservé partout, qui traduisait à la fois une réelle approbation et une totale adhésion au projet.
A la suite de toutes ces peines subies du fait du problème récurrent de l’assainissement et des difficultés d’évacuation des eaux usées, ils ont examiné avec beaucoup d’attention toutes sortes de solutions intermédiaires, avant de déboucher sur la seule formule qui pourrait solutionner durablement, pour ne pas dire définitivement ce casse-tête, le tout à l’égout. C’est ainsi que l’ARCCAO a opté, avec l’accord des résidents  pour cette solution efficace, bien qu’elle soit certes, plus coûteuse.
Alors lassés par les nombreuses promesses sans lendemain et autres atermoiements politiciens des autorités de la République, les responsables de l’ARCCAO, ont ainsi, sans plus attendre l’intervention de l’Etat, décidé de faire appel aux résidents et à toutes les bonnes volontés donatrices à une contribution financière par maison, fixée sur la base du coût global du projet, afin de faire face nous-mêmes, aux charges relatives aux travaux envisagés. Ceci, après avoir interpelé plus d’une fois, par toutes les voies et tous les moyens qui s’offraient à eux, l’Etat et ses démembrements. Celui-ci, n’a daigné rien faire, si ce n’est comme d’habitude, de vagues promesses par l’intermédiaire de certains responsables politiques résidents dans la commune, supposés influents. Le projet est bien connu  par les gouvernants car, il a même atterri sur la table du chef de l’Etat, ainsi que chez de nombreux ministres de la République concernés par l’assainissement d’une part, ou d’autre part, ayant des services qui résident  dans le territoire communal.
En prenant la décision immédiatement, de commanditer une étude technique pour la faisabilité et la réalisation effective du projet d’assainissement, l’ARCCAO innovait par-là, une participation citoyenne originale, par son initiative et aussi par le fait de prendre en charge son financement par ses fonds propres provenant des résidents et de quelques généreux donateurs. L’acceptation des résidents, à répondre favorablement, à l’appel de cotisation par maison, a facilité le début des travaux et la progression normale dans la mise en œuvre et l’exécution de la première phase des travaux.
L’originalité ou l’exemplarité de l’ARCCAO réside dans le fait de s’être engagée résolument dans la réalisation du projet, sans attendre le concours préalable de l’Etat. Cet engagement responsable, pris au nom de tous les résidents de la commune, doit être une source de motivation pour chaque résident, à s’acquitter convenablement et dans les meilleurs délais de leur cotisation. La réalisation de ce projet, sera assurément, le succès de nous tous et un modèle ou une marque à déposer pour le futur.
Le pari est certes très ambitieux, mais les initiateurs ont aussi fort heureusement, la dimension d’une  détermination et d’une volonté de faire qui couvrent largement  les contours d’un tel projet. Ensuite et surtout, quand ils seront sûrs  d’être appuyés par l’engagement indéfectible de tous les résidents. Ce projet  qui comporte trois phases : primaire, secondaire et tertiaire, est à sa phase primaire qui est  réalisée à 60% à peu près en ce moment, sans aucune aide des pouvoirs publics, jusqu’ici. Et pourtant, il existe bien des fonds destinés à l’assainissement ! Les pouvoirs publics ont fait alors comment  ou quoi avec les fonds alloués à l’assainissement ? Seraient-ils détournés  comme d’habitude? Ont-ils perdu de vue, la place de l’assainissement qui doit être au cœur du développement économique et social, particulièrement, au regard de la santé publique ? Voilà autant de questions qui m’amènent à dire que l’Etat a failli à son devoir, pour n’avoir pas assumé pleinement envers les populations, ses charges régaliennes à tous les niveaux.
Alors, cet exemple de participation citoyenne de l’ARCCAO, qui est à saluer hautement, ne signifie pas que l’Etat devrait dorénavant se désengager de ses responsabilités de gestionnaire des deniers publics ou se délester de ses charges sur les populations, qui ont déjà suffisamment de mal, pour survivre. Cette expression selon laquelle : « l’Etat ne peut pas tout faire » venant de certains hypocrites et laudateurs zélés, est de la pure démagogie. Ce que les citoyens exigent très légitimement de l’Etat, c’est qu’il réinvestisse rationnellement à travers le pays, les impôts –deniers publics- tirés des contribuables, dans les secteurs productifs et de ceux qui s’occupent du bien-être et de la vie décente des populations et rien de plus, ni de moins. L’image que nous renvoie le régime libéral de Me Wade, est très loin de tout cela.
C’est plutôt le moment de rompre d’avec cette méthode de gestion archaïque qui consiste à mettre l’Etat entre parenthèses ou de l’exempter dans la gestion des collectivités locales et précisément, de l’application stricte dans toute sa rigueur, de la loi sur la décentralisation tout à fait rationalisée et non politicienne partisane. Il faut  faire comprendre aux pouvoirs publics et nos gouvernants, qu’ils doivent être au service des populations et non l’inverse. Avec le 22 mars 2009, nous comptions inaugurer cette méthode-là.
Notre commune renferme en miniature toutes les composantes de la société sénégalaise. Aussi bien en genre, génération, langue, ethnie qu’en compétence professionnelle, nous sommes suffisamment dotés. Il suffit alors, que nous prenions conscience de cet état de fait, pour faire de notre espace, un exemple vivant et un environnement où il fait bon vivre avec un cadre de vie qui épanouit le bien-être social. C‘est pour toutes ces raisons, que j’en appelle à tous les résidents sans distinction aucune, à s’acquitter dans les meilleurs délais, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, de leur redevance vis-à-vis de la contribution forfaitaire relative aux trois tranches, chacun en ce qui le concerne. La réalisation de ce projet doit être pour chaque résident de la commune, un défi personnel à relever  car, l’engagement qui a été pris, l’a été au nom de nous tous. De même, la réussite du projet sera aussi le succès de nous tous et même, une fierté notoire d’avoir contribué tant soit peu à une œuvre commune, pour le bien-être de toutes les populations de nos cités respectives.
Les dirigeants de l’ARCCAO comptent sans aucun doute, sur l’esprit de sacrifice et le devoir citoyen de chacun de nous, pour perpétuer son exemple. Alors, nous n’avons pas le droit de les décevoir pour une tâche ou plutôt une œuvre si noble.
Mandiaye Gaye
Un résident de la Commune
Gaye_mandiaye@hotmail.com