Nous venons d’assister à la déterminante et magistrale démonstration des peuples tunisien et égyptien, mettant fin à des régimes quasi monarchiques, à la tête desquels s’étaient incrustés des dictateurs bornés, aux fins de libérer leurs peuples. C’est le moment et le lieu de leur adresser nos vives félicitations pour leur courage et leur détermination, ainsi que, la solidarité agissante des autres peuples frères d’Afrique qui vivent une situation identique.

Mais et surtout, nous devons rendre un vibrant hommage mérité, aux deux armées égyptienne et tunisienne pour le rôle capital qu’elles ont eu à jouer aux cours de ces évènements historiques sans précédent, par leur attitude hautement républicaine. Nous avons tous remarqué à l’endroit de ces deux armées, un sang-froid rarement égalé et un professionnalisme dans le maintien de l’ordre vraiment affirmé, parce que sans usage de brutalité, de violence gratuite et moins encore d’arme à feu pour massacrer de paisibles populations aux mains nues, qui ne font que manifester leur trop plein d’injustice subie.
Elles ont fait montre aussi d’une compréhension légitime, des justes revendications des populations et affiché un comportement citoyen remarquable, tout le long des évènements. Justement pour montrer sans doute, qu’elles font partie intégrante de leur peuple et par conséquent, elles n’avaient aucune raison de s’opposer avec violence aux populations, qui usaient d’une liberté reconnue par leur constitution. Par ailleurs, pour rappeler aussi dans le même temps, aux autorités en fonction, que les armées sont au service de la nation toute entière et non, à celui d’un homme ou d’un pouvoir, de surcroit dictateur, corrupteur, prédateur et qui tourne le dos aux intérêts supérieurs des peuples et aux libertés fondamentales.
Elles montrent par-là, et donnent un exemple frappant par la pratique, aux autres armées africaines, qui agiraient ou auraient tendance à agir dans le sens opposé, à savoir : qu’une armée doit se comporter comme un corps (une force) garant de la sécurité nationale du pays et du peuple tout entier. Elles ont assurément indiqué par leur attitude digne et responsable, qu’une armée ne doit en aucune façon être à la solde d’un homme contre son peuple, surtout si celui-ci n’agit que pour pouvoir conserver illégalement et illégitimement un pouvoir, que le peuple lui retire souverainement. En effet, l’armée comme la magistrature doivent  être des garants qui veilleraient scrupuleusement et constamment au respect des lois et règlements de la République. Ce faisant, elles ne devraient en aucune façon, avaliser un pouvoir quelconque ou son chef, à violer la Loi fondamentale de la République.
C’est en cela que la rupture doit intervenir maintenant en Afrique, à savoir : que les peuples ne permettent plus jamais à des chefs d’Etat, de s’ériger infiniment en des dictateurs invétérés sur eux, avec l’assistance ou le soutien inconditionnel des armées nationales.
Certes, les faits récents sont une nouveauté, car c’est après 23 ans pour la Tunisie et 30 ans pour l’Egypte, de dictature absolue sans partage et à la suite de soulèvements populaires, que ces deux armées ont pris conscience de la situation et jugé la position des tenants du pouvoir, à vouloir se maintenir davantage à la tête de leur pays, contre la volonté des populations, comme inacceptable. C’est ainsi qu’elles se sont imposées comme arbitres entre les dictateurs et leur peuple. Et après un examen objectif des faits concrets, elles ont estimé qu’il fallait sanctionner les pouvoirs et leurs chefs mis en cause très justement, par leurs peuples. En vérité, ces deux hommes à la tête de leur pays, comme tant d’autres d’ailleurs en Afrique, non seulement, ils ont fauté gravement sur beaucoup de plans, mais ils ont abusé de surcroit, des biens et ressources de leurs pays qui leur sont confiés, au seul profit de leur infime personne et de celui de leur famille, au détriment de tout le reste du peuple, dont une bonne partie de l’armée elle-même. Alors tout esprit saint condamnerait logiquement et absolument de tels agissements immoraux et indignes d’un dirigeant quelconque.
Ces deux pays, par la détermination de leurs peuples, dans l’ordre et la discipline remarquable, avec un objectif clair et précis, sans débordement et casses inutiles, sous l’œil bienveillant de forces armées républicaines et fermes sur les principes, sont allés droit au but et à l’essentiel, en montrant qu’il était possible de changer notre monde, si telle était la volonté exprimée par le peuple. Ce qui confirme parfaitement le slogan et le mot d’ordre du Forum Social Mondial, qu’  « un autre monde est possible » Une affirmation tout à fait vraie si toutefois, les seuls intérêts des peuples en sont le but principal.
Les armées étant une partie intégrante de la population, ne devraient jamais plus accepter de jouer les rôles de mercenaires, de tortionnaires, de milices armées, ou de bras armés d’un dictateur assoiffé de pouvoir et insatiable de richesses mal acquises. Si avant, nos forces armées étaient recrutées parmi les populations illettrées et sous les ordres de supérieurs formatés par le néocolonialisme, aujourd’hui, tel n’est plus le cas, fort heureusement. Néanmoins, il faut admettre qu’il subsiste encore quelques éléments parvenus à des niveaux supérieurs de la hiérarchie militaire, grâce aux pistons des dictateurs à la tête de nos pays. A de tels militaires, est assigné le rôle ignoble d’assurer la garde personnelle du dictateur voire, d’user de tous les moyens mêmes illégaux, pour lui permettre de conserver le pouvoir aussi longtemps que possible, contre la volonté du peuple.
Les forces armées nationales républicaines doivent pouvoir distinguer, les instructions  relevant d’un désir personnel du chef de l’Etat de se protéger contre un peuple qu’il a offensé et qui décide souverainement de réagir conformément à ses droits et devoirs de citoyen que lui confère la Constitution, pour se défendre de celles, allant dans le sens de sauvegarder la paix, la tranquillité  et la justice dans le pays. De telles instructions ne devraient comporter aucune distinction discriminatoire ou particularité à caractère politique, économique ou social et moins encore religieux, ethnique, régionaliste linguistique, etc… Une armée nationale républicaine attachée à ses valeurs d’honneur militaire n’obéit pas aveuglément à n’importe quels ordres, surtout quand ceux-ci peuvent occasionner une violation d’un droit fondamental des citoyens. Elle doit au préalable analyser les ordres reçus au regard de leur conformité avec la loi et les libertés des citoyens. Tout cela est devenu possible aujourd’hui, grâce  au  niveau intellectuel de recrutement des armées africaines.
Toutes les armées africaines devront dorénavant s’inspirer de ce bel exemple de leurs sœurs égyptienne et tunisienne, en matière de maintien de l’ordre. Il faut peut-être le préciser, avant elles, l’armée du Mali sous la direction de Amadou Toumani Touré, avait mis fin à une dictature aveugle et bornée du Général Moussa Traoré, à la suite aussi de manifestations des populations. Il est à noter aussi que les populations de ces deux pays ont bien identifié leurs cibles pour éviter de l’anarchie. Leur discipline a été remarquable à bien des égards durant les évènements.
Comme partout dans le monde aujourd’hui, où, la justice sociale, les droits inaliénables et les libertés fondamentales des citoyens sont respectés et sauvegardés, de même que là où les intérêts des peuples et les deniers publics de la nation sont jalousement gardés, pour que personne n’en use outre mesure, les armées de ces pays-là, sont toujours à équidistance entre tous les acteurs de la société, et, elles veillent aussi pour qu’il en soit ainsi pour toujours.
Moralité, les pays africains et leurs dirigeants dictateurs, qui s’entêtent à ne pas voir la réalité en face et en tenir compte aussi dans leur propre pays, courent un risque gros de subir le même sort que Ben Ali et Moubarak et, aucune armée nationale républicaine ne viendrait à leur secours. A bon entendeur salut ! Il en va de même pour les armées qui se mettraient inconsciemment au service exclusif des dictateurs contre leur peuple, elles courent le risque de perdre toute considération et affection de leur peuple. C’est une attitude à rompre absolument à l’avenir.
Si nous (peuples) sommes résolument déterminés dans nos convictions profondes, pour atteindre les objectifs visés, si aussi nous gardons intacte notre confiance en l’avenir, et  agissons avec conscience, uniquement dans et pour l’intérêt général de nos pays, il n’y a pas de doute, nous parviendrons tout à fait à changer notre monde, en mieux. Croyons-y, un autre monde est bien possible.
                                                                                                                    
                                                                                                                                       Mandiaye Gaye
                                                                                                                   Gaye_mandiaye@hotmail.com