Même si je vis actuellement aux Etats-Unis, je suis issu d’en environnement paysan qui a  été durement affecté  par les effets conjugués du réchauffement de la planète que nous appelons communément, le changement climatique. Ceci donc  m’a motivé à vouloir approfondir mes connaissances sur le sujet. Mon intérêt en ce domaine s’est aussi renforcé lorsque mon cursus universitaire m’a mis en contact direct avec les perspectives du moment.

Dans le cadre de mes études universitaire, j’avais eu l’insigne chance de me trouver à Copenhague  au Danemark lors de la Conférence des Parties (COP15) en Décembre 2009. Nous avions tous des doutes sur les perspectives de la Conférence mais j’avais tenu à participer à tout ce qui s’était fait pour qu’elle soit couronnée de succès. La suite n’avait pas été encourageante. Pour ce qu’elle avait été supposée de résoudre, la Conférence des Parties (COP15) à Copenhague fut un échec mémorable. Cependant, tout le tintamarre médiatique en rapport aux activités annexes en fit un événement majeur de l’année 2009. Notre espoir était que maintenant que la prise de conscience avait été faite, les décideurs mondiaux allaient être obligés de trouver une solution à Cancun au Mexique qui était la prochaine étape en 2010.

Je voudrais vous poser ici une question : Combien parmi vous avez été au courant que Cancun s’est tenue du 10 au 16 Décembre 2010? Je peux dire sans me tromper ; si peu. Mais ne vous sentez pas coupables. Crise financière oblige, les grands de ce monde ont d’autres chats à fouetter.  Le Changement Climatique  est un moindre mal, il peut attendre. Et pourtant !!! Actuellement, c’est l’Australie qui se noie et le Brésil qui compte toujours ses morts mais qu’est-ce qui peut  arriver demain et où cela va arriver reste pour le moment une grande inconnue.

En effet, Il ya avait de cela longtemps que le changement climatique était devenu une menace grave et croissante qui ne laisse aucun pays à l'abri de  phénomènes météorologiques extrêmes. Mais ce qui est plus inquiétant, c'est l'incertitude face à des futures conséquences au cas  où le changement climatique dépasserait le point de basculement prédit par les simulations scientifiques du moment. En conséquence, les augmentations de température, les écarts de volume des précipitations causant des inondations ou  sécheresses qui ont été - et sont encore fréquentes- avaient forcé les gouvernements du monde à chercher les voies et moyens pour y remédier. 

Sous les auspices de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC) qui a été adoptée en 1992, le Protocole de Kyoto avait  été créé en 1997 pour; comme le stipule son article 2,  «stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêcherait ou limiterait le réchauffement climatique ». Actuellement, le consensus de l'opinion scientifique a finit par reconnaître que si les causes peuvent être diverses et complexes, le principal facteur du changement climatique mondial est  l'activité  humaine qui,  depuis la révolution industrielle accroit ces émissions de gaz  à effet de serre dont le plus nuisible est le carbone de dioxyde qui s'accumule dans l'atmosphère.

Par conséquent, en vertu de la recommandation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC),   l’UNFCCC en collaboration avec les décideurs du monde ont mis en place un système de mécanismes destinés à lutter contre le changement climatique. En effet, les pays qui ont ratifié le Protocole de Kyoto avaient décidé de se soumettre à des inventaires annuels de gaz à effet de serre afin de contribuer à l’objectif global de réduction de ce même gaz à effet de serre. En établissant les  paramètres généraux sur cette  affaire du changement climatique la communauté internationale avait  reconnu que les objectifs de réduction seraient variables entre les pays en fonction de leur niveau de développement ou de croissance à cette époque. Pour ce faire, les pays industrialisés comme le Canada, la France, l'Allemagne, le  Danemark ou le Royaume-Uni et le Japon par exemple (les pays de l'annexe I), ont du accepter des objectifs contraignants de réduction des émissions.

Vous remarquerez que je n'ai pas nommé les Etats-Unis. La raison est toute simple. Jusqu’à ce jour, tout en étant un des plus grands pollueurs, les Etats-Unis n'ont jamais ratifié le Protocole de Kyoto. Ils continuent donc de rouler en roue libre et ne s’occupent pas de ce pensent les scientifiques en ce domaine. D'autre part, les pays en développement d'Afrique, d'Asie, d'Amérique Latine y compris les pays émergent comme l'Inde, la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Mexique (les pays de l'annexe II), avaient été contraints de  seulement limiter la croissance de leurs émissions au niveau de l'année de référence 1990.

À mon avis, c'est cette «erreur» qui rend les négociations proprement dites pour un nouvel accord très difficiles et non prometteuses. Eric Beinhocker et compagnons ont indiqué dans le rapport McKinsey que  «le monde détient un droit et une nécessité de  croissance économique continue". En ayant à l'esprit ce principe, la principale préoccupation du Protocole de Kyoto avait  été d'aligner les objectifs de développement et l’exigence de réparation des effets du changement climatique par des mesures de confiance et d'incitation au changement des habitudes de consommation. En d'autres termes, pour être en adéquation avec les besoins de développement durable des pays en développement, les mécanismes de flexibilité de Kyoto ont été adoptés  pour découpler la croissance économique (normale) d’avec les besoins de stabilisation des émissions de gaz.

Aussi différents soient-ils dans la manière dont elles peuvent être utilisés, les Joint Initiatives (JI) ou Application Conjointe, les CDM ou Mécanisme de Développement Propre sont tous, des instruments pour les transactions qui peuvent aider deux pays parties au Protocole de Kyoto à respecter leurs engagements commun de réduction d’émission de gazes comme offrant et acquéreur. D'un point de vue d’économie classique, nous pouvons affirmer que le marché des CERs  ou crédits en carbone est issue de cette offre et demande. Ce marché permet aux  pays qui n’auraient put  autrement s'acquitter de leurs objectifs dans les délais requis, d’acheter des crédits de carbone provenant de pays qui étaient en dessous de leurs objectifs d’émissions mais qui avaient besoin d'améliorer leur efficacité de production.

Au niveau international, national et régional, cet engagement à lutter contre les effets du changement climatique semblait aller de soit jusqu'à ce qu’il devienne apparent que le dispositif ne produisait pratiquement pas vraiment ce que l’on attendait de lui. En effet, vu que leurs normes de pollution actuelles ne sont pas aussi strictes comme elles le sont dans les pays déjà industrialisés, les pays en développement particulièrement la Chine et l’Inde, émettent beaucoup plus de gaz à effet de serre en quantité qui dépasse largement celle que le marché des crédits leur permet d’échanger par des investissements d’amélioration de leurs industries polluantes. L’Afrique quant a elle- mis a part les cimenteries -comme au Sénégal par exemple - n’a pas ce type d’industries lourdes qui peuvent bénéficier de ces mécanismes.

Au cours de mon cursus académique, je me suis (en Octobre 2009) une fois rendu en Allemagne au Secrétariat des Nations Unis à Bonn pour une visite à l’UNFCCC. Je m’étais assis dans cette  même salle où avait été paraphé le « Plan Marshall » qui avait sauvé l’Europe après la seconde guerre mondiale  pour écouter les explications des experts en charge des CDM et des JI. Croyez-moi, beaucoup de gens entendent parler de ces mécanismes, mais peu parmi nous s’imaginent combien il serait difficile pour n’importe quel pays Africain de remplir les conditionnalités qui accompagnent ces projets. J’étais convaincu que pour que l’Afrique participe effectivement au combat, la communauté internationale se devait de trouver d’autres mécanismes pour l’intéresser à s’engager dans la voie de la  limitation des émissions. J’étais le seul Africain présent dans la salle et ma réaction avait été d’expliquer aux experts que si l’Amérique à elle seule avait put sauver l’Europe avec le « plan Marshall » alors il était peut-être possible pour le monde de faire beaucoup plus pour que nous ne perdrions pas la guerre contre la sauvegarde de l’humanité toute entière. A Copenhague en Décembre 2009, L’Afrique justement était venue là-bas avec comme seul leitmotiv de  « ne rien signer » si la Communauté Internationale ne créait pas un « fond spécial » destiné à motiver leur participation dans cette lutte. Ceci avait été pathétique pour deux raisons.

Nous comprenions que l’Afrique ne devait pas « signer n’importe quoi ». Par contre, l’Afrique n’avait pas soumis à  la communauté internationale une « plate forme » réalisable de cet avec quoi elle allait devoir faire avec l’argent qu’elle réclamait. Tout au plus, avions nous entendu un discours volontariste du Président Wade avec des propositions d’une « muraille verte » et d’une « centrale solaire » dans le Sahara. Jusqu’ici en tous cas, l’expérience à  maintes fois démontré que toutes fois que la communauté internationale s’était mobilisée pour mettre les moyens qu’il fallait à  la disposition des gouvernements Africains pour solutionner des problèmes qui étaient les leurs, cela n’avait servi à  rien moins que d’approfondir les dits problèmes. Sur ce fait, il reste vrai que le Changement Climatique n’est pas propre a l’Afrique, mais la dite communauté internationale était réticente et doutait que l’argent que l’Afrique réclamait servirait à lutter contre le problème pour lequel il aura été mis en sa disposition.

Sans le savoir aussi, l’Afrique avait joué le jeu que la Chine, l’Inde et le Brésil attendaient d’elle. Et je m’explique. Le problème que nous avons ici c’est que  l’équilibre entre les compagnies dans les pays industrialisés et celles de Chine, de l’Inde et du Brésil est cassé. Les premières se sentent flouées parce qu’avec ses coûts de production beaucoup plus bas la Chine a des produits beaucoup moins chers à l’exportation et ne se prive pas d’en inonder le monde. L’intérêt pour la Chine -peut-être moins pour l’Inde et le Brésil- avait été que l’on maintienne le ‘statut quo’. Comme cela, elle pouvait continuer  à bénéficier de financement sous couvert de transfert de technologie sans pour autant réduire sa part de pollution.

Sous un autre angle, l’élection du président Obama aux Etats-Unis avait suscité l’espoir que ce pays allait revenir à la raison et s’engager résolument à participer dans ce combat mondial. Le Président Obama  se rendit à Copenhague au Danemark. Comment aurait-il osé ne pas le faire ? Quelques jours auparavant, il avait été à Oslo -à quelques encablures de Copenhague- pour recevoir son prix Nobel de la Paix dans la controverse. Il  ne voulait surtout pas que l’estime dans les cœurs pour les Etats-Unis que son élection avait suscitée,  retombe beaucoup plus bas que ne l’avait entrainé les huit années du régime Bush. Fallait-il pour autant penser que sa présence allait résoudre le problème ? Personnellement j’étais  convaincu qu’Obama lui-même avait  une volonté politique pouvant induire à un changement d’attitude. Mais sans le dire expressément, sa démarche démontra en quelque sorte la preuve que dans ce débat, le Président des Etats- Unis avait les mains liées par le « secteur des affaires » qui ne voulait rien comprendre.

Depuis Copenhague, l’on s’est rendu compte que la politique des Etats-Unis dans le domaine qui nous intéresse ici, ne changera pas de sitôt. Cela aussi facilita la position commune de la Chine, de l’Inde et du Brésil et c’est de bonne guerre parce que les responsables dans ces pays comprennent au moins une chose : Le monde des Affaires au Etats-Unis dirige la politique sans être au devant de la scène. Donc, on ne peut que lui opposer l’intérêt des Affaires nationales.

Tous les pays sont confrontés à un dilemme. Partout dans le monde, toutes les activités de production dépendent de trois facteurs : La ressource naturelle, le facteur humain et le capital physique. En termes de durabilité, une combinaison de seulement deux facteurs de production serait à la longue fatale pour le troisième. Une combinaison du facteur  humain et de la ressource naturelle est une combinaison supportable sans être viable ni équitable. Un  choix délibéré d’utilisation de  la ressource naturelle pour seulement y tirer profit pourrait être un choix viable mais il n’est ni supportable ni équitable. De même, aussi longtemps que les humains ne seront concernés que par le profit, la relation peut être équitable sans toutefois être  ni supportable ni viable. Le défi  ici est de procéder avec la seule approche qui puisse intégrer les préoccupations légitimes dans le triangle de ce que l’on appelle la "triple bottom line". De telles préoccupations englobent l’être-humain qui tire profit de la planète dans le souci constant que sa propre survie dépend aussi de la sauvegarde de celle-ci.

Je ne me réclame d’aucune expertise en la matière mais je peux affirmer ici, que le problème dépasse les clivages politico-politiciens dans ce monde. A Cancun, l’on nous a démontré une autre facette d’un ’ignoble comportement. La montagne a encore accouché d’une souris. L’Afrique comme d’habitude est tombée dans le piège. On lui a fait miroiter le « REED » pour (Reducing Emissions from Deforestation and Degradation » un autre mécanisme qui ne cible dit-on que les pays en développement pour les encourager à lutter contre la déforestation.

Mais cela est une aberration de plus. Nous n’avons même plus de forets à sauvegarder. Elles ont été toutes détruites soit par l’effet de la pollution industrielle qui est sans frontière mais qui ne vient pas d’Afrique, soit par l’exploitation abusive des multinationales qu’aucun de nos gouvernements n’ose affronter pour les en empêcher.

Ce qui va se passer, c’est que ce REED va encore déverser une pléthore d’assistants technique pour soit disant nous aider à mettre en place les systèmes qu’ils vont encore nous indiquer. Cela prendra le temps pour eux de réaliser que leurs conférences, stages et formations ne tiennent pas la route. Ils vont plier bagages pour nous accuser de n’avoir rien entrepris. Entre temps, ils auront bénéficiés des fonds qui étaient destinés au REED en salaires exorbitants, et en vivant chez nous dans des conditions les meilleurs auxquelles ils n’auraient jamais put imaginer un jour pouvoir bénéficier (villas, piscine, gardiens, bonnes, école internationales pour les enfants, villégiatures etc.).

Pendant ce temps, leurs industries font bloc pour ne rien entendre sur comment réduire les effets de leurs activités. Ici à l’Ouest, il ya un nouveau cursus académique qui attire tous les étudiants qui veulent s’assurer un bon travail. Il s’appelle « Corporate Social Responsibility ». C’est l’art pour les multinationales d’aujourd’hui,  d’imaginer tous les outils nécessaires pour amadouer la société civile et  faire croire que la firme a une culture « sociale » dans son  comportement externe et mieux cacher les gros dommages qui résulteront de sa course effrénée vers les profits. Des sociétés comme British Petrolium (BP) et tant d’autres sont maitres en la matière. C’est comme cela que BP a put garder secret les multiples défaillances qui avaient causé l’explosion d’un de ce puits pétroliers dans le golf du Mexique.

Vous allez me demander, que pouvons-nous faire alors ?  Je n’en sais pas plus que vous. Mais rester concerné, s'informer, et créer autour de soi une prise de conscience est déjà une bonne chose. Pour les moins jeunes que moi-même, vous pouvez être emmené demain a représenter votre pays dans ces interminables forums de négociations. Au moins vous pourriez démontrer a la partie adverse que vous en savez autant qu’elle sur le sujet. Malheureusement c’est ce que les représentants actuels de l’Afrique ne peuvent démontrer. En attendant, ils sautent tous ensemble sur les miettes que ceux qui savent offrent pour tirer grand avantage de leur ignorance. La planète ne nous appartient pas, nous l’avons non seulement héritée de nos parents mais nous devons la traiter comme un emprunt que nous devons restituer intact a nos enfants.