Des mélodies et du folklore purement africains, et un spectacle assuré dans une orchestration musicale et chorégraphique, ont donné une image au drame de la vie réelle qui avait secoué le continent africain. Avec un millier de chorégraphes et danseurs invités, la chorégraphie de la cérémonie d’ouverture du 3e Fesman a reflété une plateforme d’un monde noir avec la danse contemporaine. Même si par moments, le spectacle a failli verser dans une représentation linéaire.

Une gigantesque explosion du big bang marquant la fin de vie d’une étoile massive et la naissance de l’Afrique-mère a capté le public. Chuchotements, brouhaha et apostrophes des danseurs sur la pelouse du stade Léopold Sédar Senghor, va-et-vient sur la piste, exclamations fusant à la moindre apparition de jambe des danseuses… jusqu’à ce que le spectacle magnétise le public et qu’un relatif silence s’installe, alors seulement interrompu par des applaudissements. De jeunes chorégraphes sénégalais, habillés en jaune et vert, ont commencé à danser sur une musique tantôt zoulou tantôt mbalax, puis, une troupe de danse locale, représentant le reste de l’Afrique, a pris le relais.

Sur la scène obscure, un carré de lumière blanche symbolise l’espace de la terre. Immobile, un homme en grand boubou traditionnel bleu et blanc, les yeux rivés sur une jeunesse à la recherche de la terre mère. Le bruit d’un verrou qui se ferme. Commence alors une danse ample et épurée, sans fioritures. Tout comme la gestuelle, la bande-son, qui fait une large place au silence, est simple et suggestive.

Au final, l’Afrique donne magnifiquement corps à son personnage de «prisonnier». Sa présence et la qualité des ses ressources humaines et de ses matières premières devraient lui ouvrir les portes d’un monde meilleur.
Par-delà ses visées artistiques, l’enjeu politique du printemps de la danse est clair. «La chorégraphie à laquelle nous avons assistée, symbolise la Renaissance africaine», explique Georges Momboye, assistant direction artistique, metteur en scène de la chorégraphie.

Un savant dirige une expédition de jeunes Africains, à la recherche de la terre-mère, déterminés à franchir les océans qui séparent le l’Afrique des autres continents.  C’est sur un plateau nu de couleur sable, sur fond d’un ciel bleu, de la pelouse du Stade Léopold Sédar Senghor, avec la voix intense et profonde de Souleymane Faye, tantôt en chœur, tantôt en solo avec aussi un ensemble de musiciens africains sur des tambours traditionnels qu’a été relatée l’histoire de «la Renaissance africaine».

Les chorégraphistes, par ailleurs jeunes d’Afrique éparpillés un peu partout dans le monde communiquent en dansant. Les notes des tambours-sabars du Sénégal et d’une kora traditionnelle retentissent dans les moindres recoins du stade. Sous le rythme des instruments traditionnels africains et sous un soleil de plomb, les migrants entament une longue traversée de l’océan.

TRAIT D’UNION ENTRE L’AFRIQUE ET LE MONDE
Les fils de l’Afrique où allez-vous ? Nous vous prions de ramener à la terre-mère, rétorquent l’Afrique. «Si vous voulez rentrer en Afrique suivez-moi, nous allons passer en fond de mer pour saluer les esprits.» Le personnage du guide a réussi à transmettre de par sa voix, le message de tout un continent.

Une longue et poignante traversée de l’océan commence. Il faut traverser les océans qui séparent l’Afrique des autres continents. Toute la tragédie se joue à cet endroit où se croisent ceux qui rentrent au pays et ceux qui sont engagés sur le chemin de l’exil. Des Martiniquais aux Haïtiens en passant par les Noirs Américains, incarcérés à plusieurs reprises par l’Occident, des femmes, tous veulent rejoindre l’Afrique. La chorégraphie, dont l’exécution est accompagnée de musique de chants mélancoliques et de tambours, fait une projection sur les conditions de survie des hommes et des femmes à la recherche de l’Afrique-mère. Chœurs, mélodies et chants du vent de l’Afrique s’élèvent en notes cristallines ou graves. Certains des voyageurs meurent en chemin. Le chœur des jeunes chantant le deuil et les performances vocales de l’artiste musicien Souleymane Faye, accompagnent ceux engloutis par la mer.

Les applaudissements constants du public réuni au stade Léopold Sédar Senghor témoignaient de leur satisfaction. La chorégraphie mise en scène par Georges Momboye, assistant direction artistique, a reçu la touche de la styliste Oumou Sy qui s’est chargée des costumes et décors.