Pour prendre en charge les besoins des populations et développer le pays, la recherche scientifique doit faire l’objet d’une attention particulière par les acteurs, les dirigeants et les populations destinataires. Tel n’est pas le cas au Sénégal où la recherche scientifique est toujours traitée en parent pauvre.

Le lancement du numéro de sa revue scientifique : ‘Les cahiers de recherche de l’Ism’, a été l’occasion pour l’Institut supérieur de management (Ism) de convier un parterre d’éminents universitaires et de chercheurs à réfléchir sur une question d’une brûlante actualité, dans ce monde du savoir : ‘Les enjeux de la recherche’. Pour l’historienne Penda Mbow, maître de conférence à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, un débat fondamental de ce genre manque beaucoup dans ce pays. ‘La société a besoin, dit-elle, de se reposer sur des valeurs fondamentales qu’elle questionne tous les jours’. Ce qui suppose pour l’historienne l’existence d’un soubassement solide qu’est ‘l’esprit scientifique’.

Quant au Pr Amadou Aly Dieng, économiste et philosophe, il dira de manière tranchée avec cet esprit critique qui le caractérise que ‘la recherche scientifique ne peut intervenir dans un pays que lorsqu’il y a des forces sociales qui ont intérêt à la recherche et qui la portent. Sinon nous faisons du volontarisme’. A titre d’exemple, il citera l’esprit encyclopédique en cours au 18e siècle qui a été ‘l’arsenal intellectuel’ sur lequel s’est basée la révolution française de 1884. De la même manière, dira-t-il, chez les premiers intellectuels africains qui ont porté le combat de la décolonisation il était courant de voir quelqu’un sortir de sa discipline pour aller en embrasser d’autres pour avoir les armes qu’il faut pour s’attaquer au ‘système qui était un tout’. C’est ainsi que Cheikh Anta Diop est allé de la physique à l’histoire, d’autres comme Birago Diop, Ousmane Socé Diop qui étaient des vétérinaires ont tronqué leurs blouses contre la plume pour devenir des écrivains engagés. En plus de cela, le Pr Amadou Aly Dieng a estimé que l’environnement est un facteur important dans la production scientifique. Ainsi, selon lui, ce n’est pas étonnant si les Européens que l’hiver contraint à rester pendant cinq à six mois entre quatre murs, produisent beaucoup d’œuvres de l’esprit contrairement à nous. Pour lui, à cause de la chaleur, les Africains sont souvent dehors, parlent beaucoup, mais n’écrivent rien.

Le Pr Sédikh Bèye, chef du département de physique à l’Ucad, pense, lui, que notre plus grand problème en matière de recherche, c’est le ‘manque d’organisation’ puisque nous avons de bonnes ressources humaines. Là où le Pr Libasse Diop de la même faculté et ancien ministre de l’Enseignement supérieur en 2001, diagnostique l’absence de volonté politique qui se traduit par des budgets modestes accordées à la recherche avec à la clef l’absence de motivation des chercheurs dont les résultats, faute de perspective de valorisation par le public ou le privé, dorment dans les tiroirs. Ce qui fait dire au professeur de philosophie Abdoulaye Elimane Kane, ancien ministre de la Culture, qu’il ‘y a un problème de coordination puisque beaucoup de résultats de recherche scientifique dorment dans les tiroirs’. Pour lui, le plus important est de faire le point sur tous ces résultats. Et pour cela, il a proposé la mise sur pied d’un organisme qui s’occupera uniquement de la recherche scientifique. D’après lui, il peut s’agir d’une académie ou d’un ministère.

A sa suite, le Pr Dialo Diop, spécialiste de la virologie à la faculté de médecine de l’Ucad, est d’avis que la recherche médicale africaine doit s’inspirer beaucoup de la médecine chinoise qui, tout en adoptant d’autres procédés thérapeutiques, n’a pas abandonné l’apiculture qui est une survivance de la pharmacopée traditionnelle chinoise. Selon ce spécialiste des virus des hépatites, ‘la philosophie de la recherche doit être repensée tout en trouvant des financements conséquents. C’est comme cela que l’Afrique sera au rendez vous du donner et du recevoir’.

Quant au sociologue, Abdoulaye Bara Diop, chercheur à l’Ifan, il a émis le vœu que les Africains aient confiance en eux d’abord et avant tout. Ajoutant qu’’il faut que la recherche se fasse en équipes pluridisciplinaires, mais à condition que le rôle de chacun soit bien défini’. Car comme l’a souligné le Pr Bhen Togobaye, directeur de la recherche à l’Ucad, ‘le développement économique dans cette économie du savoir dépend beaucoup de l’utilisation et de la diffusion des résultats de la recherche’.

PARUTION D’UNE NOUVELLE REVUE SCIENTIFIQUE : L’Ism baptise ses ‘Cahiers de recherche’

La nouvelle revue scientifique de l’Ism a été lancée vendredi dernier devant un parterre d’universitaires, de chercheurs de renom et d’étudiants. Cette revue dénommée ‘Les cahiers de recherche de l’Ism’ se veut semestrielle. D’après ses promoteurs, elle est ouverte à des résultats de recherche originale, expérimentale ou descriptive. Elle traite de thèmes relevant du management, de l’économie, de la sociologie, du droit entre autres. ’L’objectif poursuivi est non seulement de constituer un important moyen de communication scientifique entre chercheurs et universitaires qu’ils soient de l’Ism ou d’ailleurs, mais aussi de stimuler les activités de recherches des jeunes chercheurs en leur offrant un espace de diffusion de leurs travaux’, informe le Dr Abdoul Alpha Dia, le coordonnateur du comité éditorial.

Le premier numéro de la revue publie les travaux de cinq chercheurs, enseignants à l’Ism et dans les universités publiques.

Mamadou SARR.