Le 19 mars 2000, le Sénégal voyait accéder à sa tête un opposant, par la voie des urnes. Un événement historique salué à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, flattant au passage notre fierté. L’image de la démocratie sénégalaise est sortie renforcée et restaurée de cette élection. Aujourd’hui, dix ans d’alternance nous ont permis de découvrir les travers et dérives d’un régime qui s’est tant éloigné des aspirations que les sénégalais avaient placées en lui, et cela malgré le triomphalisme ambiant du moment.
           
En effet, en dépit des relents tenaces qui nous agressent encore, suite aux diverses autoglorifications et autres autosatisfactions béates auxquelles se sont livrés, sans retenue, les tenants du pouvoir, la réalité du Sénégal, du vrai Sénégal, ne correspond pas avec celle chimérique de cette caste de privilégiés. Le règne du p.d.s, atteint par l’usure du pouvoir, est symbolisé par la corruption, l’incompétence et la mégalomanie. Maître Wade, tel un prestidigitateur, a favorisé l’avènement d’une cléptocratie épinglée par divers rapports (rapport de l’US-Aid 2010 sur le Sénégal) et enquêtes  (comptes et mécomptes de l’ANOCI d’Abdou Latif Coulibaly) qui mettent à nue la gestion calamiteuse de l’actuelle équipe. A cela, il faut ajouter la prédation foncière immobilière et, sans vergogne, caractérisant la classe dirigeante du pays. A ce propos, l’évacuation prochaine des forces françaises fait naître des craintes légitimes sur le devenir des terrains qui abritent leurs bases.

Certes, les bénéficiaires de cette course folle à l’enrichissement rapide font les chaudes gorges sur les réalisations à l’actif du système en place. Mais que dire de leurs coûts si incroyablement élevés, surtout venant d’un pape de l’économie, chapeauté d’un pseudo génie financier de la city ? Dépassement budgétaire inexpliqué où figure la légendaire « ampoule » à dix millions de F.cfa acquise par sire Karim Wade, nous éblouissant, une fois de plus, sur son manque de professionnalisme. Que dire de ces routes surconcentrées dans Dakar intra-muros ? Incontestablement, elles permettent une plus grande mobilité aux sybarites et dignitaires de l’alternoce ; mais quid de leur pertinence et leur efficacité ? C’est toujours le même goulot d’étranglement pour sortir ou entrer dans Dakar, résultat des milliers d’heures perdues dans des embouteillages monstrueux, à des endroits où un simple échangeur aurait résolu définitivement le problème. On parle d’amélioration du niveau de vie. Dans la mesure où cette amélioration est tributaire de l’activité économique, à quoi peut on s’attendre d’un pays chroniquement sous perfusion énergétique ? Quelle activité peut prétendre être performante ou compétitive en étant soumise à un rationnement électrique quotidien de quelques heures, induisant une explosion de ses coûts de production ? Les milliards engloutis dans ce secteur clé et les effets d’annonce, sans suite concrète, prouvent à suffisance l’incurie de cette clique de sorciers au pouvoir. Les sénégalais, dans leur majorité, ne croient plus aux incantations et aux déclarations politiciennes  purement nombrilistes et sans impact sur leur préoccupante réalité. Il ne suffit de se convaincre, qu’on a réussi dans tous les domaines, pour que le peuple soit convaincu que son sort s’est amélioré. Cela s’appelle fantasme et prendre ses lubies pour la réalité. Cette méthode Coué ne marche pas face à l’hémorragique émigration clandestine qui s’est littéralement industrialisée durant ces dix ans. Elle ne résiste pas quand on la confronte à la crise casamançaise, une tragédie pour le Sénégal, qui officialise l’amateurisme du pouvoir dans la gestion de ce drame, avec l’envoi de bouffons comme négociateurs. La magie à laquelle se livre le pouvoir se dissipe devant le secteur de l’emploi sinistré par dix ans d’approximation. Même le tourisme, mamelle de notre économie, agonise faute de politique visionnaire cohérente et de diversification de l’offre nécessairement impulsées par l’Etat.

Est il dès lors étonnant que nous soyons au bord du précipice ? Dix ans d’errements dans la gestion de la chose publique, un ballet incessant de premiers ministres et de ministres donnant lieu à une inconstance gouvernementale qui ne rassure personne sur la capacité du p.d.s à diriger le pays. Dix ans après, le Sénégal est trop périodiquement secoué par des scandales financiers, parfois ubuesques, dont les responsables sont « ennuyés » suivant qu’ils appartiennent ou non au clan à la direction du pays. De fait, l’impunité règne en maître dans un cadre ou tous les segments de la vie sont politisés à outrance et de manière outrancière, par des libéraux médiocres et arrogants. Depuis dix ans, le Sénégal est figé dans l’ombre d’une famille présidentielle mégalomane. Celle-ci, sous la conduite d’un père frappé d’autisme, se persuade de plus en plus d’être le créateur du Sénégal. Cette tendance nihiliste, révisionniste s’illustre merveilleusement à travers la très contestée statue, de la renaissance africaine, où semble se lire le culte de la trinité de cette famille.

Enfin, certains partisans du p.d.s et autres spécialistes à manger à tous les râteliers, croyant assister au crépuscule du patriarche, donnent l’impression de miser sur le fils, devenu un presque président bis (si l’on en juge par les pouvoirs extraordinaires qui lui sont attribués). Super ministre, Karim Wade, est l’homme incontournable et providentiel que son président de père impose au Sénégal en suivant un schéma implacable qui ne recule devant aucune duplicité. Bientôt des chantiers vont être livrés, au forceps, des entreprises vont être bricolées afin que l’élection de 2012 se résume, en un vote par procuration, au profit du rejeton rejeté par le peuple lors des élections locales.

Illusionniste, hors pair, maître enchanteur sacrifiera à l’un de ses tours favoris, clignoter à droite et tourner à gauche. Quel gâchis !
                                                              

A. T.   sunuman2012@gmail.com