On s’en souviendra sans doute jusqu’à la fin des temps. Ce violent tremblement de terre avec des ondes telluriques de magnitude 7 qui a littéralement défiguré la capitale haïtienne et cruellement décimé sa population. Un spectacle apocalyptique qui a ému la planète entière. Dans le cadre de la reconstruction de pays, le président Wade a offert 163 bourses aux étudiants haïtiens. Ils ont été accueillis à Dakar dans un grand brouhaha médiatique il y a quelques jours.

Paradoxe, Paradoxe…

Rien à dire sur le principe. Ce geste du président est hautement salutaire car Haïti en a réellement besoin, plus que jamais. Seulement, il est nécessaire de relever, dans cet élan de solidarité, un paradoxe.

C’est connu, au Sénégal, les universités sont bondées. Le recteur de l’université Gaston Berger de Saint Louis disait récemment qu’ils ont accueilli, cette année, beaucoup plus d’étudiants que d’habitude et que les problèmes de logement vont, à coup sûr, se poser. A Thiès et Bambèye, c’est le même constat. A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, c’est encore pire. Depuis 2008, énormément d’élèves n’ont pas été orientés faute de place.

L’année dernière, par exemple, près de 5000 nouveaux bacheliers  n’ont pas pu accéder à l’enseignement supérieur public. Pour pallier ce manque, le gouvernement avait décidé de les caser dans des écoles privées et prendre en charge leur formation. Mais quelques mois après, ils ont, tous, été balayés car l’Etat n’avait pas tenu promesse. Aujourd’hui, paradoxalement, c’est ce même Etat qui va allouer des bourses à des étudiants étrangers.

Il est vrai que  le nombre  n’est pas astronomique. 163 ce n’est pas la mer à boire. Mais quand un vase est déjà rempli d’eau, une seule goutte peut le faire déborder. Solidarité, oui. Charité, oui. Mais comme dit l’adage : ‘’Charité bien ordonnée commence par soi-même’’.

Frustration

N’ayons pas peur des mots. Ce qui peut advenir dans un avenir proche n’est ni plus ni moins que de la frustration. Une frustration qui peut être analysée sous deux angles car pouvant jaillir des deux côtés:

-         Les étudiants haïtiens pourraient être favorisés au détriment des autres. Selon le ministre de la solidarité, en plus de leurs bourses, ils vont bénéficier d’autres avantages, sans compter le système de parrainage. – A rappeler que le groupe de presse Avenir Communication a décidé de prendre en charge 2 étudiants- Ils risquent alors d’apparaître comme une poignée de privilégiés dans un tas d’étudiants qui tirent le diable par la queue. Loin d’être envieux par rapport à leur situation mais c’est juste une analyse objective.

-         L’autre aspect c’est que l’université de Dakar n’est pas l’université de Harvard. Les conditions de travail sont loin d’être des meilleures. Les facultés croupissent sous la pesanteur des problèmes. Dans les amphithéâtres, certains se tiennent debout, d’autres sont assis sur les marches des escaliers pour pouvoir suivre les cours. Des laboratoires d’une vétusté agaçante abritent des matériels datant de la préhistoire qui, pour la plupart ne fonctionnent plus. Dans le campus, les étudiants s’entassent comme des sardines dans les chambres.

Pour accéder aux restos, il faut parfois perdre plus de 30 minutes à faire la queue. Et pour percevoir les maigres bourses, c’est un véritable calvaire. Les étudiants se bousculent, telles des bêtes blessées, devant les guichets de paiement et ceci après une vive altercation contre les forces de l’ordre.  Si les haïtiens s’attendaient  à un luxe et qu’au finish ils se retrouvent dans un spectacle aussi pathétique, ils seront très vite déçus.

Mais bon ! Au-delà de tout cela, le Sénégal, terre d’hospitalité, les accueille à bras ouverts. Nous leur donnerons, volontiers, un coup de pied, pardon, coup de main pour mieux s’intégrer et bien étudier. A ceux qui seront orientés à l’Ucad, nous disons simplement : « Bienvenue à l’Université du désordre. »

 

Arouna BA
Etudiant en Physique Chimie à l’Ucad
aronts2e@yahoo.fr