Les compatriotes que nous sommes ne peuvent que se réjouir et souhaiter la bienvenue aux étudiants haïtiens, qui viennent d’élire domicile chez nous, au Sénégal, devenu le nouvel eldorado sub-saharien grâce à la magie de l’illustre président Wade, qui, en si peu de temps, a réalisé dans son pays l’autosuffisance alimentaire, le paiement dans les délais des bourses allouées aux étudiants sénégalais à l’étranger, la fourniture en énergie et le relogement de tous les sinistrés des inondations. Bienvenue à Sen-Eldorado, le pays de vos ancêtres !

Bienvenue dans un monde de promesses !

Dire que les autorités sénégalaises, pour l’accueil des 163 étudiants haïtiens, ne pouvaient choisir un lieu beaucoup plus symbolique que ce gigantesque monument qui surplombe Dakar et son univers, ce symbole de la Renaissance africaine tant chère au président Wade, qui a fait don à l’Afrique tout entière de cette huitième merveille du monde. Il va falloir à ces vaillants étudiants haïtiens beaucoup de courage et d’abnégation pour arriver à intégrer sans désespérer, le train de vie de la séné-galère, qui consiste à se munir de bougies en permanence, à défaut s’offrir un groupe électrogène. Il va leur falloir aussi s’armer de moustiquaires « imprégnées », de serpillères et de seaux, et acheter des gants s’il le faut, en attendant la fin de la saison des pluies et son lot quotidien d’inondations, qui ont fait de certains d’entre nous des « Sans Domicile Saisonnier ». Les étudiants haïtiens peuvent donc se réjouir d’avance, que leur nouveau pays d’accueil sera prochainement doté d’un tramway et de TGV pour faciliter leurs déplacements, sans mentionner qu’il va assurer aussi la fourniture en énergie de tout un continent, même si entre temps, les ordinateurs dans les bureaux ne fonctionnent pas, le matériel électroménager se dégrade, les tailleurs et autres petits commerces ferment boutique.

Bienvenue dans un univers très agité !

Quant à la vie sur le campus, on peut souhaiter à nos hôtes la bienvenue dans un univers très agité avec des tensions sociales ou religieuses qui frôlent l’émeute, un temple du savoir où les étudiants et le personnel sont toujours à la veille d’une grève et au lendemain d’une autre manifestation, soit pour exiger le paiement des bourses d’études pour les uns, ou réclamer de meilleures conditions de travail pour les autres. Les syndicalistes étudiants et nostalgiques des années 88, 93 ou 2000, et surtout les « venant de Thiès » peuvent déjà initier les nouveaux arrivants à cette pratique dégueulasse qui consiste à brûler des pneus sur la voie publique et à incendier des véhicules de Dakar Dem Dikk après avoir séquestré pendant des heures le conducteur. De même qu’il faudra apprendre à ces derniers à résister aux forces de l’ordre qui n’hésiteront pas à investir le campus pour déloger les étudiants grévistes sur qui ils n’hésiteront pas à tirer, parfois à balles réelles, comme c’était déjà arrivé par le passé.
Quant à leurs proches restés en Haïti, les nouveaux arrivants peuvent remercier la société en « rupture » de contrat, « Global Voice », qui leur facilite désormais les communications à des tarifs défiant toute concurrence. Le Sénégal n’est pas l’enfer, certes, même s’il est mieux « loti » que Haïti (c’est selon), pour certains, passer un coup de fil de Dakar vers Port-au-Prince reviendrait à passer un appel « local », et non international… En attendant, bienvenue chez vous, et bienvenue nous, et vive le retour aux sources! Marcus Garvey en avait rêvé, Wade l’a réalisé, enfin !

Momar Mbaye
mbayemomar@yahoo.fr