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Le déclin de l’intellectuel engagé et l’émergence du cadre politique : Le cas troublant des cadres du PDS.
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Pape Sadio Thiam
Journaliste, titulaire d'une maitrise en sociologie de l'Université Gaston Berger de Saint Louis et d'un Diplôme d'études en journalisme communication  
Par Pape Sadio Thiam
Publié sur 09/5/2010
 
Á en croire le sociologue français Pierre Bourdieu, l’une des caractéristiques fondamentales de notre époque est qu’on est passé de l’« intellectuel engagé » à l’« intellectuel dégagé ».

Le déclin de l’intellectuel engagé et l’émergence du cadre politique : Le cas troublant des cadres du PDS.
Á en croire le sociologue français Pierre Bourdieu, l’une des caractéristiques fondamentales de notre époque est qu’on est passé de l’« intellectuel engagé » à l’« intellectuel dégagé ».

Les intellectuels d’aujourd’hui sont, contrairement à ceux d’avant vingtième siècle, de plus en plus exclus du jeu social : ils sont passé de l’avant-garde à l’arrière-garde, du centre à la périphérie.

 De l’antiquité à la révolution française, les intellectuels ont, en effet, toujours été à l’avant-garde du progrès social et des luttes pour l’épanouissement intégral de l’humain. Mais le 20e siècle semble mettre fin au mythe de l’élite pensante par la promotion outrancière d’une société technocratique dans laquelle seule l’efficacité de la raison prométhéenne compte.

La toute-puissance de l’économique, avec pour conséquence directe l’étouffement, voire la dégénérescence du politique, a entrainé l’exil des penseurs au profit des activistes et autre propagandistes.

Ne trouvant plus dans l’espace politique un univers dans lequel ils puissent s’épanouir, les intellectuels contemporains ont tout bonnement déserté l’arène politique pour se réfugier dans la spéculation pure.

Bourdieu assimile cette prise de distance des intellectuels à une « fuite dans la pureté », mais on doit reconnaître, à la décharge des intellectuels, que cette fuite est précipitée par la nature du débat en vigueur dans la scène politique actuelle.

Beaucoup d’acteurs politiques se comportent, en effet, comme des saltimbanques pour justement empêcher la tenue d’un débat d’idées : la stratégie consiste à submerger l’espace public par un bavardage médiatique dont la finalité ultime est d’instaurer une logique du plébiscite par le truchement des médias.

Ces faux débats imposés par ces intellectuels de seconde zone et leurs acolytes dans la presse ressemblent à du folklore politique dans un emballage intellectuel : des évidences politiques populaires exposées comme des vérités apodictiques indiscutables.

Nous sommes en présence d’une réapparition atavique d’une race d’intellectuels peu scrupuleux que Platon avait pris le soin de bien stigmatiser sous le vocable de doxosophes : c’est-à-dire « des savants apparents des apparences ». Ils sont tragiquement affligés par une quête effrénée d’une opinion à la fois insaisissable et vagabonde.

Le doxosophe a les mêmes caractères que l’opinion dont elle traque inlassablement la destination : frivolité, inconstance, superficialité et grandiloquence.

Á la manière des surfeurs qui manœuvrent à la surface des eaux, le doxosophe des temps modernes refuse de s’engager dans tout débat technique, s’efforçant de politiser tous les réseaux d’expression du savoir et du savoir-faire.

Tels sont les cadres politiques dans une démocratie aussi frivole que celle d’opinion : au lieu d’impulser le débat ou de tenter de l’élever intellectuellement, ils se content de parasiter une opinion publique problématique et parfois artificielle.

 Dans les abysses de l’ignorance et d’une démission collective des vraies élites, la pseudoscience usurpe le rôle d’intellectuel auprès des non-intellectuels et propage les ténèbres de l’invective, de l’intrigue et de l’insolence partout où devraient prospérer la sagesse et la vertu d’une opinion argumentée et fondée sur des démonstrations rigoureuses.

Voilà une des raisons qui explique la désertion de l’espace public par les vraies élites et qui fait qu’on est amené à confondre au Sénégal le cadre politique et l’intellectuel.

Le « marché » de l’opinion publique est devenu tellement juteux qu’il est l’objet de toutes sortes de convoitises. Les faiseurs d’opinion et les spécialistes du marketing politique étant courtisés de toutes parts, les faux cadres n’hésitent pas à user de l’ambigüité de cette notion de cadre pour assouvir les desseins d’une promotion politique.

On a ainsi des cadres stériles dont le seul mérite est le doxazein dont parlait Platon pour signifier opiner, c’est-à-dire parler, or parler ce n’est pas toujours exprimer une idée vraie et sensée. On parle souvent d’ailleurs pour ne rien dire : beaucoup de porte-parole et de cadres de partis politiques excellent dans cet exercice de mystification.

          La marginalisation de l’intellectuel authentique dans la société est « compensée » par l’apparition de techniciens politiques appelés cadres dont la force principale réside dans l’assimilation d’un lexique et d’une littérature de parti et dans la maîtrise des rouages de la politique politicienne.

     Redoutables polémistes, ils ont l’habileté de parler allégrement de choses sans profondeur en leur donnant un air de majesté politique et intellectuelle. Le cadre n’est plus forcément l’intellectuel nanti d’une formation académique ou universitaire et qui est résolument engagé dans la prise en charge théorique des problèmes pratiques de sa société afin de leur trouver des solutions.

La configuration de la société exige de lui qu’il se mue en habile rhétoricien à l’aise sur tous les sujets sans vraiment disposer de la moindre posture de spécialiste dans un domaine quelconque.

Ceux qui monopolisent présentement le débat dans le PDS et dans la scène politique n’ont jamais réussi à donner une impulsion sérieuse à une culture d’une délibération profonde sur les questions politiques, sociales et économiques.

 Les crises que traverse le PDS, parti au pouvoir depuis dix ans, tournent toutes autour de querelles crypto-personnelles : jamais les cadres de ce parti ne se sont mobilisés autour de questions de stratégies politiques et d’options économiques majeures.

Toutes les forces, toutes les ressources intellectuelles de ceux qui prétendent être des cadres du parti ont été constamment mobilisées dans le cadre joutes fratricides sans enjeux véritablement politique.

C’est d’ailleurs une opinion communément admise par tous que les cadres du PDS sont presque inutiles, tellement ils sont abonnés absents lorsque les grandes questions d’enjeu national sont agitées.

 Cette carence tient entre autre au fait que le statut de cadre est généralement usurpé ou squatté par ceux qui, ne disposant d’aucune base politique, aspirent à jouer les grands rôles.

C’est évident que la posture de cadre dans un parti, qu’il soit au pouvoir ou non, est moins exposée et exige moins d’énergie combattante que l’engagement sur le terrain.

En d’autres termes c’est par infirmité et stérilité politiques que certains se refugient derrière le statut de cadre pour s’empêcher de supporter le coût de la conquête de territoire que requiert la vraie praxis politique.

Au PDS on constate qu’à la faveur d’une fragmentation infinitésimale et quasi permanente du parti, toutes les structures se fragilisent et celles qui regroupent les cadres suivent cette cadence destructrice.

        La Coordination nationale des Cadres du PDS ancêtre de la CIS, de la CNCL et de la CCLES  et dirigée respectivement par Cheikh Touré, Kader Sow, est née d’une vision politique du Président Wade qui, sentant sans doute le vide intellectuel qui l’entourait, a voulu offrir à son parti un laboratoire d’idées pouvant servir en même temps d’espace de formation politique des militants dont le cursus académique avait asphyxié l’engagement politique.

Mais les sentiers escarpés de la politique politicienne ont vite travesti la nature et la vocation de cette structure confiée après à Macky Sall, Serigne Babacar Diop, et récemment à Serigne Mboup.

 Et contrairement à ce que stipulent les statuts de la CIS, cette structure n’a jamais cessé d’être un tremplin politique : tout porte à croire d’ailleurs que cette stipulation n’a été faite que pour mystifier, car ceux qui la brandissaient contre de potentiels concurrents ont pratiquement tous eu leur promotion politique grâce à cette structure.
 Ce n’est pas un fait anodin si les crises cycliques du PDS ont toujours eu des impacts directs sur la vitalité de la CIS.

Il faut d’ailleurs signaler que la torpeur de trois ans de laquelle cette structure vient à peine de sortir lui vient des crises internes du PDS : elle n’a jamais pu garder une véritable autonomie ou une objectivité face aux agitations intestines.

On nous rétorquera qu’une telle neutralité n’est guère possible dans la mesure où on est toujours dans la logique du militantisme. Mais c’est justement la capacité de s’élever un peu au-dessus des contingences relatives à des querelles de positionnement interne qui fait la quintessence du cadre politique.

On attend le cadre dans la prise en charge doctrinale de son parti, dans l’analyse, pour son parti, de la situation politique et économique de sa société, dans la production d’idées et d’arguments susceptibles de prendre part au débat démocratique ou d’éclairer ses camarades de parti dans la géopolitique mondiale.

Même si la nouvelle CIS dirigée par Serigne Mboup tente de secouer le cocotier, on ne sent pas vraiment pas une véritable rupture dans la manière de faire. 

 Quels sont les cadres du PDS qui prennent ne serait-ce que le risque de porter la contradiction dans la presse aux différents politologues et autres experts en fabrique d’opinion dont les interventions convergent toujours vers la même conclusion, à savoir le discrédit porté sur le régime de Wade ?

Au lieu de chercher à se forger une personnalité propre cette structure s’est jusqu’ici contentée d’abriter des débats dont l’essence ultime est d’être des appendices de querelles entre personnalités politiques.

Ce n’est donc pas étonnant si au moment où de l’autre côté on publie des pamphlets contre le régime, les cadres du PDS brillent par une incapacité inadmissible à produire la moindre riposte : la propagande pro-Wade est curieusement assurée par des individualités sans ancrage dans aucune des nombreuses structures de cadres qui essaiment aujourd’hui dans le PDS.

Un cadre qui milite dans un parti aussi important sur l’échiquier politique que le PDS et qui reste un an sans produire la moindre réflexion et qui ne lit une seule production intellectuelle dans une démocratie aussi bouillonnante que la nôtre ne mérite pas ce titre.

Dans les colonnes de la presse écrites, dans les studios de radio et télé, les cadres du PDS sont invisibles et inaudibles et on ne sait vraiment pas quelle est l’utilité de tels cadres.

La CIS, la CNCLS et  la CCLES, etc. cette infinité de structures de cadres n’est pas la conséquence d’un bouillonnement intellectuel dans le PDS, elle est plutôt le symptôme d’une anomalie, même s’il faut être indulgent avec la nouvelle structure qu’est la CCLES née récemment et dirigée par Samba Ndiaye. 

 Ces entités ont les mêmes fonctions que les mouvements citoyens : ce sont des abris politiques provisoires dans lesquels on s’abrite provisoirement en attendant que la météo politique annonce un climat plus clément.

Ceux qui sont zappés par la rudesse de la compétition dans les instances régulières et les autres qui sont brouillés par les turbulences politiques trouvent souvent dans ces abris politiques des lieux de consolation ou des tremplins pour être repérés par les radars du Palais.
 
            L’éclatement permanent de ces structures dites de cadres est d’ailleurs la preuve manifeste qu’elles ne sont pour la plupart que des artifices politiques aux crochets des responsables nationaux du parti et principalement des responsables qui occupent des stations importantes dans le dispositif institutionnel.

La tartufferie est devenue d’ailleurs tout à fait manifeste : à chaque fois qu’un nouveau Premier ministre a été promu, ses partisans dans le parti ont tenté une opa sur les cellules de cadres ou à défaut de cette tactique on a créé une structure similaire et concurrente.

Sous ce rapport, l’anarchie notée dans les structures traditionnelles est comme la locomotive qui tracte celle qui règne dans les structures de cadres.  On ne s’organise pas en cellule de cadre pour des enjeux de parti, mais plutôt pour des raisons de mitoyenneté, de connivences et de manœuvres politiques de bas étage.

Ce n’est donc pas étonnant si les interrogations qui interpellent ces structures et les réponses proposées sont généralement ignorées, voire simplement dédaignées, aussi bien des militants que du citoyen sénégalais.

 C’est particulièrement regrettable qu’un parti comme le PDS dirigé par un intellectuel de la trempe de Me Wade souffre de façon aussi criarde de cadres capables d’occuper de manière constante l’espace public pour la bataille de l’opinion.

Nous sommes à l’ère de la communication tout azimut et de la démocratie d’opinion, et c’est la raison pour laquelle gouverner c’est désormais aussi engager le combat de la légitimation permanente de son travail de gouvernant.

On ne peut plus gouverner la société de l’information et de la communication comme on gouvernait auparavant c’est-à-dire en se contentant du caractère concret de son bilan et de sa bonne foi. Ce combat de légitimation quotidienne du régime doit être pris en charge par les militants au premier rang desquels, les cadres.

Dans tous les grands partis des grandes démocraties, il y a toujours une élite entretenue par le parti ou par le gouvernement et qui fait un travail d’autant plus important qu’il s’exécute dans la totale discrétion.

 Dans cette curieuse démocratie sénégalaise où il y a « une police de la pensé » exercée par une caste d’intellectuels champions de la méthode bien-pensante et de l’éthique, s’exclure du débat politique est un pêché forcément mortel.

Laisser un terrain aussi fertile sur le plan politique à des « apolitiques » qui n’hésitent pas à s’allier avec ses adversaires politiques et à une opposition dont le seul mode d’existence est la surenchère médiatique, c’est faire preuve de naïveté manifeste.

Max Weber, penseur émérite de la chose politique, disait dans Le Savant et le Politique que : « La politique consiste en un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur. Cet effort exige à la fois de la passion et du coup d'œil. Il est parfaitement exact de dire, et toute l'expérience historique le confirme, que l'on n'aurait jamais pu atteindre le possible si dans le monde on ne s'était pas toujours et sans cesse attaqué à l'impossible ».

 En nous inspirant de cd propose nous dirons à l’endroit des structure de cades du PDS que la « passion » sans le « coup d’œil » en politique n’est que surenchère verbale et activisme sans esprit.

 Mais le « coup d’œil » sans la « passion » active qui perce le « bois dur » dont le monde des humains est fait n’est qu’une fuite déguisée dans la pureté par défaut de courage d’affronter la terrifiante réalité de l’engagement et de l’action politiques.

Pape Sadio THIAM
Journaliste Cabinet Enjeux Com
thiampapesadio@yahoo.fr
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