Le cas du recours à l’aide internationale pour organiser des élections n’est qu’un exemple de l’état de dépendance dans lequel nos pays semblent se complaire et qu’entretiennent nos classes politiques. Pourtant il ne devrait pas être impossible d’imaginer un mode d’organisation politique et de consultations démocratiques, transparentes et équitables dont les coûts puissent être supportés par nos pauvres économies. En vérité le mal est plus profond, la construction de puits, de latrines, d’écoles, de postes de santé, l’organisation de conférences, de séminaires, rien n’échappe plus désormais au recours à l’aide internationale.
La notion de projets renvoie aujourd’hui de manière inévitable à la demande d’aide extérieure comme si l’ensemble de nos sociétés entrait dans un processus dangereux de clochardisation et de handicap international ! A côté de ces avatars, l’Afrique a véritablement besoin d’une aide substantielle pour faire face à des pandémies comme le Sida et le paludisme qui mettent en cause sa propre survie à long terme. Mais ici aussi faisons-nous vraiment tout ce que nous pouvons pour maîtriser ces catastrophes ? Pourquoi notre continent est-il atteint à ce point par le Sida ? N’y a-t-il pas dans nos mœurs, nos comportements des conditions épidémiologiques qui nous rendent particulièrement vulnérables au virus du Sida? Avons-nous pris toute la mesure d’une pandémie qui risque de précipiter notre disparition dans les prochains siècles ? N’y aurait-il pas lieu de faire face à cette menace en remettant en cause individuellement certaines de nos pratiques telles que la polygamie, la permissivité sexuelle et les rapports non protégés ?
 Le fait que dans d'autres continents, les comportements ne soient pas forcément meilleurs ne devrait pas être une consolation pour les Africains car ce qui devrait davantage compter pour nous est de vaincre la guerre que nous impose si rudement ce virus. Sans cultiver la peur ni développer une culpabilité collective, nos sociétés se doivent de privilégier, dans toutes situations, leurs parts de solution et cesser de se leurrer sur le caractère indispensable de l’aide internationale. Non pas que les pays africains n’aient pas besoin d’aide d’urgence, mais lorsque l’urgence se transforme en assistance permanente que faisons-nous de notre dignité ? Par ailleurs, il nous faut bien nous convaincre que les heureux donateurs ont leurs propres priorités qui ne tournent pas forcément autour du sort des Africains. Depuis de nombreuses décennies, les voix n’ont pas manqué pour demander un plan Marshal en faveur de l’Afrique. Que d’initiatives pour aider notre continent, celle du Secrétaire Général des Nations – Unies, du NEPAD, du G8 qui remet l’Afrique à l’ordre du jour de son prochain sommet. Au moment du bilan, la même conclusion s’impose chaque fois : les résultats sont mitigés !
Alors que la Chine et l’Inde se réveillent et drainent les capitaux, nos pays restent dans une posture de mendicité. A l’avenir, les Etats-Unis se tourneront davantage vers leur bassin d’expansion économique : l’Amérique centrale et du Sud. L’Union Européenne privilégiera l’intégration de l’Europe de l’Est et plus tard du bassin méditerranéen. L’Afrique subsaharienne, tout en restant ouverte, se doit de bien prendre en compte cette évolution de son environnement et renforcer sa dynamique d’intégration si elle ne veut pas demeurer une simple réserve de matières premières où les autres viennent puiser pour leurs propres besoins.