Le Ps sur la candidature de Wade en 2012 : «Juridiquement irrecevable, moralement indéfendable».
Dans un communiqué rendu public, hier, de son Bureau politique qui s’est
réuni le 25 août 2010, le Parti socialiste (Ps) considère que «si le
premier prix de la mauvaise foi et du ridicule cherchait encore
récipiendaire, les thuriféraires du régime de Abdoulaye Wade seraient
certainement des favoris imbattables au regard de l’argumentaire
spécieux, voire malhonnête, développé dans la laborieuse défense de la
recevabilité de la candidature de leur mentor pour un troisième mandat».
Se prononçant sur la recevabilité ou non de la candidature de Wade pour
un 3e mandat, le Parti socialiste (Ps) a tenu à rappeler
«l’interprétation juridique» que Wade, «l’auteur de la Constitution»,
avait «servie en conférence de presse au lendemain de l’élection
présidentielle de février 2007», dans l’euphorie «de sa victoire
frauduleuse». Pour le Ps, les défenseurs de la candidature de Wade
s’égarent «maintenant (…) dans des contorsions juridico-intellectuelles
et s’abîment dans un juridisme de mauvais aloi, révélateur de leur
profond désarroi». Les Socialistes s’émeuvent des «réfutations et autres
dénégations d’avocats du diable (…), transhumants honteux, malgré «la
cause entendue depuis longtemps» et selon laquelle, «la candidature de
Abdoulaye Wade pour l’élection présidentielle de février 2012 est non
seulement juridiquement irrecevable, mais elle est d’abord et avant tout
moralement et politiquement indéfendable».
Sur le plan moral et
politique, Ousmane Tanor Dieng et ses camarades soutiennent qu’il est
«totalement irresponsable pour un homme politique», âgé de plus de 86
ans, «de briguer la plus haute charge de l’Etat pour un mandat de sept
ans qu’il ne finirait alors que largement nonagénaire avec tous les
risques de gâtisme qu’il encourt». Sur ce plan-là, indique le Ps, «le
bon sens le plus élémentaire et le patriotisme auraient dû le dissuader
d’emprunter cette voie périlleuse pour la cohésion de la Nation et pour
la stabilité du pays». Au regard de tout cela, il fait remarquer «qu’au
regard de sa gestion incompétente et corrompue devenue de notoriété
mondiale, Abdoulaye Wade devrait (…) abandonner son projet insultant de
succession», pour envisager «des voies de sortie honorables» au lieu «de
songer à se présenter pour un troisième mandat».
ARGUMENTS JURIDIQUESSous
l’angle juridique, relève le Ps, «tous les juristes avertis dont les
constitutionnalistes les plus émérites, assurent d’une même voix qu’une
candidature de Abdoulaye Wade pour un troisième mandat n’est pas
recevable». Et de se référer à «la lettre très explicite de l’article
104, traitant des dispositions transitoires entre la Constitution de
1963 et celle de 2001». Cette lettre, selon les Socialistes, «ne laisse
place ni à l’équivoque ni à l’interprétation. Elle distingue nettement
entre la poursuite jusqu’à son terme du mandat en cours, donc sa durée
et toutes les autres dispositions de la Constitution, dont celle
relative à la limitation à deux du nombre de mandats, qui, elles, sont
d’application immédiate». Le communiqué du Bureau politique du Ps
argumente : «En bonne logique constitutionnelle, on peut concéder que la
durée du premier mandat ne pouvait être remise en cause qu’avec
l’assentiment du Président élu en 2000 parce que précisément le
septennat avait déjà été préalablement octroyé sous l’empire de la
Constitution de 1963 par le peuple sénégalais souverain, et était par
conséquent devenu un droit acquis.»
Et qui plus est, indique le Ps,
«le pouvoir constituant de 2001 a disposé sans ambages, à l’article 104
précité que la disposition limitative du nombre de mandats doit
s’appliquer au «Président en fonction» et être décompté à partir de son
mandat en cours, à l’instar d’ailleurs de toutes les autres dispositions
et à la seule exception de la durée du premier mandat déjà entamé».
Toujours sous l’angle juridique, le Ps note qu’ «au-delà de la lettre
de la Constitution, l’esprit même qui a présidé à son adoption en 2001,
dans un contexte de dénonciation de la longueur de la Présidence de ses
prédécesseurs, par un nouvel élu donneur de leçons à souhait, excluait
toute interprétation tendant à accréditer la thèse de la recevabilité ; à
moins de vouloir réduire à néant la fin poursuivie par la nouvelle
Constitution». Et ce qui conforte l’irrecevabilité de la candidature de
Wade en 2012, à la lecture de l’article 104, ce sont ses propres
déclarations après sa réélection en 2007, «les travaux préparatoires de
la Constitution de 2001, ainsi que les correspondances entre le
Président et les membres de la Commission de rédaction de cette
Constitution». Pour le Ps, à l’origine de la volte-face de Wade, se
trouve le désaveu du 22 mars 2009. Et de comparer ses manœuvres aux
«agissements de l’ancien Président Mamadou Tandia du Niger qui tentait
de rallonger son mandat».
Le Ps invite «tous les patriotes, tous les
républicains et tous les démocrates à ne pas se laisser distraire et
divertir par les élucubrations et les gesticulations d’un pouvoir
crépusculaire aux abois». Cette mobilisation passe, selon les
Socialistes, par «le cadre d’un grand mouvement populaire et
patriotique» pour «créer un rapport de forces défavorable à Abdoulaye
Wade pour l’obliger à sortir de son autisme suicidaire et à renoncer à
présenter en 2012 une candidature qui viole manifestement la
Constitution et qui, en vérité, en cache une autre». Et de centrer la
balle dans le camp du Conseil constitutionnel afin qu’il prenne sa
«responsabilité de dire le droit en la matière».
sodiop@lequotidien.sn