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Application de la loi contre la traite des personnes : Les mendiants font de la résistance.
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Journal Le Quotidien
Quotidien d'informations du Senegal. 
Par Journal Le Quotidien
Publié sur 08/27/2010
 
Tous souhaitent quitter la rue, mais leur précarité matérielle ou financière ne le leur permet pas. Après l’annonce de la fin de la mendicité dans les avenues de Dakar...

Application de la loi contre la traite des personnes : Les mendiants font de la résistance.
Tous souhaitent quitter la rue, mais leur précarité matérielle ou financière ne le leur permet pas. Après l’annonce de la fin de la mendicité dans les avenues de Dakar par les autorités, les familles mendiantes s’inquiètent de l’avenir de leur source de gagne-pain. Et il n’est pas question pour eux de mourir de faim.
Autour d’une marmite, deux enfants, des jumeaux, dirait-on, se tirent les mains sous l’œil attentif de leur maman Astou Sène. La casserole est à moitié remplie de lait caramélisé. Tout juste à côté, une natte sur laquelle sont posés quelques habits. L’un après l’autre, les mômes mouillent leurs morceaux de pain qu’ils dégustent en plein air en guise de petit déjeuner. Leur papa, Mamadou Lamine Diouf,  un non-voyant à la mine attristée et à la barbe blanche, tend une oreille attentive au bruit des voitures et aux pas des piétons qui empruntent les allées Papa Guèye Fall. Ses pas s’enchaînent lentement vers sa progéniture à l’aide d’une canne. «Nous sommes originaires du Baol et nous vivons de la mendicité quotidienne», confie la maman Astou Sène assise sur  un banc installé sous un nima qui fait face au minaret de la grande mosquée de Dakar.
Vêtu d’un boubou bleu, le vieux Mamadou Lamine Diouf avoue ne pas être au courant de l’interdiction de mendier dans les rues de Dakar annoncée par le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye et dont la mise en demeure devrait être délivrée aux concernés, hier. Dans les artères de Dakar parsemées de nids de poule, pas l’ombre d’un gendarme ou d’un policier en train de distribuer ce document administratif aux mendiants adultes.
Aussitôt informé de la décision, le vieux Diouf de se désoler : «Qu’allons nous devenir maintenant ?» Les secondes s’égrènent. Son exaspération se manifeste de plus en plus sur le visage. «Quel gouvernement a pris cette mesure ?», demande-t-il. «Celui dirigé par Souleymane Ndéné Ndiaye ?», précise-t-on. «Ah ! Ce gouvernement n’est pas le nôtre. On ne voit aucune assistance émanant de lui. La mendicité ne plaît à personne. Mais que faire de nos familles qui n’ont aucun soutien ?», dénonce-t-il. Son épouse de révéler qu’elle a mis au monde 7 bouts de bois de Dieu. A la question de savoir où sont les autres, Astou renseigne qu’ils travaillent dans la ville. D’ailleurs, indique-t-elle, l’un qui est élève, est en train de vendre des briquets au marché Petersen.

DES  RESSORTISSANTS DE LA SOUS-REGION
A 30m de la famille Diouf, trois handicapés originaires des pays limitrophes sont en pleine conversation. En cette matinée, les affaires ne marchent pas bien. «J’habite à Thiaroye. Je gagne entre 1 000 à 1 500 francs Cfa par jour. Je peux vous jurer que la mendicité m’a privé de ma dignité. Parfois, on se querelle en pleine rue pour des miettes. On est obligés de le faire pour survivre. Et puis, aucune mosquée ne va accepter de nous recevoir», soutient Moussa Guèye, un handicapé moteur originaire de la Gambie. Ses deux autres camarades, un couple, ne comprennent pas le français ni aucun dialecte national. «Ils viennent de la Guinée-Bissau.»
Il est 11h 21mn devant le carrefour de la Rts. Un groupe de femmes mendiantes se dispute à haute voix. Daba, la quarantaine révolue est dans tous ses états. Et pour cause, une équipe de reportage tentait de l’interroger. «Prend ton enfant qui pleure au lieu d’insulter les gens», lui conseille ses camarades. «J’en ai assez des bavardages alors que personne ne nous aide», s’insurge-t-elle avant de jeter un regard de soupçon. «Il est inutile de nous saluer. Vous êtes un policier ? Nous ne bougerons pas d’ici. Sinon où allons-nous avec nos enfants ?» Jadis très fréquenté par des mendiants, les allées Papa Guèye Fall sont aérées. Néanmoins, l’atmosphère reste polluée par le gaz carbonique et le bruit des pots d’échappement des voitures.
De l’avis d’un mécanicien établi dans un coin de la rue dont le mur est noirci d’huile usagée, la mesure du gouvernement a découragé beaucoup de quémandeurs non-handicapés. Pourtant, ils ne sont pas  les seuls occupants de cette voie publique. Les marchands ambulants  s’entassent devant  les échoppes et les entrées de la gare Petersen. Au menu, vociférations sonorisées, marchandage, accélération des véhicules. Le trafic est dense sous un ciel menaçant. Les enfants talibés se faufilent à travers la foule.
A quelques mètres du camp Faidherbe, de grandes dames squattent les rues à la recherche d’une offrande. «J’étais une domestique. Mon patron m’a virée depuis que j’ai un enfant», regrette Assa, une Malienne de 18 ans. Sa compagne, Aïssatou Dianké, dans un wolof laborieux, explique les raisons pour lesquelles, elle fréquente la  rue : «Lorsque je suis tombée enceinte, mon mari est décédé. Et j’ai accouché de jumeaux que je ne peux pas entretenir.» A l’Hôtel de ville, des enfants rasent également les murs sous le regard de leur maman. Dans un dénuement crispant, ils attendent le petit geste matériel ou financier d’un passant.
Par Birame FAYE
biramefaye@lequotidien.snCet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir Dernière mise à jour : ( 26-08-2010 )