Application de la loi contre la traite des personnes : Les mendiants font de la résistance.
Tous souhaitent quitter la rue, mais leur précarité matérielle ou
financière ne le leur permet pas. Après l’annonce de la fin de la
mendicité dans les avenues de Dakar par les autorités, les familles
mendiantes s’inquiètent de l’avenir de leur source de gagne-pain. Et il
n’est pas question pour eux de mourir de faim.
Autour d’une marmite, deux enfants, des
jumeaux, dirait-on, se tirent les mains sous l’œil attentif de leur
maman Astou Sène. La casserole est à moitié remplie de lait caramélisé.
Tout juste à côté, une natte sur laquelle sont posés quelques habits.
L’un après l’autre, les mômes mouillent leurs morceaux de pain qu’ils
dégustent en plein air en guise de petit déjeuner. Leur papa, Mamadou
Lamine Diouf, un non-voyant à la mine attristée et à la barbe blanche,
tend une oreille attentive au bruit des voitures et aux pas des piétons
qui empruntent les allées Papa Guèye Fall. Ses pas s’enchaînent
lentement vers sa progéniture à l’aide d’une canne. «Nous sommes
originaires du Baol et nous vivons de la mendicité quotidienne», confie
la maman Astou Sène assise sur un banc installé sous un nima qui fait
face au minaret de la grande mosquée de Dakar.
Vêtu d’un boubou bleu,
le vieux Mamadou Lamine Diouf avoue ne pas être au courant de
l’interdiction de mendier dans les rues de Dakar annoncée par le Premier
ministre Souleymane Ndéné Ndiaye et dont la mise en demeure devrait
être délivrée aux concernés, hier. Dans les artères de Dakar parsemées
de nids de poule, pas l’ombre d’un gendarme ou d’un policier en train de
distribuer ce document administratif aux mendiants adultes.
Aussitôt
informé de la décision, le vieux Diouf de se désoler : «Qu’allons nous
devenir maintenant ?» Les secondes s’égrènent. Son exaspération se
manifeste de plus en plus sur le visage. «Quel gouvernement a pris cette
mesure ?», demande-t-il. «Celui dirigé par Souleymane Ndéné Ndiaye ?»,
précise-t-on. «Ah ! Ce gouvernement n’est pas le nôtre. On ne voit
aucune assistance émanant de lui. La mendicité ne plaît à personne. Mais
que faire de nos familles qui n’ont aucun soutien ?», dénonce-t-il. Son
épouse de révéler qu’elle a mis au monde 7 bouts de bois de Dieu. A la
question de savoir où sont les autres, Astou renseigne qu’ils
travaillent dans la ville. D’ailleurs, indique-t-elle, l’un qui est
élève, est en train de vendre des briquets au marché Petersen.
DES RESSORTISSANTS DE LA SOUS-REGIONA
30m de la famille Diouf, trois handicapés originaires des pays
limitrophes sont en pleine conversation. En cette matinée, les affaires
ne marchent pas bien. «J’habite à Thiaroye. Je gagne entre 1 000 à 1 500
francs Cfa par jour. Je peux vous jurer que la mendicité m’a privé de
ma dignité. Parfois, on se querelle en pleine rue pour des miettes. On
est obligés de le faire pour survivre. Et puis, aucune mosquée ne va
accepter de nous recevoir», soutient Moussa Guèye, un handicapé moteur
originaire de la Gambie. Ses deux autres camarades, un couple, ne
comprennent pas le français ni aucun dialecte national. «Ils viennent de
la Guinée-Bissau.»
Il est 11h 21mn devant le carrefour de la Rts.
Un groupe de femmes mendiantes se dispute à haute voix. Daba, la
quarantaine révolue est dans tous ses états. Et pour cause, une équipe
de reportage tentait de l’interroger. «Prend ton enfant qui pleure au
lieu d’insulter les gens», lui conseille ses camarades. «J’en ai assez
des bavardages alors que personne ne nous aide», s’insurge-t-elle avant
de jeter un regard de soupçon. «Il est inutile de nous saluer. Vous êtes
un policier ? Nous ne bougerons pas d’ici. Sinon où allons-nous avec
nos enfants ?» Jadis très fréquenté par des mendiants, les allées Papa
Guèye Fall sont aérées. Néanmoins, l’atmosphère reste polluée par le gaz
carbonique et le bruit des pots d’échappement des voitures.
De
l’avis d’un mécanicien établi dans un coin de la rue dont le mur est
noirci d’huile usagée, la mesure du gouvernement a découragé beaucoup de
quémandeurs non-handicapés. Pourtant, ils ne sont pas les seuls
occupants de cette voie publique. Les marchands ambulants s’entassent
devant les échoppes et les entrées de la gare Petersen. Au menu,
vociférations sonorisées, marchandage, accélération des véhicules. Le
trafic est dense sous un ciel menaçant. Les enfants talibés se faufilent
à travers la foule.
A quelques mètres du camp Faidherbe, de grandes
dames squattent les rues à la recherche d’une offrande. «J’étais une
domestique. Mon patron m’a virée depuis que j’ai un enfant», regrette
Assa, une Malienne de 18 ans. Sa compagne, Aïssatou Dianké, dans un
wolof laborieux, explique les raisons pour lesquelles, elle fréquente
la rue : «Lorsque je suis tombée enceinte, mon mari est décédé. Et j’ai
accouché de jumeaux que je ne peux pas entretenir.» A l’Hôtel de ville,
des enfants rasent également les murs sous le regard de leur maman.
Dans un dénuement crispant, ils attendent le petit geste matériel ou
financier d’un passant.
Par Birame FAYE
biramefaye@lequotidien.snCet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Dernière mise à jour : ( 26-08-2010 )