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ESP: Le revers et l'envers du 'salon du polytechnicien'.
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Arouna BA
Arouna BA est un sénégalais par l'histoire et par la géographie. ex étudiant en physique-chimie à l'UCAD et logisticien stagiaire à CAP Dakar. Il rédige des chroniques pour le site http://www.avenue221.com et anime le blog S3:Science-Société-Sénégal promu par la radio Rfi (http://www.aronts3.mondoblog.org). Sa conviction est que le rôle du scientifique n'est de toujours pantouffler au laboratoire . Il doit pouvoir éclairer la lanterne de la population sur des questions qui cernent et concernent son domaine. 
Par Arouna BA
Publié sur 06/22/2010
 
L’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar (ESP) fait partie, sans conteste, des meilleures  écoles d’enseignement supérieur du Sénégal. Le 17 juin dern...

ESP: Le revers et l'envers du 'salon du polytechnicien'.

L’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar (ESP) fait partie, sans conteste, des meilleures  écoles d’enseignement supérieur du Sénégal. Le 17 juin dernier, à l’occasion de leurs journées culturelles, les techniciens et futurs ingénieurs ont voulu mettre en exergue leur savoir et savoir-faire en présentant leurs travaux qui, il faut le dire, étaient de haute facture technologique.  Cependant, lors de ce ‘salon du polytechnicien‘ comme ils l’appellent, beaucoup d’entre eux ont vibré au rythme des fautes et des erreurs, à la limite gravissimes, qui peuvent sérieusement entacher la crédibilité de cette école.

           Des réalisations ingénieuses et pertinentes

Chaque département a eu à exposer, dans des stands, ses inventions avec, aux commendes, des étudiants qui expliquent et réexpliquent aux visiteurs leurs réalisations.

Le département de Génie Electrique a présenté une magnifique maquette montrant la gestion automatisée d’un passage à niveau. Deux barres installées au niveau du croisement se relèvent et  se rabaissent de façon automatique lors du passage du train grâce à des capteurs installés sur les rails.  Ceci permet d’ouvrir ou de fermer la voie routière. Sous le même stand, une autre maquette représente la réalisation de feux de croisement  sur une avenue par la technologie câblée. Juste à côté, une charmante demoiselle explique le principe de fonctionnement d’une horloge numérique que les élèves-ingénieurs ont eux-même conçue.

Les étudiants du département de Génie Civil nous ont présenté les plans d’un grand bâtiment qu’ils ont réalisé sur papier et dont le coût est estimé à un peu plus de 300 millions de francs Cfa. Les informaticiens, quant à eux, ont créé des sites web interactifs pour les pensionnaires du campus  avec beaucoup de rubriques dont ‘’Esp TV’’ qui permet la visualisation de conférences, de certains cours et autres manifestations.

A côté, les étudiants en Génie Télécommunication ont inventé des jeux par sms, des serveurs vocaux... tandis que ceux du département de Génie Electromécanique ont réalisé un petit four solaire qui a d’ailleurs servi à préparer du thé sur place grâce à l’ensoleillement relativement important du jour.  

Les chimistes se sont intéressés, pour certains, à la production d’eau de Javel  à partir de l’eau de mer et, pour d’autres, à la production d’alcool à partir de mangues mûres.

Il s’agit, pour cette dernière, d’extraire la chair de mangues, la broyer, la filtrer puis la distiller. Le distillat est ensuite enfermé dans un fût avec de la levure ensemencée au préalable par du saccharose. Il se produit ainsi une réaction biochimique (fermentation) qui dégage du dioxyde de carbone (CO2) qui est récupéré dans une bouteille d’eau. Le produit obtenu est distillé dans un ballon et on obtient,  au final, de l’éthanol de formule chimique CH3-CH2-OH ou simplement C2H5OH.

         Des bêtises étonnantes et détonantes

Les fautes les mieux partagées ont été les déchets et légèretés dans l’expression. Beaucoup d’étudiants ont passé la journée à torturer la langue de Molière. Senghor a dû se retourner 1000 fois dans sa tombe ce jour-là. Mais le plus grave et le plus surprenant a été d’entendre certaines absurdités de la part de ceux-là qui sont considérés comme la crème des bacheliers scientifiques du Sénégal.      

Dans le stand des chimistes, par exemple, lorsque nous avons demandé la formule de l’éthanol, notre interlocuteur répond: « C’est le CH3COOH », ce qui n’est pas vrai car cette formule est celui de l’acide éthanoïque. Quelques minutes plus tard, son binôme rectifie: « C’est plutôt le C2H5OOH ». Ceci est absurde. Cette formule n’existe même pas  dans le jargon des alcools.  

A la question de savoir le devenir du dioxyde de carbone dans l’eau, il répond: « Il se transforme en H2O2 (eau oxygénée)», ce qui est absolument faux.  En effet, dans l’eau, le dioxyde de carbone réagit pour donner de l’acide carbonique (H2CO3).

Par ailleurs, dans la présentation du four solaire, un étudiant affirme que le verre qui recouvre le socle fait converger les rayons solaires vers un même point.  C’est  là une grave erreur. Un simple verre n’a jamais fait converger des faisceaux lumineux. Cette propriété est plutôt attribuée aux lentilles convergentes comme les loupes, par exemple.    

Tous ces impairs ont été commis, pour la plupart, par des étudiants de niveau DIC1 (3èm année d’étude). Si, à un tel niveau, des fautes de ce genre se répètent dans une école d’ingénieurs, il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir et le devenir de la science au Sénégal.

 

·         Arouna BA

·         Etudiant en Physique-Chimie à l’Ucad

·         aronts2e@yahoo.fr/774280975