Le mal pernicieux que j’ai toujours craint et dénoncé a encore frappé mercredi dernier sur la route de Thiès. Bilan : plus de dix morts et une cinquantaine de blessés, sans compter les dégâts matériels inestimables. Ces bus que j’ai toujours appelés « les bus de la mort » ont encore fait d’innocentes victimes sur l’axe Diamniadio-Thiès. Cette dernière catastrophe est encore plus pénible pour moi, car elle a emporté mon grand ami Moustapha Kamal Fall, le
talentueux présentateur d’émissions religieuses de la RTS puis de RFM.
Quelle perte pour la communauté mouride! Quelle perte pour le Groupe Futurs média ! Kamal faut-il le rappeler fut un vrai frère pour moi. Il fut un fidèle inconditionnel du distingué Serigne Mbacké Sokhna Lo (que Dieu soit satisfait lui et de notre ami Moustapha Kamal Fall). Cela dit, revenons-en aux « bus de la mort », ces vieux tacots qui, contrairement aux bus Pullman sûrs, beaux et confortables que les professionnels du transport touristique offrent aux usagers, sont de véritables tombeaux roulants. Je parcours l’axe Diamniadio-Thiès-Diourbel-Touba depuis plusieurs années sans crainte majeure. Mais voilà que depuis l’arrivée massive de ces vieux bus réformés et indésirables sur les routes d’Europe et qui en dépit de leur état de délabrement avancé sont utilisés au Sénégal pour le transport public de voyageurs, la route est presque quotidiennement jonchée de cadavres et inondée de sang. Il m’arrive très souvent, à
bord de ma 4X4 Pajero, de rouler à 100 km à l’heure  sur l’axe Thiès -Diourbel et de me faire dépasser vivement par un de ces bus comme si je ne roulais pas du tout. Ces mêmes bus traversent impunément les agglomérations de Khombole, Bambey et Diourbel à tombeau ouvert.
Plusieurs accidents se sont déjà produits dans la Commune de Diourbel du fait de ces poids lourds conduits par des bambins écervelés, inconscients et incompétents. Au départ, tout le monde s’était réjoui de la présence de ces bus qui semblaient pouvoir remplacer avec bonheur les 508 plus connus sous le nom de Ndiaga Ndiaye et les Super ou cars rapides. Malheureusement, la plupart des propriétaires de ces véhicules achètent en Europe un vieux bus, l’introduisent au Sénégal, le rafistolent sommairement en prenant soin d’y installer des échelles, un porte-bagage, des sièges supplémentaires de fortune tout cela pour augmenter le nombre de places et de passagers et gagner plus d’argent. Ces propriétaires véreux ne se rendent pas compte qu’en agissant de la sorte, ils rendent leur bus instable et
hors norme, donc dangereuse et difficilement contrôlable. Ainsi, ils s’empressent de se faire délivrer des documents administratifs d’origine souvent discutable, embauchent un marmot d’une vingtaine d’années, un jeunot immature, ignorant et indiscipliné et l’installent au volant du mastodonte, avant de le jeter sur les routes de notre pays, sans mesurer les conséquences tragiques d’un tel acte qu’on pourrait qualifier sans se tromper, de criminel. La vérité est
que la plupart des propriétaires de véhicules de transport en commun préfèrent recruter des étrangers peu exigeants sur leurs émoluments ou des bambins inconscients et bêtes simplement parce qu’avec ce type d’employés, ils peuvent se permettre de payer des salaires de misère, sans cotisation de retraite ou de sécurité sociale, plutôt que d’embaucher des chauffeurs mûrs, sérieux, expérimentées bien formés.
Par ces comportements irresponsables, certains propriétaires de bus ou d’autres véhicules de transport public, sont les véritables commanditaires de ces meurtres programmés d’innocents passagers qui empruntent ces moyens de transport. À mon avis, ce sont ces propriétaires les vrais assassins ! C’est à eux qu’il faut s’en prendre. Ce sont eux qui doivent être tenus pour responsables. Quand vous empruntez ces bus ou autres Ndiaga  Ndiaye, soyez sûrs que
dans quatre-vingt-dix pour cent des cas,  vous aurez le malheur de tomber sur un véhicule sale, mal entretenu, conduit par un chauffeur incompétent, indiscipliné et ignorant. Ce chauffeur sera souvent entouré d’« apprentis »encore plus impolis, indisciplinés et parfois
très violents. Comme si tout cela ne suffisait pas, ces apprentis trouvent toujours le moyen de s’accrocher derrière les bus quand bien même ce genre de posture acrobatique, inutile et dangereuse n’est pas prévu pour ce type de véhicule. Qui donc arrêtera ces bus de la mort ?
Ce sont d’abord les passagers eux-mêmes qui très souvent se laissent traiter comme des moutons sans réagir, sans protester, sans s’opposer !
Ils se contentent naïvement dédire « Yalla baax na » (Dieu est grand).Ainsi, la plupart d’entre eux finissent leur voyage au cimetière par la faute d’une bande de malfaiteurs (propriétaires, conducteurs et apprentis) uniquement guidés par l’appât du gain facile. Qui donc
arrêtera les bus de la mort ? Ce sont les propriétaires de ces véhicules dangereux qui sèment le deuil et la désolation dans les familles et partout où ils passent. Ce sont ces patrons qui installent au volant de ces engins de la mort, des bambins incompétents, indisciplinés et inconscients. Ils peuvent arrêter le massacre s’ils le veulent ou s’ils y sont contraints par la force des lois et règlements. Qui donc arrêtera les bus de la mort ? C’est vous autres
dirigeants des syndicats de transport terrestre. Votre rôle ne doit passe limiter principalement à réclamer des faveurs, des concessions et des droits ou à organiser des grèves. Au nom de l’éthique et de l’orthodoxie syndicale, vous avez l’obligation morale d’éduquer,
d’informer et de sanctionner vos membres fautifs quand ils mettent en péril leur propre vie ou celle dessuâtes usagers de la route. Qui donc arrêtera ces bus de la mort ? Ce sont également les autorités détentrices du pouvoir républicain qui doivent filtrer et sélectionner les véhicules aptes à transporter des voyageurs ainsi que les conducteurs autorisés à les conduire. Oui, c’est bien une obligation de l’État de faire appliquer les lois et règlements de la République en la matière. Il s’agira de prendre des mesures préventives en plombant les systèmes d’accélération de ces véhicules afin de limiter leur vitesse à 80 km/heure et empêcher ainsi les conducteurs inconscients, de rouler à tombeau ouvert au risque de parsemer la route
de cadavres ou d’y verser gratuitement le sang d’innocentes victimes!
L’Etat à l’obligation régalienne d’assurer par tous les moyens, la sécurité des citoyens. Pour terminer, je voudrais affirmer que c’est un devoir de haute portée civique pour tous les patriotes dignes de ce nom, de se mobiliser avec détermination, pour mettre fin aux pratiques
de ces professionnels du gain facile, afin qu’ils arrêtent d’envoyer nos parents et nos amis à l’abattoir, avant de nous y envoyer à notre tour, si nous n’y prenons pas garde. Enfin, que l’on arrête à jamais, d’accuser Dieu le Clément et le Miséricordieux de nous ôter la vie de
manière aussi violente, aussi absurde et aussi brutale! Qu’on arrête de nous tympaniser avec des « Yallaa kadogal » (c’est la volonté de Dieu). Dieu n’a pas besoin d’un vieux bus et d’un conducteur stupide et incompétent pour nous rappeler à Lui. Car à Lui nous appartenons et à
Lui nous retournerons. (Inna lillaa hi wa innaa ileyhi raajioune).
Moumar GUEYE 
Écrivain
E-mail : moumar@orange.sn