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Sortie de l’Union des Conseillers des Affaires étrangères du Sénégal.
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Pape Sadio Thiam
Journaliste, titulaire d'une maitrise en sociologie de l'Université Gaston Berger de Saint Louis et d'un Diplôme d'études en journalisme communication  
Par Pape Sadio Thiam
Publié sur 04/10/2010
 
Pour une diplomatie plus ouverte et moins exclusiviste.
 Le débat au sein du bureau politique a été très vif ; des ténors du parti
m’ont attaqué pour avoir responsabilisé....

Sortie de l’Union des Conseillers des Affaires étrangères du Sénégal.
Pour une diplomatie plus ouverte et moins exclusiviste


« Le débat au sein du bureau politique a été très vif ; des ténors du parti m’ont attaqué pour avoir responsabilisé des jeunes professionnels pour m’aider à conduire la diplomatie ; ils pensaient qu’il fallait nommer des militants du parti pour occuper des postes de responsabilité, mais j’ai réussi à convaincre Senghor  qui est un visionnaire lucide sur la nécessité de préserver la diplomatie des clivages partisans (…)».

Cette confidence de Me Doudou Thiam, Premier Ministre des Affaires étrangères du Sénégal indépendant, évoquée par le diplomate Amadou Diop,dans son ouvrage intitulé : « Sénégal repères et grandeur d’une diplomatie » renseigne sur le fait que le patronage, les cooptations politiciennes, comme pratiques courantes ont malheureusement toujours rythmé la marche de l’administration sénégalaise.
Sous ce rapport, sans remettre en cause la sacralité des revendications de l’Union des Conseillers des Affaires étrangères du Sénégal (Ucaes), après sa violente sortie contre le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères,
Me Madické Niang, largement relayée par la presse sénégalaise, ces derniers jours, et sans prétention aucune, il nous a paru utile d’apporter notre part de réflexion dans ce débat d’une importance qui n’échappe à personne. En
effet, la jurisprudence mise en place par Senghor et maintenue par les ses prédécesseurs à la tête du pays et les hommes en charge de notre diplomatie consistant à réserver aux diplomates de carrière les deux tiers des postes
d’ambassadeurs et le tiers à des personnalités ayant la formation, le cursus et la pratique nécessaires méritent une profonde remise en cause à l’heure de la mondialisation. Cela appelle une utilisation rationnelle et intelligente du personnel diplomatique. Pour la mise en œuvre de sa politique étrangère, le Sénégal a souvent investi des politiques doublés d’une forte personnalité, mais aussi des diplomates professionnels formés à bonne école. De Me Doudou Thiam, André Guillabert, Alioune Badara Mbengue,Amadou Karim Gaye, Coumba Ndoffène Diouf, Assane Seck, Babacar Bâ, Moustapha Niasse, Ibrahima Fall, Seydina Oumar Sy, Djibo Leyti Kâ, Me Jacques Baudin (avant alternance au Dr Cheikh Tidiane Gadio et actuellement Madické Niang,tous ces chefs de la diplomatie sénégalaise sont venus avec leur stratégie propre, directement tributaire des sensibilités intellectuelles de chacun.
Certes, ses éléments là ne modifient pas fondamentalement la trajectoire initiale de la politique extérieure du pays. Quasiment chacune de ces personnalités a marqué à sa manière,  la conduite du département des affaires étrangères, en  imprimant à la conduite de notre diplomatie une marque personnelle, un style et des retouches adaptés aux intérêts stratégiques du Sénégal, dans le contexte considéré. Il est juste de rappeler qu’elle revient comme leitmotiv, à chaque fois qu’un nouveau Ministre prend les rênes de ce département si stratégique. A l’ère de la mondialisation, l’utilité des diplomates ne dépend plus (seulement) de la qualité de leurs contacts, voire de leurs compétences linguistiques et de leur présence active sur le terrain. Les nouveaux diplomates ont aussi bien de capacités à parler commerce et économie, à identifier des sources d’investissements, et à vendre les produits et services sénégalais tout
aussi bien que nos politiques. La diplomatie, qui naguère visait le rapprochement entre les peuples pour surtout favoriser la coopération et la coexistence pacifique, a fait sa mue en allant chercher, au-delà de ce cadre classique et traditionnel, de nouvelles opportunités d’échanges multiformes.
De plus en plus, la plus grande partie du travail au niveau des appareils diplomatiques est consacrée à des thèmes autrefois identifiés comme relevant strictement de la compétence “nationale” ou intérieure : santé publique,lutte contre la criminalité, intégration etc. De fait, il est de plus en plus difficile de cloisonner les stratégies nationales à la seule dimension de politique intérieure. Sous ce rapport, une application au pied de la lettre “du quota de 2/3  au minimum des postes de chefs de missions à des diplomates de carrières », comme semble le suggérer l’Union des Conseillers
des Affaires étrangères du Sénégal ne risquerait t-elle pas de priver notre diplomatie de compétences dont elle a grandement besoin ? S’il est risqué de répondre par l’affirmative à cette question, il est au moins permis d’ajouter que les ministères des Affaires étrangères ne sont plus les seuls à opérer aujourd’hui sur la scène internationale ; la nature de leur travail est même plus que jamais interministérielle. La compétence interculturelle reste un atout majeur dans l’action diplomatique. Si l’on veut défendre les intérêts nationaux de manière efficace et entretenir un réseau de relations fiables, la connaissance de l’échelle des valeurs et de la structure sociale du pays en question est indispensable.  Pour négocier avec un Etat étranger,par exemple, il faut savoir comment sa société fonctionne et communique. Des aspects que les diplomates dits professionnels ne sont pas seuls à maîtriser. C’est connu, il est des cultures dans lesquelles l’utilisation du « non » est inhabituelle. Si on l’ignore, on a peu de chances d’interpréter
correctement la réponse de son interlocuteur. Le diplomate doit savoir interpréter les cultures et les mentalités des différents échiquiers et politiques, économiques, ce qui requiert une formation adéquate. Comme le disait l’homme politique et diplomate américain Henry Kissinger, Secrétaire d’Etat sous administrations Richard Nixon puis Gérald Ford, la politique extérieure n’est pas un séminaire de logique abstraite ; négliger les réalités culturelles et psychologiques, c’est construire sur du sable. Ce qui est vrai hors des frontières nationales l’est aussi à l’intérieur. Dans des pays francophones,  s’impose plus que jamais, la révision de la formation des diplomates pour y inclure l`accès à une maîtrise parfaite de la langue anglaise devenue un critère indispensable de performance dans les
relations extérieures. Dans un contexte de négociations internationales ou dans le cadre de la prévention et de la gestion des conflits, il est indispensable de pouvoir recourir à des personnes, qui évoluent hors du giron de la diplomatie, mais qui ont la capacité de jeter des ponts entre les cultures.De ce fait, les diplomates sont de plus en plus amenés à collaborer avec des experts qui ne sont pas forcément des diplomates comme eux. L’augmentation du nombre des acteurs et donc des partenaires potentiels, rend la tâche du diplomate plus complexe que jamais.  La
politique étrangère n`est plus dessinée par les seuls diplomates.
L`internationalisation croissante des dossiers renforce également celles des autres ministères.
Dans le cadre européen en particulier, les diplomates sont en concurrence réelle avec certains de leurs collègues de plus en plus nombreux issus des ministères de l`économie ou de l`agriculture. Certains instituts spécialisés disposent également de moyens et de chercheurs dont l`analyse des dossiers rivalise avec celle des hauts fonctionnaires des
Affaires étrangères.

  
Pape Sadio THIAM

Journaliste Cabinet Enjeux Communication

thiampapesadio@yahoo.fr

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