L'électricité et les ordures.
Ce n’est pas une métaphore pour faire allusion aux responsables de la gestion désastreuse de l’électricité dans notre pays. Ces dirigeants tordus, aux discours tordants qui pillent et gaspillent les milliards injectés par l’état dans ce secteur. Ces responsables aux salaires et passe-droits faramineux qui s’alternent à la Sénélec et incapables de nous fournir le courant alternatif de façon continue.
Il s’agit bien des ordures comme on en trouve dans le plus grande et la plus c célèbre poubelle du Sénégal : Mbeubeuss. Et c’est pour dire qu’avec une montagne d’ordures, on arrive à produire du courant électrique de plusieurs kilowatts de puissance par des techniques simples.
Eh oui ! Ce n’est pas une chimère encore moins de la fiction. D’ailleurs, dans certaines villes en Afrique comme Casablanca, Tunis, Marrakech, Douala, Abidjan ou ici même à Dakar avec la décharge de Mbeubeuss, des projets de ce genre sont en cours d’étude. Et c’est pour s’inspirer de ce qui se fait dans la décharge de Payatas à Manille aux Philippines où des ingénieurs ont pu, grâce à cette montagne d’ordures, créer du courant électrique qui alimente les quartiers des alentours.
En effet, les ordures en décomposition dégagent un gaz très polluant : le méthane, de formule chimique CH4. Ce gaz, sous une certaine pression, peut servir de combustible pour faire tourner des alternateurs afin de produire du courant.
Dans la décharge de Payatas, les techniciens ont enfoui près de 60 tubes à plus de 20 mètres de profondeur pour ressortir le méthane. Le gaz fait tourner une énorme turbine placée à une centaine de mètres de la décharge et reliée à un alternateur. L’installation produit ainsi 250 kilowatts et la production devrait s’accroître jusqu’à 500 kilowatts. Selon les experts, il y aurait suffisamment de méthane pour produire 1 mégawatt de courant pendant 10 ans, ce qui serait très avantageux pour le pays.
Ce système de reconversion des déchets en source d’énergie présente des avantages certains sur le plan environnemental. Le méthane étant un gaz à effet de serre toxique, sa récupération avant qu’il ne se répande dans l’atmosphère participe grandement à la lutte contre le réchauffement climatique.
L’exploitation de la décharge de Mbeubeuss ne serait alors que bénéfique pour le pays. Et un projet est en cours d’étude à cet effet depuis l’année dernière.
Cependant, nous ne pouvons pas manquer d’être dubitatif quant à la concrétisation du projet en raison de la propension des pouvoirs publics à ne rien faire pour encourager ces types d’initiatives. De plus, une grande opacité entoure la gestion du secteur de l’énergie du pays. En effet, ce n’est un secret pour personne, la Sénélec est gangrénée par des maux que sont les marchés de gré à gré, les surfacturations, les détournements… Selon un ancien premier ministre sénégalais, l’importation de combustible qui devait relever de la responsabilité de la Sénélec est laissée entre les mains de politiciens affairistes qui font des bénéfices sur le dos de la population. En outre, la mauvaise gestion financière permet tous les abus et tous les détournements dans une totale nébuleuse.
Au vu de tous ces dérapages, nous disons qu’en réalité, il n’est pas exagéré de dire qu’au Sénégal, l’électricité est gérée par des ordures.
Arouna BA
Etudiant en Physique-Chimie à l’Ucad
aronts2e@yahoo.fr