Le Général Sékouba Konaté réputé par son calme aurait poussé, le vendredi 12 mars
2010,  une colère qui fait « La Une » des médias dont la presse en ligne. Et pour
cause ?
Depuis le 15 janvier 2010, date des Accords de Ouaga, une lueur d’espoir s’est
substituée en Guinée à des années de désespoir, de douleurs, de souffrances, de
meurtres, de vols et de viols qui ont culminé le 28 septembre 2009.
Civils et militaires sont comptables, à des degrés divers, de ces maux qui ont sapé
les bases du développement économique et imposé un système de pouvoir antipathique à
toute idée de démocratie dans notre pays.
Maintenant que la délivrance pointe à l’horizon, que l’espoir renaît, une catégorie
de personnes voudrait, une fois de plus, réduire à néant le rêve de notre  peuple.
 Leurs motivations ne sont pas très difficiles à cerner. Elles sont en grande partie
enracinées dans les habitudes politiques cinquantenaires de pouvoir personnel,
ethnocentrique et dictatorial qui a été instauré en Guinée.
Le seul tort de Sékouba Konaté, c’est sa ferme volonté de  rompre  d’avec  le passé
et sa détermination à inscrire notre pays dans le concert des nations
démocratiques.  C’est tout naturellement que certaines personnes perçoivent une
telle perspective comme une menace de leurs intérêts, de leur statut et, peut- être,
au- delà. Pour s’en faire une idée, je renvoie tout simplement à la série
d’articles que j’avais publiés en janvier- février 2010 : « L’Equation  guinéenne :
La fin des faucons ou celles des modérés ? »
J’avais conclu l’un des articles en ces termes : « Nous devons, en tant que
Guinéens, nous atteler à résoudre de la manière la plus lucide, la plus paisible et
la plus consensuelle possible, notre équation » que j’avais perçue comme une
variable à plusieurs inconnues.
Partant de là, je vais  énumérer, sans forcément les analyser, les raisons qui
poussent certaines personnes et groupuscules à vouloir anéantir le processus
enclenché par le Président de la transition et Président de la République. Avant
tout, il faut savoir que ceux qui sont soupçonnées de complot ne sont pas, loin s’en
faut, de simples anti- Konaté. Ce sont des nostalgiques qui ont une opposition
farouche et épidermique à tout changement. C’est cela qui expliquerait, sans les
justifier, leurs agissements. A cela s’ajoute la déroute que la démarche de Sékouba
leur a infligée.
 
Sékouba Konaté  a scellé à ses risques et périls les Accords de Ouaga du 15 janvier
2010. En un laps de temps, il a honoré  les priorités qu’il s’est fixées. A savoir :
 La mise en place du Gouvernement de Transition et du Conseil National de la
Transition (CNT). Le désengagement du CNDD de la politique et la neutralité du
gouvernement dont celle du Premier Ministre face aux élections présidentielles. Il
ne manque aucune  occasion pour faire comprendre qu’il ne reculera pas.
 
Pour couronner le tout, il a fixé la date du Premier Tour des Présidentielles. Tous
ces actes, à la fois audacieux et patriotiques  et qui fondent la démocratie
ébranlent, à n’en pas douter, les durs de l’armée mais aussi les frustrés civils de
l’ère Dadis. Apparemment, il y en a qui ne lui pardonnent pas d’avoir écourté leur
plongée dans les fastes du pouvoir. Leurs frustrations d’ordre personnel ou
politique sans dote doublées de relents ethnocentriques ne pouvaient qu’attiser leur
rancœur. Si ce n’est leur haine.
 
La fermeté affichée par Sékouba  d’aller de l’avant en respectant ses engagements
l’expose à plus d’un risque. Mais ce n’est pas l’homme en tant que tel qui est
menacé, c’est la nation toute entière. En effet, toute tentative de remise en cause
du processus de démocratisation de la Guinée est suicidaire. Doublement suicidaire
car, le peuple ne laissera pas faire. Pire encore, la paix sociale en voie  de
reconstitution ne se fissurera pas uniquement. Elle se fendra et implosera. C’est la
nation qui s’en trouvera lourdement, durablement, profondément et tragiquement
affectée. Cela doit être compris par tous.
Conscient de cela, j’avais écrit, dans la série d’articles citée ci- haut : «Les
accords de Ouaga ouvrent une voie nouvelle qui permet aux faucons du CNDD de faire
un mea- culpa honnête, patriotique et humain. » Je dis qu’il est encore temps.
Qui pourrait nier que Konaté s’est montré consensuel ?  N’a- t- il pas dit, même si
le propos est à certains égards discutable : « Parfois, il vaudrait mieux préférer
la paix à la justice ? » Je pense qu’il s’adressait plutôt aux personnes qu’il
indexe aujourd’hui qu’aux Guinéens eux- mêmes. Qu’il avait déjà perçu la résistance
au changement de certains officiers et hommes de troupe.
Quoi qu’il en soit, le moment n’est plus aux redites, aux hésitations, aux
revirements et autres show. Le nouvel homme sorti des rangs de l’armée guinéenne,
cette armée longtemps décriée par le peuple, semble être déterminé à prouver
qu’ « il ya bel et bien parole de soldat et parole de soldat. » Mieux, les deux
paroles ne se réduisent pas au même dénominateur commun. Bref, il semble être décidé
à ce qu’on dise désormais en Guinée « c’est du Konaté. » De toute évidence, cette
démarche politique n’est pas partagée par certains hommes en kaki.  Par conséquent,
il est temps que des actes forts et concrets soient posés pour réduire dans l’œuf ce
qui se tramerait contre Konaté et le peuple de Guinée. Il incombe :
1 Aux forces vives hommes et à tous les leaders politiques de profiter de leurs
assemblées générales pour cultiver encore plus l’esprit civique. Ils doivent
veiller, en cette aune de la campagne présidentielle, à ce que cet exercice
démocratique ne dérive en attaques personnelles et en luttes ataviques. Plus
clairement ethnocentriques. Ils doivent expliquer à leurs militants et
sympathisants le principe de l’adversité politique dans la courtoisie et le respect
des valeurs de la République. Ils doivent comprendre que tout dérapage pourrait
servir de prétexte aux nostalgiques d’une certaine époque pour déstabiliser l’Etat.
2 Le gouvernement et les autres institutions républicaines, comme le CNT, ont le
devoir de sensibiliser le peuple de Guinée sur les enjeux liés aux élections. Les
uns et les autres doivent attirer l’attention des citoyens sur les risques qui
pèsent sur la démocratie par les agissements néfastes de personnes ou de
groupuscules revanchards et anti- démocratiques.
3 L’armée guinéenne dans sa composante républicaine, celle qui a compris la
nécessité du changement démocratique, doit se montrer résolu à suivre la démarche de
leur frère d’arme. Elle doit comprendre que ce qui se joue dans les casernes et
autres maquis des bas- fonds de la capitale et ailleurs n’est pas un simple problème
militaro- militaire. Il s’agit d’une question nationale qui engage l’avenir de tout
un peuple.
4 Le devoir incombe à tout Guinéen d’être vigilant et d’appuyer non pas Konaté en
soi, mais la voie  historique  qu’il a tracée pour notre pays. Cela est d’autant
plus nécessaire que l’homme ne s’est pas montré, du moins jusqu’à présent, avide de
gloire, de titres ronflants et de mamaya. Bien au contraire. Il est resté sobre et
toujours modeste comme nous l’avons tous aperçu à la télévision guinéenne. Dire
cela, justifierait très certainement à ce que mes redoutables amis me taxent de
« pro » ceci ou cela. Piètre erreur !
En dépit de tout, je crains que le Général Sékouba ne soit obligé de joindre des
actions conséquences au discours ferme. Des mises en garde qu’il ne soit forcé de
passer aux sanctions afin de sauvegarder l’intérêt supérieur de la nation.
A nous tous Guinéens, j’attire, sans aucune arrière pensée de soutenir un pouvoir
militaire pour lequel nous avons lutté, j’attire donc notre attention sur la
nécessité d’être vigilant et réactif face à d’éventuels manœuvres de remise en cause
de nos acquis : le départ de Dadis et l’organisation d’élections libres et
transparentes pour une Guinée démocratique. Donc, ne prenons pas l’alerte de Sékouba
à la légère !
A nous tous, patriotes, défenseurs de la démocratie et plus que jamais engagés pour
la paix et le bien- être de notre peuple, je vous livre cet adage qu’un jour me fit
ma chère maman du haut de ses 90 ans : « Lorsque l’halène des agneaux se mélange à
l’odeur des hyènes, il faut être très prévenant, adroit et prompte pour sauver son
troupeau. » Entendons par- là, chacun d’entre- nous a le devoir de penser à la
meilleure façon de défendre non pas Sékouba Konaté uniquement, mais la nation en
tant que telle.
Enfin, cette première colère du Président de la République doit être un sédatif pour
les récalcitrants. Au cas contraire, une thérapie s’imposera. La prophylaxie
  envisagée par le Général Sékouba lors de sa visite au Camp Alpha Yaya dissuadera
plus d’un  candidat à l’aventure. Du moins, je l’espère !Lamarana Petty Diallo     
lamaranapetty@yahoo.fr