Stratégies de sortie de crise financière : Le dilemme des politiques monétaires non conventionnelles.
- Par Journal Walfadjri
- Publié 03/12/2010
- Economie
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Journal Walfadjri
Quotidien d'informations du Senegal.
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En réponse au ralentissement rapide de l'activité économique mondiale, les principales banques centrales des pays développés avaient engagé depuis 2008 des mesures de politiques monétaires non conventionnelles pour enrayer les faillites bancaires et apporter une solution à la crise financière. Ces mesures ont été mises en place pour accompagner le système bancaire international dans ses excès. Et, maintenant que la crise financière semble se dissiper peu à peu et qu’il ne reste plus que la crise économique à gérer, le démantèlement de ces politiques monétaire non conventionnelles s’impose. Mais, pour Pierre Gruson, docteur en économie, qui a inauguré hier à Dakar le cycle de conférences à caractère économique et social de Bordeaux management school (Bem) Dakar, il faut sortir de ces mesures de manière graduelle de façon à soutenir les marchés sans le redémarrage de l’économie mondiale. Gruson pense en effet que l’on doit démanteler ces politiques monétaires non conventionnelles avec précaution et beaucoup de prudence. Il ne serait pas bien de les démanteler très tôt, ni très tard. ‘Le faire trop tôt, c’est casser une croissance très fragile et le faire très tard, c’est laisser se développer une inflation qu’on aura trop de mal à développer’, soutient-il.
Avant d’ajouter : ‘Les banques centrales vont naviguer sur plusieurs écueils sur un chemin très étroit. Il faudra accepter un peu d’inflation qui sera le signe de redémarrage de l’économie. Et à mesure que les anticipations d’inflation vont s’éveiller, resserrer aussitôt le robinet’, explique-t-il. Ce qui, à son avis, ne sera pas facile d’autant que les décisions des autorités monétaires mettent plusieurs mois avant de les répandre dans l’économie et que l’inflation vient très vite.
Interrogé sur l’avenir de l’économie, en particulier les risques d’inflation qu’il voit venir, Gruson estime que l’inflation est la conséquence assez prévisible de ces politiques monétaires non conventionnelles. Car, selon lui, la crise économique et financière a laissé cette fois-ci des traces très profondes. ‘Dans les précédentes crises, on nous disait que des investisseurs avaient perdu. Cette fois, nous tous, nous avons perdu et j’espère que les banques centrales ont bien perçu le message et qu’il faudra réguler. Je crois qu’on a trop laissé les institutions financières s’équilibrer d’elles-mêmes et le système s’est emballé. On veut réguler certains marchés qui ne l’étaient pas, on veut renforcer les contrôles’, note-t-il.
Et dans cette période de sortie de crise, beaucoup se sont posé la question sur la nouvelle mission du Fonds monétaire international. Mais, pour Gruson, il ne faut pas déplacer toute la responsabilité de l’assainissement de l’économie au Fonds monétaire international. ‘Ce que nos Etats et nos banques centrales ont du mal à faire, il ne faut pas imaginer que le Fonds monétaire international y arrive d’un seul coup. C’est nous-mêmes qui devons porter la volonté de réguler’, pense-t-il.
Cependant, au niveau de l’espace de l’Union monétaire ouest africaine (Uemoa), Ousmane Wade, professeur d’économie soutient qu’au niveau de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), la chance est que ‘nous ne sommes pas très exposés aux produits à l’origine de la crise. C’est pourquoi, on est un peu épargné par la crise financière. Secundo, nous sommes épargnés grâce à la structure de financement de notre économie. Nous, notre économie a une structure de financement par crédit bancaire alors qu’ailleurs c’est le financement par les marchés financiers. Et la crise qui a éclaté a été immobilière, est devenue bancaire, puis boursière et finalement financière.
Elle a donc plus touché les marchés financiers. C’est ce qui a expliqué que lorsque le taux d’intérêt a baissé jusqu’à 0 aux Etats-Unis et 1 % en Europe, nous, on est toujours resté à 3 % au niveau du taux d’intérêt directeur’. Raison pour laquelle il pense que le moindre mal qu’on va accepter, c’est l’inflation.
Seyni DIOP
