Dans la presse parlée comme à l’occasion des discours et autres communications en langue nationale wolof, les fautes de langage foisonnent!Cela donne le vertige ! Cela écœure tous les pratiquants et défenseurs dela langue de Kocc Barma Faal. J’espère que mes amis alpoularen, Diolas,Sarakholés et Mandingues ne subissent pas les mêmes
épreuves que moi enentendant certaines personnes parler leurs languesrespectives. Quandl’Etat du Sénégal à mis en œuvre une politique de promotion des languesnationales depuis plusieurs décennies déjà, j’avais applaudi en me disant «enfin nos langues nationales ne vont pas mourir ».
Mais voilà que depuisquelques temps, je suis pris de rage et de désespoir face à la désinvoltureavec laquelle le wolof est parlé ou écrit dans la quasi totalité desmilieux de la communication, en particulier dans les radios et les télévisions de la place.Je peux d’ores et déjà dire sans ambages que j’accuse les patrons de lapresse parlée de ne rien faire pour
arrêter le massacre et de laisser faireceux qui torturent le wolof à travers les ondes des radios et télévisions du pays.

J’accuse les patrons de la presse parlée dans la mesure où je sais que dans toutes les rédactions de journaux en français, il y a toujours un correcteur chargé de veiller au bon usage du Français. Mais pourquoi bonsang ! dans la
même logique, les radios et télévisions n’embauchent presquejamais un homme ou une femme pour corriger le wolof truffé de fautes, de contre sens et d’inexactitudes de certains présentateurs de ces organes depresse ? Exaspéré
par ce wolof urbain, médiocre, créolisé, je devrais dire «toubabisé », il m’est arrivé à plusieurs reprises et en toute amitié detéléphoner, d’envoyer un SMS ou un mail à un (e) journaliste pour le/la corriger et lui suggérer le terme approprié. À ma grande désolation, lejournaliste en question fait souvent fi de mes remarques et continueallègrement dans son erreur.
Et pourtant, s’il s’agissait de la langue deMolière, ces mêmes journalistesne se seraient pas permis autant de libéralité et de légèreté. À titre d’exemple, il m’est arrivé d’envoyer un SMS à une présentatriced’une radio de la place pour lui faire savoir qu’elle commettait trop defautes sur les articles wolof. En effet, elle répétait de manièreintempestive « mbir gui »ou « mbir googou » au lieu de « mbir mi » ou «mbir moomou ». La présentatrice en question m’a répondu sans gêne : «Dieu sait que je fais des efforts mais je n’y parviens pas ! » Depuis lors, j’aiarrêté de lui faire des suggestions.  Un autre journaliste ne semblait pasconnaître la traduction de « pirate » qui n’est rien d’autre que « addukalpé ». Les exemples sont inépuisables ! J’ai entendu l’un d’entre euxdire à l’antenne :
« saxaar si » (la fumée) alors qu’il voulait dire «saxaar gui » (le train).Dans la langue wolof, l’usage inapproprié d’un article, peut changer totalement le sens d’un mot ou la nature de l’objet visé. En effet, quandon dit « xar bi » cela signifie un récipient en bois, pour le wolof de ToroBèye ou de Thilmakha. Si l’on veut parler du mouton, il faudrait alors dire: « xar mi ». Seuls les articles ont changé.L’usage d’un terme ou d’un article inapproprié se traduit souvent par une faute grave.C’est ce qui se produit avec le terme souvent usité, maisimpropre comme :«gnou ngui lène di jaajëfël » pour traduire l’expression «nous vous remercions » que le wolof authentique exprime par le terme « gnoungui lène di gërëm di lène santt » ou bien « am nguène jaajëf » ou «thiantt ak ngërëm gneel na lène » ou « am nguène jaaraama ».
L’expression«gnou ngui lène di jaajeufeul » qui semble vouloir dire littéralement «nous disons jaajëf pour vous » et non « nous vous disons «jaajëf »  estreprise par la plupart des présentateurs en wolof, or il ne correspond pasà l’expression usitée en wolof traditionnel. Il peut être rapproché auxtermes « gnou ngui lène di défal », « gnou ngui lène di démal», « gnoungui lène di ligeeyal» » En réalité, « Jaajëf » est une expression d’encouragement à un acte ou un travail qu’on lance à un ouvrier ou unpaysan à la tâche : « Jaajëf waay !!! » a-t-on coutume de dire dans le Cayor et le Ndiambour et la réplique est « jaajëf sa walle ».
Cela ne veutpas dire forcément « Jërëjëf » un mot qui veut dire tout simplement « merci». Un autre exemple est celui qui consiste à dire à l’antenne: « gnou nguilène di jox dox dajé » au lieu de « gnou ngui lène di dig jokko »  pourdire « nous vous donnons rendez-vous à l’antenne». Dans cette expression iln’est pas question de rencontre physique «dajé» mais d’une relation par laparole à travers les ondes radiophoniques ou par téléphone entrel’animateur ou le journaliste et ses auditeurs. Donc, il s’agit bien de «jokko » ou communication à distance par la radio ou le téléphone et non de« dajé » (rencontre physique entre deux ou plusieurs personnes). Ainsi, leterme approprié est « Gnou ngui lène di dig jokko ».Un autre terme impropre est utilisé pour traduire le mot « sport ». Ils’agit de l’expression « taggatt yaram ». En vérité, taggatt veut dire en wolof entrainer une personne, pratiquer la culture physique ou dresser unanimal dans le but d’accomplir des performances hors du commun. Le mot sport devrait donc logiquement se traduire en wolof par « jonganté cikattan ak mën mënu nitt ». C’est long mais c’est cela.

J’accuse les patrons de la presse parlée car même si je considère que l’aide à la presse devrait être augmentée, j’estime qu’une bonne part desfonds qui leur sont alloués, devrait essentiellement servir à améliorer leniveau et
les performances des journalistes et autres animateurs de l’audiovisuel.
Cela est d’autant plus nécessaire que quand un journaliste commetune faute,par la puissance de l’onde radiophonique, il fait la publicité et la promotion de cette faute et tout le monde à tendance à dire pareil.
Quand un journaliste fait une faute et persiste dans l’erreur, l’auditeur ou le lecteur non averti a tendance à l’imiter et cela peut entacher la pureté d’une langue et contribuer à sa déliquescence.
A l’instar des membres du Corps de la Paix américain qui fournissent l’effortnécessaire et arrivent en quelques mois à parler correctement lewolof, le poular, le diola et autres, les sénégalais de l’audio visuel quiont choisi le wolof ou les autres langues comme outil de travail, devraient s’inspirer de cet exemple afin de maitriser cet outil là.

Pour terminer, je voudrais féliciter particulièrement, lesprésentateurswolof comme Ndiaya Diop, Sophie Ahodécon, Elhadj Assane Guèye,Diègo Mbaye,Reine Marie Faye, Oustaz Alioune Sall, Ibrahima Ndiaye Mame Yaxi
Laalo,Khadim Samb, Abdoulaye Lam et Pape Dioukhané qui à mon avis et avec l’aided’experts de la langue de Kocc tels que Cheik Aliou Ndaw, leProfesseurSakhir Thiam, Marouba Faal, Aram Faal et Younouss Dieng,
pourraient parfaitement aider les jeunes journalistes qui présentent des émissions en wolof, à se bonifier, à condition, bien entendu, que les autorités chargéesde la promotion des langues nationales y mettent les moyens et que lespatrons de la presse et leurs jeunes employés aient l’humilité de tenircompte des critiques qu’on leur fait et fassent le minimum d’effort tout eninterrogeant sans relâche ceux qui parlent le vrai wolof.

P.S. Pour aider à la lecture, certains mots wolof n’ont pas
respectél’orthographe conventionnelle.

Moumar GUEYE
EcrivainE-mail : moumar@orange.sn