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Le jardin du Sénégal
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Sénégal Tribune
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Par Sénégal Tribune
Publié sur 02/17/2010
 
«Conseiller le Prince ce n’est pas lui dire qu’il est un nouveau Dieu – il ne vous croirait pas – mais lui dire ses convictions, ce qui paraît utile pour le pays ; lui dire ce qu’on croit être juste, vrai, même si on se trompe : un Prince éclairé peut être « offusqué » par ce genre de Conseiller, mais l’appréciera en son for intérieur, plus que les flagorneurs, plus que le Conseiller larbin, duplice et dissimulateur»

Le temps de dire…
Le jardin du Sénégal

«Conseiller le Prince ce n’est pas lui dire qu’il est un nouveau Dieu – il
ne vous croirait pas – mais lui dire ses convictions, ce qui paraît utile
pour le pays ; lui dire ce qu’on croit être juste, vrai, même si on se
trompe : un Prince éclairé peut être « offusqué » par ce genre de
Conseiller, mais l’appréciera en son for intérieur, plus que les
flagorneurs, plus que le Conseiller larbin, duplice et dissimulateur».
Conseiller ! Parlons-en ! Vanité des vanités, selon l’ecclésiaste. Sénèque a
conseillé Néron ; Aristote a été précepteur d’Alexandre le Grand. Je ne suis
ni Sénèque, ni Aristote et le Président de la République ni Néron, ni
Alexandre de Macédoine ».

Hamidou Dia

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Le temps de dire…

Mon cher professeur. Car j’ai eu l’honneur, naguère jeune étudiant en philosophie, en ta  docte compagnie, de revisiter mes dérisoires croyances et de refonder la totalité de mon univers conceptuel. L’exercice fut douloureux et pour me convaincre de continuer, je me pinçais jusqu’au sang vif pour sourire. En vérité, je n’étais pas seul. Nous étions une assemblée d’hommes postés à la porte du destin qui attendions un signe du temps. Aujourd’hui comme hier nous sommes frappés de stupeur devant la puissance de ta pensée. L’image que nous aimions convoquer était celle du Palamède d’Elée en extase devant son père adoptif. Zénon et Parménide deux figures séminales de la pensée fondatrice de la modernité. L’Un et le Multiple pour l’un, la Dialectique pour l’autre et une farouche volonté d’extirper la doxa de la vérité immaculée. Les paradoxes, exhumés par un Aristote dans sa « Physique », poursuivent la labeur du temps. Nous vécûmes la fascination et la peur devant un géant comme toi. L’immensité et la diversité de ton savoir  poussaient nos esprits sur les voies qui ne mènent nulle part. Je ne suis pas laudateur, et tu le sais très bien. J’habite, dans un courage sublime et indestructible, mes convictions religieuses, politiques, éthiques et amicales. Les traces que je laisse indélébiles sur les papiers de l’histoire témoignent de ce courage. Dans ce pays qui s’appelle le Sénégal, un géant  de la pensée doit être honoré pour ce qu’il est : un sage homme capable de faciliter l’accouchement des êtres enceints de concepts. Permets-moi, cher professeur, de reprendre l’allégorie socratique de l’accouchement des idées. L’essence de notre culture, structurée autour de notions claires comme la générosité, la grandeur, le culte de la vérité et l’abnégation ordonne une telle attitude, celle-la justement qui est traversée de fond en comble par la vérité, c'est-à-dire l’adéquation des faits à la pensée, le latin dirait : «  adéquatio intellectus y res. » Je taquine le latiniste en toi. Bref je donne mes cartes, je les abats sur la table de l’histoire.
En lisant la lettre, par toi écrite, adressée à Abdou Latif Coulibaly, encore une fois, je sens reverdir en ce pays les forêts touffues de la pensée. Naguère, tu l’as dit, elles étaient  décharnées, squelettiques et virevoltant au gré des vents froids de l’intérêt immédiat. L’absence de feuillage accentue le côté pittoresque de ces arbres nus. Mais, pour reprendre le mot du maître de la Forêt bavaroise « quand croît le danger, croît aussi ce qui sauve ». Les penseurs nous bousculent hors du temps. Ils nous guident vers, et nous poussent à emprunter, les voies sinueuses des forêts où ne scintille que le courage de penser la pensée. Oui le courage de repenser l’oubli de la pensée, de revoir la guise de la pensée. Là où la déréliction cèle la pensée authentique. Hamidou, j’emprunte maintenant le péril amical, tu ne seras jamais Lucrèce devant un Epicure, fut-il grand. Me revient en mémoire cette phrase sublime sertie de dignité qui inondait notre univers : «  aussi grands qu’ils semblent, ils ne sont que ce que nous sommes : des êtres humains ». Nous nous adressions aux « maîtres de ce monde ». Et «  ils ne sont grands que parce que nous sommes à genou. » Je convoque mes poèmes de jeunesse. Lucrèce à son maître : « Quel génie peut chanter dignement un si noble sujet, de si grandes découvertes ? Quelle voix assez éloquente pour célébrer les louanges de ce sage dont l'esprit créateur nous a transmis de si riches présents ? Cette tâche est au-dessus des efforts d'un mortel. Car s'il faut en parler d'une façon qui réponde à la grandeur de ses ouvrages, ce fut sans doute un dieu : oui, un dieu seul a pu trouver le premier cet admirable plan de conduite auquel on donne aujourd’hui le nom de sagesse, et par cet art vraiment divin, faire succéder, dans la vie humaine, le calme et la lumière à l'orage et aux ténèbres ». Conseiller vous l’êtes mais point Lucrèce. Et le Président de la République point Dieu. Il est vrai que tu peux partager avec le poète épicurien cet assaut fascinant de l’amitié que Cicéron, bien que stoïcien et adversaire acharné d’Epicure, a loué en ces termes élogieux : « beaucoup d'épicuriens furent et sont encore fidèles en amitié. L'amitié était bien le fondement de la société épicurienne. » Epicure et Métrodore l’illustrent à merveille. Mais cette amitié qui est un lien fondamental, me semble-t-il, n’offusque en rien cette exigence de vérité qui fonde votre commune volonté de cheminer ensemble à travers les allées lumineuses et périlleuses du temps et du pouvoir. Le Président de la République et toi partagez cette impérative éthique qui place la vérité au dessus des jeux puérils de la politique politicienne. Le lieu de votre rencontre et les axes de vos échanges excluent la vaine vantardise. Vous le conseillez sur ce qui vous semble être le bon chemin, sur les chantiers idoines et sur les priorités axiales Conseiller, vous n’êtes d’aucun parti politique. Votre passé de co-fondateur d’un mouvement d’espoir, qui a pris depuis des lustres les voies de la caricature, vous sert de bréviaire et de stimulant. Exilé involontaire pour faits d’opposition politique, banni des rangs de la nation, vous rentrez au pays avec, dans vos baluchons, le cercueil de votre adversaire d’hier. Le poète t’a fréquenté dans les jardins de l’intelligence. Grandeur des grandeurs. Témoignage de l’histoire. Vous êtes seulement du bord de la Res Publica, la République : Le bien commun.
La République, ce principe fédérateur, l’Etat, en sa sacralité, la nation, la patrie accueillante, constituent les socles sur lesquels s’appuient tes actions.

La vérité comme chemin

Nous partageons, toi et moi, et ce depuis longtemps, ce principe Parménidien qui commande la distinction entre la vérité et l’opinion que l’on peut avoir sur un fait. Parménide, cet inventeur de l’ontologie, distingue l’Être de la Doxa qui signifie opinion. Vingt trois siècles plus tard, Souleymane Bachir Diagne, l’épistémologue, le maître de la logique, un géant fascinant, s’écria, face à la mer «  l’opinion ne pense pas ». Et cela est vrai. Hamidou, je me permets une petite digression. Face à l’insulte, à l’anathème, et aux injures de ceux qui n’ont rien à dire, sinon  que de se cacher derrière des cases des sites Internet, abusivement dénommées « opinions », où l’inintelligence et l’insolence s’accommodent du goudron de l’incurie, l’intellectuel, au sens latin du terme « intelligo » qui signifie celui qui pense, poursuit toujours sa quête. Il est comme ce fou du Théétète, qui, en plein jour cherchait la lumière. Il n’était point fou, mais montrait celle des hommes et des femmes de son époque.
Je n’ai, Professeur, pour ces gens-là que mépris, car ce sont là gens indignes de considération et de respect. Insultez, insultez petites gens simples d’esprit, le marbre de la vérité est là comme consolation devant le pitoyable de votre action. Les railleries de « quelques servantes Thraces » ont plus de dignité que les écrits de ces gens-là.
Je reviens à toi, cher professeur. Le débat intellectuel est diurne. Le penseur s’avance à découvert sans masque et sans fard. Le penseur porte en lui les germes courageux de sa posture méritée. Permets moi de te paraphraser : la parole du penseur n’est pas d’évangile ni d’essence coranique. Elle n’est pas dogme ou logos incontournable. C’est la parole courageuse d’un homme qui constitue ainsi son appréciation objective d’une situation donnée. Que sa parole soit insurrectionnelle, apaisante ou alarmiste, elle pointe vers l’horizon un monde de possibles, un monde possible. La vérité exige « le mépris de la mort » pour reprendre les propos de Zénon devant  le tyran. Tertullien, l’historien, en donne une illustration éternelle. C’est aussi Socrate face à la condamnation à boire la ciguë. Les larmes de Phénaréte ne purent étancher la soif de vérité de cet homme fondateur de la philosophie. Les grecs, nos aïeux spirituels ont pu réaliser de grandes choses du fait de l’harmonie de leur monde. Le bien, le bon et le beau étaient les mamelles de leur vie. Ces notions fondaient chez eux un cosmos, ce qui nous est refusé par la complexification croissante de notre monde et l’inauthenticité qui y règne en maître. De l’avis de Pythagore, le cosmos est « la beauté et l’ordre qui enveloppent l’univers » en raison de l’organisation qui y règne. Notre univers n’est plus régi par la beauté et par l’ordre. Il est attaqué, souillé et soumis à la loi de l’homme. De par sa posture dans le Da, le là de l’être, le Sein, l’homme devient un prédateur vorace face à un monde fini. Mais revenons au Sénégal dont le champ politique est devenu le lieu de toutes les dérives.

Le temps des dérives

Notre univers politique est tout simplement chaotique, les signes deviennent inintelligibles et les sens s’enfuient et se dérobent aux citoyens. Le débat politique n'est plus fait d’échanges de sens et de programmes mais  est une guerre de tranchées au cours de laquelle des armées se livrent une bataille sans merci. La cacophonie entretenue par la classe politique en dit long sur son incapacité à proposer un logos politique. Les réalités nous échappent et nous sommes à la quête de sens.
Ton texte plein d’humilité retrace et replace le débat politique sénégalais cannibalisé par des acteurs peu soucieux de la parole de l’autre. L’alter est un ennemi point un adversaire. L’alter, autrui, devient le prolongement de la haine viscérale que se vouent sans s’en soucier les membres d’une classe politique qui auront en cinq décades tout partagé. Le noyau dur de la classe politique aura partagé au cours de l’histoire les pourtours du Conseil de Ministres. La raison est simple, nous sommes dans le cas du serpent hégélien qui se mord la queue. Depuis que le Sénégal est entré par effraction dans le « continent » politique en 1910 avec la victoire de Carpot, nous vivons le traumatisme du clientélisme politique, des manœuvres de bas étage et des coalitions circonstancielles.  L’époque actuelle vit la caricature de ce schéma. De 1980 à nos jours, les mêmes acteurs se relaient aux postes de commande, tantôt au sein de l’opposition tantôt dans les cabinets aux lambris dorés. La raison du combat politique n’est plus la recherche du bonheur pour le peuple, mais elle est topologique, selon que l’on se trouve présentement dans les allées dorées du pouvoir ou dans les sentiers fielleux de l’opposition. Regardez autour de vous pour vous en convaincre. Convoquez un à un les noms des actuels leaders et la vérité de leur combat vous sautera au visage, chers citoyens. Abdou Diouf aura réussi à dénaturer et dépouiller toutes les idéologies de leur quintessence.  Nous sommes en janvier 1981, la passation de service est-elle effective entre les deux présidents que Diouf, conscient que la force d’une revendication réside dans sa clandestinité, déclare le multipartisme intégral. Alors sortent de terre toutes les formations qui auront vécu sous  Senghor la sanglante répression. Les enjeux sont déplacés et le combat devient uniforme. La taxinomie des partis politiques suit une ligne droite. Nivellement étrange de toutes les aspirations. Maoïstes, staliniens, libéraux, néolibéraux, socialistes, marxistes, royalistes peuvent cohabiter sans anicroche dans un cabinet présidentiel. S’ouvre alors le temps des gouvernements d’Union, de Majorité Elargie ou de Large ouverture, c’est selon. Abdou  Diouf suit son bonhomme de chemin en écrasant les aspérités. Sa chute viendra de son parti et non de l’opposition. Elle a pour parrains des hommes politiques portant les noms de Moustapha Niass et de Djibo L. Ka, les deux enfants de Senghor, les « héritiers légitimes ». Dans un mouvement de scission spectaculaire, ces deux hommes, des socialistes de lait pourtant, chantent la mort du régime.  Raison d’un tel fait : Ousmane Tanor Dieng, un énarque ayant suivi une formation de diplomate et ayant vécu sous l’ombre de Jean Colin, leur est préféré par le président Diouf qui se trouve aussi être le parton de la formation socialiste. Ousmane Tanor Dieng devient de facto le patron du Ps et, dans un mépris légendaire, pousse ses deux rivaux vers la sortie. Nous sommes au temps de la glorieuse de Tan’s team. L’Urd et l’AFP sont nées pour combattre le Ps opérant ainsi le premier parricide de l’histoire politique du Sénégal.
Ce qui est arrivé au Ps est survenu dans beaucoup d’autres formations politiques. L’idéologie n’étant plus le ciment, les aspirations subjectives transforment l’espace politique en une arène où tous les coups sont permis. Le Pds voit naître le PDS/R, le Bloc des centristes Gaïndé, le PLS, etc. La longue querelle de sigle entre le PAI et le PAI/ Sénégal est réglée. Le PIT est né pour laisser au PAI son sigle. La LD s’extirpe aussi des flancs du PAI. And Jef résiste depuis 1972, date de sa fondation, aux sirènes de la division. De mouvement de rassemblement de la gauche maoïste, trotskystes, etc. dans un premier temps, il finit, sous les assauts répétés des ambitions incontrôlables, par éclater en trois formations majeures : And Jef  « Decroix », And Jef « Landing » et Yonu Askan Wi de la bande à Madieye Mbodj. Au Sénégal, le parti politique devient l’hydre à plusieurs têtes. Ce même mouvement de scission se poursuit au Pds depuis la prise de pouvoir. Les ex-Premiers ministres créent leur parti politique. Idrissa Seck fonde Rewmi pour le dissoudre quatre ans plus tard dans le Pds. Macky Sall met en place l’APR Yakaar depuis sa démission et entre en adversité farouche contre le Pds. Les appels à la recomposition de la famille libérale sont restés lettres mortes. Auréolé de son score lors des élections locales du 22 mars 2009, Macky Sall se voit déjà un destin présidentiel. Mais a-t-il pris en compte la donne Benno ? Une brève incursion dans le champ touffu de la politique sénégalaise pour montrer que les alliances se jouent en fonction des intérêts immédiats. La preuve caricaturale est livrée par Landing Savané, Idrissa Seck et Macky Sall. Hier, ils adulaient le président Wade, aujourd’hui, à l’exception notoire d’un Idrissa Seck qui a rejoint les rangs fraternels, mais qui a connu un jeu subtile de Yo Yo politique avec des déclarations péremptoires, les deux autres tirent à boulets rouges sur le régime libéral. Loin de moi l’idée de juger de la valeur des conduites des uns et des autres, mais seulement sortir à titre d’exemple ces faits qui illustrent à merveille le traumatisme de la vie politique sénégalaise. Où est la vérité de ce qu’ils avancent à la face du monde ? La vérité peut elle être tributaire des circonstances ? De 2000 à 2009, Macky Sall et Landing ont été au cœur du système libéral. Idrissa Seck de 2000 à 2004. Subitement, du fait de leur sortie programmée ou non, ils vouent aux gémonies ce qu’ils adulaient hier.  Ils ont oublié le fait d’hier. La mémoire devient amnésique et sélective. Landing pousse le bouchon jusqu’à vouloir se faire le Zorro de l’opposition avec des sorties qui provoquent l’hilarité chez ces nouveaux amis. Déclarations incendiaires, positions antagoniques, tout y passe pourvu que Benno l’accepte. L’amour de Benno vaut bien des reniements.
Le problème de certains hommes politiques est de croire qu’ils ont en face d’eux le «laos » et non le « dêmos ». Le premier terme est associé à une foule ou à une masse sans organisation, sans conscience manifeste. Dans le second cas, il s'agit d'un ensemble organisé de citoyens.
Pour en revenir à Macky Sall, son principal problème est l’absence de machine électorale à sa disposition. L’APR Yakaar n’a pas encore la capacité de se muer en une machine électorale performante comme celles du PS et du PDSL. Sa posture au sein de Benno, où deux gros challengers se font une guerre larvée, n’est pas enviable. Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niass ne laisseront jamais Macky Sall devenir le leader et le candidat de Benno. Pour contrer Macky Sall, Ousmane Tanor et Moustapha Niass peuvent, chacun en ce qui le concerne, s’appuyer sur un cartel de « partis complémentaires (les PC) » comme les désignent les observateurs politiques. PIT, LD, RND, AND JEF « Landing », Yoonu Askan Wi, MSU, etc. Il s’agit de partis politiques qui n’ont jamais dépassé le seuil de 2 % des suffrages pour le PIT, le RND et le MSU et de 3 à 4 % pour la LD ou And Jef « Landing ». C’est là toute la question du leadership au sein
de Benno. Le risque est grand que cette alliance hétéroclite connaisse un sérieux revers. Il est normal alors que de jeunes requins, analysant froidement la situation, aiguillonnent leur chance : Khalifa Sall, Aïssatou Tall Sall, Madieye Mbodji, Cheikh Bamba Dieye, etc. Aux discours ambitieux des jeunes requins socialistes, répondent les deux affidés de Ousmane Tanor Dieng. Abdoulaye Wilane et Barthelemy Dias sortent rapidement de leur mairie pour fustiger leurs camarades de parti coupables de se poser aux travers du chemin de leur maitre. Des sorties médiatiques réglées sur du papier à musique. Ousmane Tanor Dieng a ses guérilleros, mon cher Khalifa. Le slogan des deux jeunots socialistes est « touche pas à Tanor.» Laissons un instant  les socialistes.
Le discours électoral de Benno est tellement embrouillé que les citoyens demeurent perplexes.
Jacques Seguéla note dans « La prise de l’Elysée », un livre coécrit avec Thierry Saussez, «qu’on élit un homme, pas un parti, mais jamais on est élu sans parti ». Poursuivant, il soutient que «  l’engagement d’une grande formation permet de s’appuyer sur une base politique, un noyau dur de l’électorat » Mais là où Benno risque d’avoir de sérieux revers se trouve dans sa difficile capacité à élaborer une stratégie de campagne électorale du fait de l’existence d’une armée mexicaine. Une telle formation, armée mexicaine, favorise l’émergence de nombreux enjeux de pouvoir qui l’emportent sur la créativité. La stratégie d’une campagne électorale est toujours définie et suivie par une petite équipe soudée. Le schéma est simple : la dynamique part du candidat et se transmet «  par capillarité à son équipe, puis se diffuse par tous les moyens de communication possibles ». La vérité est qu’une campagne électorale ne se joue pas sur la base de propositions vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises. Elle prend en compte la texture d’une société donnée. Et dans le cas de la nôtre qui est devenue consumériste, «  fluide, mobile » aux attentes contradictoires, aux humeurs changeantes avec des électeurs zappeurs, pour reprendre les mots de Séguéla, l’ami de Diouf, le bon candidat gère les paradoxes de la société pour les « rendre fertiles » et fédérer les attentes pour  « ne pas s’enfermer dans les contradictions ».

Wade ou la grande bataille

Le candidat Wade a trois atouts de départ. Une petite équipe soudée autour de lui, une formation politique dotée d’une puissante machine électorale et un réseau de partis politiques comme vecteurs de transmission. Me Wade est aussi le champion des campagnes physiques. « Personne ne peut être élue sans payer de sa personne, il faut s’y préparer tôt ». Et Wade s’est très tôt préparé à cette campagne électorale. Il est un virtuose de l’animation de campagne électorale. Il sait que celui qui gagne une campagne « trace sa route et ne se laisse jamais influencer ni décourager par les aléas » Il sait aussi pouvoir compter sur une bonne partie de l’électorat religieux traditionnel. Le danger, certes,  est grand de croire qu’une élection se joue sur un bilan, sur des réalisations. Une élection se joue sur l’espoir suscité. Une campagne électorale est régie par l’impératif de donner envie aux électeurs d’avoir
envie de voter pour vous.
Mais à côté de ses chances subsistent aussi des problèmes liés à la nature de son parti politique. Une formation politique minée par des querelles intestines que tente désormais de contrôler un Farba Senghor, responsable du Parti avec la bénédiction et le soutien de son mentor. La déclaration de la candidature de Me Wade a contribué à apaiser le climat délétère qui régnait au sein de son parti et à centrer le débat sur sa réélection. Pour le moment au sein du PDSL les ambitions se sont tues, mais pour combien de temps encore ? Le changement de sigle pour mettre fin à la vieille rengaine « du canal historique et des libéraux de lait ». Néo comme paléo militants ont les mêmes chances et les mêmes droits et dignités. Le critère dominant qui fera la différence entre les militants est la capacité de mobilisation des uns et des autres Les appels pour la réunification de la grande famille libérale trouvent des échos positifs chez certains, Idrissa Seck, Jean Paul Dias, Me Doudou Ndoye, Me Massokhna Kane, mais peinent à attirer d’autres comme Macky Sall, Me Alioune Badara Cissé, Moustapha Cissé Lo, Me Djibril War, etc.
Certes, des problèmes sociaux subsistent.  La charge de l’électricité qui pèse sur les épaules des ménages est élevée. Les prix des denrées de première nécessité ont connu une croissance rapide et fulgurante. Et la mouvance présidentielle peine à expliquer aux populations que la cause de tels faits est à rechercher dans les tribulations de l’économie mondiale troublée par les crises nées aux Etats-Unis, en bref, dans le monde occidental.
D’un autre côté, les rapports heurtés qui existent entre la presse et le pouvoir entraînent et créent une situation de méfiance réciproque. Comme disait l’autre, du fait de leur nature, pouvoir et presse entretiennent des équilibres instables.  Le chantier de Me Wade en 2010 sera de ramener la paix entre sa mouvance et la presse dans le strict respect des prérogatives dévolues à chaque partie prenante de la société. La presse,  cet enfant de la démocratie, trouve son essence dans la constitution qui garantit à chaque citoyen le droit à l’expression, à la liberté d’association, de presse, de réunion, etc. Pourquoi être aux portes du paradis
et griller sous le chaud soleil. Me Wade a largement contribué à l’essor de la presse sénégalaise au cours de son long passé d’opposant. Il lui est facile de trouver la solution idoine pour ramener définitivement  une paix durable entre sa mouvance politique et la presse. En opérant de cette sorte, le candidat de la mouvance présidentielle aura largement mérité par antonomase le titre de « Maître ».
Actualités d’un champ politique. Il nous faut réinventer la politique. Le ciel est vide pour reprendre Jean Paul Sartre. Il faut inventer à partir de soi, de notre commune histoire, un destin politique à transcrire au tableau du monde. Le Sénégal a connu de grands empires et de royaumes qui ont rayonné sur la face du monde avant le choc maudit de la traite négrière et de la colonisation.  Il nous faut réfléchir sur les formes d’organisation traditionnelle de ces ensembles au sein desquels régnaient la liberté d’expression, la dévolution démocratique du pouvoir et la notion importante de vertu. Osons dans un sursaut de dignité propulser la vertu au dessus de nos ambitions subjectives. Le salut ne tient plus aux injures, à la violence et aux anathèmes, il est dans notre capacité à interpréter les signes qui se profilent à l’horizon et qui, par la    puissance de l’espoir dont ils sont porteurs, nous mèneront vers l’ataraxie.

Abdoulaye SEYE

Journaliste