Strict Standards: Declaration of MySQLDb::LastId() should be compatible with Db::LastId($seq = '') in /home/sentribune/domains/senegaltribune.com/public_html/lib/mysqldb.php on line 29
Sénéga lTribune - contributions, revue de presse, opinions sur le Sénégal - http://www.senegaltribune.com
Ces humoristes qui polluent l’espace médiatique.
http://www.senegaltribune.com/articles/4720/1/Ces-humoristes-qui-polluent-lespace-mediatique/Page1.html
Pape Sadio Thiam
Journaliste, titulaire d'une maitrise en sociologie de l'Université Gaston Berger de Saint Louis et d'un Diplôme d'études en journalisme communication  
Par Pape Sadio Thiam
Publié sur 01/10/2010
 
C’est évident, aujourd’hui, dans la presse, les humoristes empiètent sur le journalisme et les journalistes en panne d’inspiration enfourchent sans gêne la trompette joueuse de l’humoriste.

C’est évident, aujourd’hui, dans la presse, les humoristes empiètent sur le journalisme et les journalistes en panne d’inspiration enfourchent sans gêne la trompette joueuse de l’humoriste. Les grands reporters, les grands éditorialistes, les journalistes d’investigations, les analystes chevronnés, sont tous submergés aujourd’hui par la présence intempérante d’une nouvelle race d’humoristes…!  Tout cela donne l’impression d’un cirque où le comique et le sérieux sont indistinctement confondus pour le salut de la médiocrité et de la stérilité intellectuelle qui est devenue la chose du monde la mieux partagée. C’est ainsi que le monde des médias est complètement assailli par n’importe qui, pourvu qu’il contribue, à sa façon, à la culture d’édification de mythes destinés à bannir la pensée. Dans un univers aussi corrompu que celui de la presse contemporaine, on ne doit par conséquent pas s’étonner que ces humoristes après  avoir conquis les esprits doux et méditatifs, il ne leur reste plus qu’à user de la simplification abusive et de l’atrocité verbale pour s’emparer d’un monde aussi désert en termes d’idées. Certain médias sont carrément devenus des temples de la vulgarité et du folklore, temples dans lesquels sont chassés la culture éditorialiste et les émissions culturelles qui nécessitent un minimum de culture intellectuelle. Dans la presse sénégalaise ce triste déclin de la pensée se manifeste par une sorte de virulence qui rappelle l’adage latin « occide peritu rus » Pire, la tendance observée au sein de cette classe d’humoristes qui sont devenus par la force des choses, des instruments de formatage de l’opinion, c’’est l’introduction dans l’espace publique d’expressions toutes faites, de formules stéréotypées et de concepts semi-savants pour mystifier tout esprit récalcitrant vis-à-vis de notre vision de la réalité. Sous ce rapport, quand des mécanismes intellectuels et des formules clinquantes font office de science et inondent l’univers mental des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, le désir de méditation et l’obstination dans la recherche de la vérité sont inhibés. Or, pour façonner l’opinion d’un pays, il faut avoir une culture solide et une humilité considérable, une grande capacité d’écoute, un sens élevé des responsabilités, une conscience du devoir que rien ne peut altérer, des valeurs morales d’équité, de respect de la vérité et de ses semblables. Dans le prosaïsme généralisé,  il n’est pas difficile de s’imposer comme une star : c’est l’avènement des humouristes-journalistes people qui abuse de sont statut pour caricaturer. Gustave FLAUBERT a sorti une sentence trop sévère au sujet de la presse mais qui mérite d’être analysée : « la presse est une école d'abrutissement parce qu'elle dispense de penser ». Ce réquisitoire est certes sévère, mais il n’est dénué de fondement, car de tout temps ceux qui ont des difficultés à penser par eux-mêmes ont trouvé chez cette cette nouvelle race de journaliste-humouristes des maîtres à penser. Il n’y a peut-être pas d’abrutissement par la presse mais il y a toujours endoctrinement or l’endoctrinement est le pire ennemi de la liberté de la pensée. La déconstruction de la réalité et sa substitution par les produits de la faculté fabulatrice de l’homme est une tendance aussi vieille que l’humanité. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs tout groupe humain, tout groupe socioprofessionnel, a besoin de ses mythes pour se valoir et pour lutter. Mais dans les nouvelles réalités médiatiques sénégalaises, soit, on construit des mythes destructeurs de la personnalité des « antihéros », soit on en construit qui « constituent » la personnalité des héros de la presse. Il y a dans l’espace public sénégalais des hommes devenus publics et jouissant d’une célébrité exceptionnelle uniquement à cause du pouvoir mystificateur de cette nouvelle race de maitres à penser. Ce phénomène est cependant loin d’être spécifique au Sénégal, la mort de la pensée rationnelle et du discours construit selon les exigences de l’argumentation et de la démonstration est évidemment forcément contemporaine à la naissance d’un esprit mythique qui a pris possession de tout l’espace démocratique. Dans un texte présenté au colloque « philosophie de l’Université et conflits des rationalités » qui s’est tenu le 06 Octobre 2008 à l’Université de Buenos-Aires, le philosophe japonais, Yasuo KOBAYASHI, jette  une lumière absolument édifiante sur les difficultés qu’on a aujourd’hui à penser en général et, en particulier, ce qui se rapporte à l’homme : « La pensée du système prédomine sur la pensée du sens. Le systématique empiète sur le sémantique. La technique opérationnelle devance la compréhension guidée ou conduite par la logique de l’immanence ». Nous avons une tendance instinctuelle à aborder les phénomènes les plus particuliers dans un esprit de système où ils perdent à la fois leur singularité et leur signification intrinsèque. Les processus de globalisation sont toujours dangereux parce qu’étouffant, ils ne laissent aucune chance à une analyse rigoureusement respectueuse des divers versants de la réalité. C’est dans ce sens qu’il faut d’ailleurs comprendre la culture de la mythification très répandue dans les milieux médiatiques contemporains. Pour s’empêcher d’affronter la vérité crue on préfère recourir aux mythes mystificateurs, soit pour galvaniser, soit pour discréditer une réalité gênante.  Le Président John F. KENNEDY a fait sur ce point une réflexion extrêmement féconde sur la nocivité du mythe : « Très souvent, l’ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, délibéré, manigancé et malhonnête, mais le mythe – persistant, convaincant et irréel ».

Pape Sadio THIAM

thiampapesadio@yahoo.fr

Tel : 76 587 01 63