Comme disait l’autre : «le malheur d’un peuple commence par le silence de ses écrivains».  Moi J’ai envie d’ajouter à mon tour : «à condition que ces écrivains ne racontent pas des inepties, des bobards et des contre vérités». Avant d’entamer mon propos, je voudrais prier Dieu le Créateur, afin qu’Il guide ma plume pour que la présente contribution qui se veut véridique, instructive et apaisante soit perçue comme telle.   

En suivant la controverse entre le Président Wade et l’Eglise catholique d’une part et celle qui l’oppose à certains dignitaires musulmans, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir non pas pour juger ou prendre partie, mais pour donner mon point de vue et rappeler quelques vérités liées à ce conflit d’interprétation et de compréhension.  

S’il est avéré que le Président Wade se serait senti frustré de n’avoir pas entendu le mot « merci » de la part des dirigeants de l’Eglise catholique de notre pays, après avoir réhabilité certains lieux de culte chrétien, il aurait parfaitement raison. Oui ! Il a bien raison. En effet, si l’on considère la culture religieuse du Chef de l’Etat, laquelle culture est essentiellement fondée sur l’Islam, il est aisé de comprendre et d’expliquer cette légitime frustration. Ceux qui maitrisent le saint Coran savent que selon les préceptes  islamiques,  le mot « Merci » ou « choukrane » en arabe, est très important. Il est recommandé de le dire à chaque fois qu’un individu ou une collectivité, reçoit un bien ou un  bienfait venant de Dieu ou d’une personne que le Créateur aurait mandatée pour exécuter ou transmettre ce bien ou ce bienfait. Dans le même sens, Dieu à travers le Coran a enseigné aux musulmans le principe suivant : « la inn chakkartoum la azidanna koum » (J’augmente mes bienfaits pour ceux qui me remercient). Un autre hadith ou enseignement du Prophète Mohamed (PSL) nous dit ceci : « mann lam yachkouri naassa lam yachkouri laaha  (point de remerciement à Dieu, sans remerciement à la personne qui a exécuté l’ordre divin). En considérant le simple cadre familial traditionnel, il est courant et normal qu’un père ou une mère dise « merci » à son fils ou à sa fille pour un banal service rendu. Personnellement, j’ai des enfants qui, après avoir partagé le repas avec moi, me disent toujours « merci papa », avant d’aller se laver les mains. Et pourtant, j’ai l’obligation morale de les nourrir, de les habiller et de les soigner. Dans le même sens, le deuxième Khalife général des Mourides Serigne Fallou Mbacké disait : « Merci est un petit mot mais quiconque fait du bien ou rend service à son prochain doit l’entendre car il exprime la reconnaissance et encourage les bonnes actions ». Voilà pourquoi à mon avis, le Président Wade est légitimement fondé à s’attendre à une marque de remerciement et de reconnaissance de la part de l’Eglise, même si véritablement, il n’a fait que son devoir du fait de ses hautes fonctions présidentielles. S’il est vrai comme le disait Mandela, qu’on ne remercie pas quelqu’un qui répare une faute qu’il n’aurait pas dû commettre, il est aussi vrai que selon l’islam, le mot « merci » doit être adressé à toute personne qui rend un service, quel qu’il soit.

Sous un autre registre, l’Eglise par la belle plume de l’Abbé André Latyr Ndiaye a très bien expliqué l’enseignement de la Sainte Bible quand il s’agit de dire « merci » à temps, en son temps à tout bienfaiteur. Nous n’avons aucun pouvoir ni aucune intention de commenter, encore moins de critiquer, les versets du Livre du Seigneur Jésus. La réaction de l’Abbé Ndiaye a été claire, nette et précise. L’Eglise a donc le droit de se conformer à son dogme et de réserver ses remerciements exclusivement à Dieu qu’elle considère comme étant le Seul à qui elle est redevable de marques de reconnaissance. Soit dit en passant, j’ai particulièrement aimé la maxime: « Le bien ne fait de bruit et le bruit ne fait de bien ». Elle traduit l’humilité et la discrétion en tout !

En ce qui concerne la volée de bois vert déclenchée par certains imams contre le Président Wade et la statue de la Renaissance Africaine, je reconnais comme tous les musulmans que les statues ne font pas partie de la culture islamique, parce que rappelant le fétichisme et l’idolâtrie à l’aube de l’islam. Les contempteurs de l’ouvrage n’ont pas manqué de condamner son coût supposé exorbitant. Ils semblent ainsi oublier qu’il ne s’agit pas d’une simple statue comme celle de Faidherbe à Saint-Louis, mais d’un véritable immeuble composé de la statue elle-même, visible à des kilomètres à la ronde, mais également de locaux  à usages utilitaires multiples. Cette œuvre d’art n’est donc ni « xérëm » comme le disent ses détracteurs, ni objet d’idolâtrie ou de culte, ni simple statue. Elle ne saurait en aucune manière, être considérée comme un symbole païen ! Au demeurant, ce monument, en véritable attraction touristique, artistique et culturelle va générer d’importantes recettes à l’instar de la Tour Eiffel à Paris et de la statue de la Liberté à New York. Voilà pourquoi, je ne comprends pas la raison pour laquelle les pourfendeurs du Monument de la Renaissance Africaine utilisent le mot wolof : « xérëm » qui signifie fétichisme ce qui implique ipso facto, la notion de culte païen ou d’idolâtrie. Cette caractérisation est donc incontestablement inappropriée et obscurantiste. Mon intime conviction est qu’elle ne pourra jamais influencer négativement la foi inébranlable des vrais musulmans. À titre d’exemple, nous avons à Saint-Louis, la statue du Gouverneur L. Faidherbe qui trône depuis plus d’un siècle à la place du même nom. Nous avons également le Monument aux morts de Guet Ndar en souvenir des tirailleurs tombés au champ d’honneur, durant les différentes guerres. Et pourtant, Saint-Louis fait partie des villes les plus religieuses de notre pays. Et Cheikhou Diouf, cité par Alpha Sy dans son nouveau livre (Imaginaire Saint-Louisien), nous le rappelle avec brio en ces termes : « Saint-Louis première cité européenne en Afrique occidentale, ancienne capitale du Sénégal colonial mais également métropole de la pensée et des échanges islamiques. Rares sont les érudits sénégalais qui n’ont pas foulé le sol de Saint-Louis pour y subir ou y parfaire leur formation dans tous les domaines de la connaissance ».  

  En dépit de la présence de ces statues au cœur de la « vieille ville française », la foi des Saint-Louisiens en Dieu et au Prophète Mohamed (PSL), n’a jamais été perturbée ou altérée. Elle s’est même renforcée avec la célébration annuelle du Magal des deux rakka de Serigne Touba, à l’ombre de la fameuse statue à la quelle les Saint-Louisiens tiennent toujours comme à la prunelle de leurs yeux !

En Egypte, pays musulman par excellence, les statues de sphinx dans le Dromos, celle de Toutânkhamon, de Ramses 2 et j’en passe,  trônent  encore sans jamais ennuyer les mosquées et les prières, sans altérer la foi des muftis ou déclencher une quelconque expédition punitive verbale appelant au lynchage de ces œuvres d’art de grande valeur culturelle et historique.

En Afghanistan, autre pays musulman, les statues géantes ont failli être dynamitées par les Talibans, mais la communauté internationale notamment l’UNESCO, s’est mobilisée pour s’opposer farouchement à la destruction de ce patrimoine de l’humanité.

Connaissant l’attachement de la grande majorité des sénégalais à l’islam et à son dogme, je sais qu’aucune statue serait-elle en rubis et en corail, en or et en diamant, ne pourra leur servir de référence religieuse sous quelque forme que ce soit. Il est donc inutile de verser dans la passion, le fanatisme et les interprétations discutables qui ont parfois des allures d’attaques politiciennes et crypto personnelles.

En vérité, je crains qu’en s’engouffrant dans cette logique d’intolérance, le parallélisme des formes et des principes amène ces détracteurs à faire interdire la photographie, les tableaux de peinture et les statues des églises dans la mesure où comme la statue de la Renaissance africaine, ces symboles sont également des reproductions d’êtres vivants. Même l’avion qui est également une reproduction de l’oiseau, un autre être vivant, pourrait tomber sous le coup de la fatwa. Tout cela me semble inimaginable, inacceptable et dangereux pour la liberté de culte, la démocratie et la paix sociale au Sénégal, en Afrique et dans le Monde!

À mon sens, après les sermons et autres échanges épistolaires, il n’y aura finalement ni vainqueur ni vaincu. En effet, chaque protagoniste avec des fortunes diverses, s’est légitimement adossé sur les fondements de sa religion et de ses croyances, pour camper sa position. En ma qualité d’observateur libre, je suis amené à me demander si le véritable combat des musulmans n’est pas ailleurs. Je me demande si le vrai combat ne devrait pas être la prise en charge des talibés et des maîtres coraniques par l’État, afin d’assurer une authentique éducation islamique, tout en mettant fin à la divagation des enfants livrés aux dangers de la rue et contraints à la mendicité ? Je me demande si le vrai combat ne serait pas la recherche d’une cohésion sincère pour mettre fin aux multiples prières de Korité et de Tabaski, preuve d’une dispersion des peuples de la Ummah islamique. Je me demande enfin, si le vrai combat ne serait pas la lutte pour la restauration de la peine capitale, afin de dissuader ou de punir tous ces criminelles devenus de plus en plus nombreux, de plus en plus téméraires et de plus en plus sadiques ?

Moumar GUEYE  / Ecrivain /
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