Une des dernières sorties du président de la République, contre l’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Moctar Mbow, reste encore gravée dans les mémoires, comme celles contre Jacques Diouf, Moustapha Niasse, Tanor Dieng ou autres membres de l’opposition, que Wade avait méprisés, jetant le discrédit sur leur formation et leurs diplômes. Si nombre de nos concitoyens ont peu apprécié les déclarations d’un président, qui refuse de prendre de la hauteur et qui semble avoir opté pour les querelles de bas étages, ajoutez-y son « écart de langage » dont la presse a fait état la semaine dernière, à l’endroit de la communauté chrétienne, sans mentionner les propos tenus sur la communauté mouride, qu’il instrumentalise à tort et à travers, il y a de quoi faire frémir, quant aux menaces qui pèsent sur la cohésion sociale.

Peut-être sans le vouloir, Wade s’est essayé, en vain, à remettre en cause les principes qui régissent la laïcité de l’Etat sénégalais, en faisant des amalgames volontaires constants, entre temporel et spirituel. N’eût été la sagesse ou la maturité du peuple, les braises sur lesquels il est en train de souffler auraient décimé depuis belle lurette, les cases des grands comme celles des tout-petits. En tout état de cause, Serigne Touba se passerait volontiers d’un talibé, qui affirme à la face du monde, avoir été, de son vivant, maçon dormant ou radié. Abdoulaye Wade qui interprète le Coran, c’est comme imam Mbaye Niang qui donne son avis sur le crémant et les liqueurs.

Nos braves journalistes auraient dû demander au président de révéler les noms des « cautions » (imams ?), qui lui ont naïvement fait croire, que la religion musulmane autorisait la construction de statues ou autres représentations de la forme humaine, même si la question n’est pas de savoir ce que l’Islam en pense, parce que la République n’a pas vocation à se subordonner au clergé, musulman ou chrétien. A moins que Wade ait requis l’avis de l’ « éminent » Bachir Kounta, un renégat new look, dont la volte-face dégoûte au point d’inspirer le mépris. De tels revirements n’ont rien d’étonnant sous l’ère Wade, où une bonne partie des symboles s’est effondrée, laissant sur sa faim une jeunesse en quête désespérée de valeurs et de repères, parce que chaque jour arrive avec son lot de traîtres et de courtisans, qui n’hésiteraient pas à baisser leur culotte pour ramasser des miettes. Heureusement encore, il y a des gens, pour qui, le mot honneur renferme encore un sens. Les représentants de la communauté musulmane, encore une fois, ont raté une belle occasion de montrer, que leurs confréries, comme leurs mosquées, savaient prendre de la hauteur, à l’instar de l’église catholique sénégalaise, qui a su démontrer à la face du monde, qu’elle ne saurait se prostituer ou se compromettre pour bénéficier des largesses du Prince, fût-il pour réclamer ce qui lui revient de plein droit. Voilà bien une réflexion qui devrait inspirer une communauté, dont certains de ses membres, voudraient réduire la religion à une simple gymnastique quotidienne.

Momar Mbaye
mbayemomar@yahoo.fr