Le ''némali'' en question
La saison froide s’est installée au Sénégal depuis quelque temps déjà.
Les nuits sont plus longues que les jours, le temps est gris, le
brouillard enveloppe l’atmosphère du crépuscule au matin et les
températures en fin de soirée deviennent de plus en plus basses. Durant
cette période, les femmes sénégalaises, avec leur arsenal de séduction
dignes d'une Fatou Laobé (il faut être sénégalais pour connaitre cette
chanteuse qui excelle dans la vente d'encens et autres ''salagn
salagn''), ont souvent recours à plusieurs types d'encens, notamment le
''némali'', afin de réchauffer les chambres et se débarraser des
mauvaises odeurs.
Pour brûler le "némali", les encensoirs électriques
ont certes fait leur apparition, mais la majorité des femmes font usage
du charbon de bois. Chaque soir, dans presque toutes les concessions,
le charbon de bois crépite dans des fourneaux ou des encensoirs à
l’intérieur des chambres parfois calfeutrées, ce qui provoque souvent
des accidents meurtriers. Il est même fréquent de lire dans les
journaux des faits divers relatant des cas d’intoxications qui en
résultent.
Pour mieux comprendre le problème, faisons un petit saut
dans l'univers de la chimie pour voir tout ce qui cerne et concerne la
combustion du charbon. Le charbon de bois est assimilable à du carbone
presque pur. Il brûle à l’air sans flamme ni fumée. Lorsque l’air
arrive en quantité suffisante, la combustion du carbone s’accompagne
d’un dégagement de gaz: le dioxyde de carbone communément appelé gaz
carbonique. C’est un gaz qui n’est pas toxique mais peut présenter des
dangers lorsqu’il se répand dans un local mal aéré.
Dans ce cas il se
substitut à l’oxygène de l’air nécessaire à la respiration. Il y a
alors un risque d’asphyxie quand sa teneur dépasse un certain seuil. Si
par contre l'apport en air s’avère insuffisante pour alimenter le
charbon, il se forme alors un autre gaz, incolore, inodore, sans saveur
et malheureusement extrêmement nocif. Il s’agit du monoxyde de carbone.
Ce gaz hautement toxique se mélange facilement avec l’air du fait de sa
densité voisine de celle de l’atmosphère. Sa présence est pratiquement
impossible de détecter sans instrument. Comment la fumée de l’encens
peut-elle devenir nuisible ? Durant cette période de froid, les femmes
ont la fâcheuse habitude de fermer hermétiquement les pièces à
l’intérieur desquelles un encensoir laisse échapper une odeur exquise
d’encens toute une nuit durant. Ceci empêche une bonne pénétration de
l’air. Et au bout de quelques heures, l’oxygène devient insuffisante
dans le local ce qui entraîne une mauvaise combustion du charbon. De ce
fait, une partie du carbone ne brûle pas complètement et conduit à la
formation du monoxyde de carbone. Le gaz ainsi produit continuellement
s’accumule et se mêle à l’air qui du coup devient très pollué.
La douce
fumée du ‘‘némali’’ devient alors pire qu’un poison. Même une faible
quantité de gaz présent dans la fumée peu entraîner la mort par
asphyxie en moins d’une heure. Les effets d’une intoxication au
monoxyde de carbone varient en fonction de la durée d’exposition et la
concentration de gaz. Selon les spécialistes, la personne intoxiquée à
faible dose ressent des maux de tête accompagnés de vertiges et de
nausées. Au petit matin, elle a des sensations de fatigue, une
faiblesse des jambes et une tendance à la somnolence. Une teneur un peu
plus élevée entraîne des troubles de la vue et une perte de
connaissance qui conduit au coma. Et en l’absence de soins, la mort
survient inexorablement.
Pour prévenir les risques d’asphyxie il faut
surtout insister sur l’aération des pièces en cette période de
fraîcheur. Etant donné que la production de gaz est inévitable lors de
la combustion du charbon de bois, une bonne aération des locaux permet
un apport d’air suffisant et une évacuation des gaz qui se forment vers
l'extérieur. Cela dit, les premiers symptômes cités plus haut ne sont
pas à négliger car le danger est là, imperceptible certes, mais bien
réel.