L’Afrique et les négociations de Copenhague sur les questions d’environnement
Aux négociations de Copenhague sur les questions environnementales, l’Afrique réclame réparation parce qu’elle est moins pollueuse et, pendant ce même temps, elle souffre le plus des conséquences de la pollution.  Voilà un argument qui pourrait bien tenir.

Cependant quand les officiels africains se targuent de parler d’une seule voix, pour une fois, à la conférence de Copenhague, ils omettent (dans le sens anglais du terme) de parler de leurs propres responsabilités dans la pollution globale.  En effet, dans aucun pays africains l’on ne voit des mesures de régulations de contrôle de la pollution, si elles existent, appliquées.  Pour illustrer combien il est illusoire de tout simplement déclarer « l’Afrique pollue moins » je prends l’exemple d’une course automobile.  Imaginez, une course et qu’au départ de cette course, il y a des compétiteurs qui ont des bolides de Formule 1, d’autres des voitures qui ont été « dopées ».  A cette même compétition, les africains participent mais au lieu de voiture, ils ont des ânes.  Il est évident que le premier sera celui avec la voiture de Formule 1 et le dernier l’africain avec son âne.  On aurait donné à ce même africain la voiture de Formule 1, non seulement il aurait gagné la course mais il pourrait même faire mieux que le pilote de la voiture de Formule 1 parce que ne s’encombrant de respecter les règles.  Ceci me permet de dire qu’en Afrique, nous polluons autant que nous pouvons.  La pollution par le dégagement des gaz des voitures est une parfaite illustration de ce que je viens d’énoncer.  Il est connu, l’Afrique regorge de guimbardes qui dégagent des quantités énormes de gaz.  Ces guimbardes passent allègrement les visites techniques qui pourtant devraient vérifier, entre autre, les niveaux de dégagement de gaz dans l’atmosphère.  Il en est de même pour les industries qui se soucient plus de leur marge bénéficiaire que d’un environnement sain et ne sont nullement inquiétées.  Ceci est d’autant plus vrai que l’une des principales motivations des multinationales pour délocaliser en Afrique ou dans d’autres pays sous-développés est le laxisme qui prévaut dans ces pays en matière de contrôle ou d’application des régulations environnementales.  Il serait donc intéressant d’étudier le degré de pollution de l’Afrique par rapport à ses capacités.  L’humble conclusion que je tire de cette argumentation est que l’Afrique est moins pollueuse parce qu’elle n’a pas les capacités de polluer plus, son industrie n’étant pas si développée que ca.  En valeur nominale, nous polluons moins, mais en valeur relative c’est à dire quand on fait le rapport entre notre taux actuel de pollution et notre capacité de générer des déchets polluants dans l’atmosphère, nous, africains, sommes les plus pollueurs au monde.  Ce qui est plus grave c’est que nous n’avons aucun souci de l’environnement.  Il n’est que de rappeler le scandale des déchets toxiques en Cote d’Ivoire ou plus récemment la découverte de résidus d’huile de moteur dans l’eau courante aux HLM de Dakar, Sénégal.

Aujourd’hui nous demandons aux pays occidentaux, où des politiques hardies de diminution des taux de pollutions sont inlassablement menées, de nous allouer des sommes en guise de « réparation » par rapport aux conséquences de la pollution globale.  Il est certes vrai que ces occidentaux ont pendant des décennies polluer l’atmosphère de sorte à créer cet effet de sphère que nous décrions tant.  Il est vrai que la puissance de pollution des industries occidentales ont très largement contribué (elles sont peut être les seuls responsables) aux problèmes environnementaux globaux que nous subissons ici en Afrique.  Il faut quand même admettre qu’il est aussi vrai que ces mêmes occidentaux ont eu le mérite de procéder à une analyse de leurs rôles dans ces problèmes et d’adopter avec plus ou moins de bonheur des mesures correctives.  En Afrique, il ne nous passe pas à l’esprit de faire ces efforts.  Il y a un manque notoire de politique de sensibilisation et d’éducation environnemental pour des remises en cause ou des changements de nos comportements.  

Ces sommes de « réparation » si les africains réussissent à se les faire allouer aux négociations de Copenhague, vont-elles contribuer à régler le problème ?  Tant que les gouvernants africains, les leaders d’opinion africains, les éducateurs africains, les organisations africaines ne se décideront à travailler dans le sens d’un changement de comportements des africains sur les questions environnementales, le problème demeurera entier.  Peut-être que ces sommes de « réparations » devraient servir à mener des politiques d’éducation environnementales.  Peut-être que ces sommes serviront à financer ou renforcer les opérations de contrôle de l’application des mesures environnementales restrictives.  Si c’est le cas, nous applaudirons.  Autrement, cet argent risque de contribuer à exacerber le problème.  En effet, qu’est-ce qui empêcherait l’utilisation de cet argent à créer ou subventionner des industries pollueuses, à importer les machines obsolètes et pollueuses que l’occident déverserait volontiers chez nous ?  

Il est donc important que les africains acceptent et reconnaissent qu’ils sont des agents pollueurs aussi et qu’il est temps de changer les comportements des africains.  Cette reconnaissance devrait être le pre-requis à toute allocation de sommes de « réparation ».  Dans la lutte contre la dégradation de l’environnement chacun doit jouer sa partition et ne pas se limiter à demander des subsides.  Se limiter à demander des « réparations » aboutirait à ne rien faire à son niveau et pire, cela amènerait à tout faire pour que la situation persiste.  De ce fait, il est dangereux de se satisfaire du fait que nous sommes les moins pollueurs.  

En outre, il est temps que nous, africains, cessions de voir en toute négociation d’ordre global des opportunités de recevoir des subsides ou de réclamer des réparations.  Nous ne pouvons pas baser notre développement sur des subsides ou réparations.  En fait en procédant ainsi nous nous positionnons, non en partenaire dans les négociations, mais tout simplement en quémandeur.  Mais cela est un autre débat que je ne développerais pas ici.


Sidy M. Cissé
Baltimore, USA
simoctar@yahoo.com