C’est un dimanche en fin de matinée qu’il a débarqué à la rédaction. Le mot n’est pas trop fort, car Malick Ndiaye alias « Fara Thial Thial », pour les férus de théâtre, connait presque par cœur les recoins de la cour du Soleil. Il cite ses différentes publications et plusieurs noms de journalistes de l’astre qui ont suivi sa carrière d’artiste. C’est très décidé donc, une pile de vieux numéros de publications du Soleil sous le bras, qu’il est venu nous parler de sa nouvelle pièce « Waslu Akh », une dramatique évoquant le fléau des malades mentaux errant dans la société, laissés à eux-mêmes. Un téléfilm passé le dernier mardi du mois de mai et la semaine suivante sur la Rts1 et dont le casting a réuni la danseuse Ndèye Guèye avec des comédiens chevronnés comme Lamine Ndiaye, Souleymane Ndiaye, Daniel Lopy, etc. Scénario qui fait suite à « Li mou saf », réalisé en 2003, « Waslu Akh » a été monté grâce à des fonds propres. « Après cette première diffusion sur la Rts1, je suis en train de discuter pour la vente du produit en cd. Ce n’est pas encore finalisé et j’espère que les pirates ne nous précéderons pas... », ironise Malick Ndiaye. Le visage caché derrière ses lunettes, il distribuait dès le hall d’entrée des salamalecs à qui en veut. Sa moustache fournie et son air sérieux ne laissent personne indifférent. Sur les planches, tantôt il pleure, se bat comme un chiffonnier, tantôt il se fait drôle, victime ou moralisateur. Des rôles, Malick Ndiaye en a joué plusieurs depuis ses débuts dans le théâtre à la fin des années 70 à Louga, sa ville natale.

« J’ai débuté le théâtre en 1979 au sein de la troupe de l’Association sportive et culturelle (Asc) Espoirs de Louga. Je jouais au football l’après-midi dans la même équipe avec Iba Dia et, le soir, je faisais du théâtre », se souvient Malick Ndiaye dont le papa, Thié Ndiaye, était un célèbre tambour-major à Louga. Après les Espoirs, l’Asc Les Florissantes, puis l’Asc Nékhlé seront des paliers à franchir pour Malick Ndiaye avant de monter dans la capitale, Dakar, et intégrer la fameuse troupe Diamonoy Tey, en 1980. Pendant trois ans, il observera les ténors de Diamonoy Tey comme Abou Camara faire et jouer avant de se voir attribuer un rôle, en 1983, dans la pièce « Aïda Souka », aux côtés de la comédienne Faye Niang, puis « L’homme et le lion », etc. Il rappelle que son surnom de Fara Thial Thial lui vient de cette époque là...

« Aujourd’hui, quand je revois les cassettes de pièces comme « Aïda Souka », je me dis qu’il n’y a plus de théâtre. Avant, rien que pour une pièce, on répétait durant trois mois avant de la monter avec les réalisateurs de la Rts, après un travail acharné à huis clos... », se désole le comédien. Lui qui a quitté Diamonoy Tey pour former avec les Lamine Ndiaye et Mamadou Diack la troupe Libidor, en juin 1988, trouve qu’il y a de nos jours trois catégories de jeunes personnes qui fréquentent les formations théâtrales : ceux qui font du quatrième art un passe-temps, d’autres qui cherchent la célébrité à travers une apparition à la télévision et, enfin, ceux-là qui pratiquent le théâtre par conviction et amour pour le jeu.

Riche de ses amitiés

Selon sa philosophie, un comédien doit connaître les normes et règles scéniques de base. Soit il est formé à l’Ecole des Arts ou il est autodidacte, mais encadré par un comédien chevronné. Sur les planches, Malick Ndiaye se trouve une certaine complicité avec Lamine Ndiaye. « J’admire son jeu et, souvent, dans certains rôles, il arrive à me faire pleurer. Et quand je joue avec lui, comme avec les comédiens de notre génération, nous nous comprenons rien qu’à travers le regard... », confie l’artiste qui a tenu le rôle d’un lieutenant de Lat-Dior lors de la célébration, au Théâtre national Sorano, du centenaire du héros cayorien. Malick Ndiaye admire aussi Golbert Diagne, le célèbre comédien saint-louisien qui lui rend souvent visite à Dakar...

Aujourd’hui, la troupe Libidor qu’il dirige compte quarante neuf membres. Même si à peine une vingtaine vient quotidiennement aux séances de répétitions tenues au domicile de Malick Ndiaye, lui ne peut se passer du jeu. « L’assiduité aux répétitions, c’est la manière de montrer ma conviction pour le théâtre », lâche-t-il droit entre deux phrases. Pour l’artiste comédien, une troupe théâtrale doit être une école de la vie. On doit y apprendre une bonne éducation aux jeunes pensionnaires. D’ailleurs, remarque-t-il en souriant, toutes les pièces de la troupe Libidor reflètent des aspects positifs de la société : belles villas, charmantes jeunes femmes et voitures, langage correct, etc.

S’il reconnaît que le quatrième art ne l’a pas rendu riche du tout, Malick Ndiaye admet avoir comme réconfort l’amitié de certaines personnes. Il cite comme exemple, le libéral Ousmane Ngom qui lui a offert un billet pour effectuer le pèlerinage à La Mecque. Safiétou Ndiaye Diop, alors ministre de la Culture, a également soutenu financièrement son dernier téléfilm « Waslu Akh », alors qu’il n’était encore qu’un scénario. « Safiétou Ndiaye Diop est également venue assister à l’ouverture du Festival du Rire de Kaolack... », rappelle Malick Ndiaye. Un fait à saluer, estime le comédien, soulignant que c’est au cours de cet événement, lancé par Guédel Mbodj et désormais régulier dans l’agenda culturel national, que l’Association regroupant les comédiens sénégalais, Arcots, a été créée. Le gérant de la troupe Libidor en est le secrétaire général chargé de l’organisation. Selon le comédien, avec sept années d’existence, l’Arcots, au lieu d’être comme l’équipe nationale de foot, réunie juste de manière périodique pour jouer un match et se disperser, peut mieux faire. Exemple, suggère-t-il, de concocter un programme annuel avec des tournées dans les régions. Le « week-end du rire », déjà initié à Dakar par l’Arcots, est bien, mais il faut l’élargir au public des autres régions. Malick Ndiaye, confie d’ailleurs que ce sont les auditeurs de la radio nationale à l’intérieur du pays qui lui écrivent pour faire des remarques sur son jeu théâtral aussi bien au petit écran qu’à la radio. En effet, depuis 1988, il anime et produit une émission de théâtre radiophonique intitulée tout au début « Jëf Jël », puis « Dëf lu la war », diffusée tous les samedis à partir de 21h 05 sur la Rts. Son auditoire, remarque-t-il, est plus nombreux dans les régions.

Aujourd’hui âgé de 70 ans, Malick Ndiaye pense à se retirer de la scène. Mais, cela non sans avoir fêté les vingt-deux années d’existence de la troupe Libidor et monter, d’ici peu, des pièces comme « Bant bi » ou « Emigration clandestine », afin de dissuader définitivement les jeunes à affronter les vagues mortelles de l’océan atlantique. Après quoi, il pourra prendre sa retraite des planches, annoncer la fin du jeu pour « Fara Thial Thial »...

Par Omar DIOUF